Mardi 1 mars 2011 2 01 /03 /Mars /2011 15:40

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Sortie: 23 février 2011 (France) / 26 décembre 2010 (Irlande)

> L'histoire: A la suite d'une expédition, Gulliver atterrit sur l'île de Liliput, en plein cœur du triangle des Bermudes.

Relecture contemporaine du roman de Jonathan Swift, Les voyages de Gulliver de Rob Letterman, réalisateur venu du cinéma d'animation - Monstres contre Aliens, Gang de requins - suit, comme son titre l'indique, les "trépidantes" aventures de Gulliver, employé au courrier au sein d'un grand groupe de presse, envoyé sur le terrain en tant que rédacteur de guides touristiques des suites d'un mensonge éhonté. Pris dans une tempête maritime, celui-ci s'échouera sur les terres des Lilliputiens, peuple minuscule mais particulièrement courageux, peu enclin à se laisser impressionner par la taille et l'allure de ce monstre aussi gigantesque que peu ragoutant. Un retournement de situation ironique pour Jack Black, devenu à son tour la bête qu'il exposait lui-même devant des new-yorkais ébahis dans le King Kong de Peter Jackson. Emprisonné jusqu'à ce que l'on sache quoi faire de lui, Gulliver obtiendra dès lors rapidement la grâce du roi des suites d'une action héroïque, sauvant la famille royale d'un incendie... en urinant sur le palais. Elevé au rang de héros national, Gulliver deviendra alors peu à peu une icône, profitant de son nouveau statut pour réaliser ses rêves les plus fous.

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Ecrit, entre autres, par Nicholas Stoller, réalisateur puis scénariste du diptyque Sans Sarah, rien ne va ! et American Trip, Les voyages de Gulliver ne jouit pourtant pas d'une très grande finesse, laissant le monstre Black à ses loufoqueries préférées et habituelles. Air Guitar, grimaces et chorégraphies en tout genre, le comédien n'en finit plus de s'auto-parodier et le film de se reposer sur sa tête d'affiche, rejouant une formule déjà éculée. Ainsi, rien de bien palpitant dans ce voyage en terre Liliput, l'œuvre jouant la carte du divertissement pour enfants plus que la stricte comédie - sans pourtant atteindre sa cible -, livrant une histoire des plus simplistes. S'il y a avait une certaine ironie dans l'utilisation d'un code couleur pour définir les deux royaumes dans le Peau d'Âne de Jacques Demy, rien de plus premier degré ici qu'une guerre entre les rouges et les bleus, auquel se glisse inopinément un amour impossible entre une princesse et un simple villageois. Et dans les rôles des amoureux éperdus, Emily Blunt et Jason Segel, pour les instants les plus tendres de l'oeuvre, jouant principalement de leur capital sympathie. Ni jamais vraiment drôle, ni vraiment passionnant, Les voyages de Gulliver ennuie ainsi poliment, se regardant sans déplaisir sans pour autant convaincre. Reste une scène, la plus inventive et la plus drôle, où Gulliver, des suites de sa gloire, s'empresse de faire rejouer les moments les plus marquants de son existence, singeant dès lors quelques unes des scènes les plus fameuses de l'histoire du cinéma. C'est malheureusement bien tout.

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Crédit photo: 20th Century Fox

Par Limess - Publié dans : En salles
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Jeudi 24 février 2011 4 24 /02 /Fév /2011 14:14

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Sortie: 23 février 2011 (France) / 07 janvier 2011 (Ireland)

> L'histoire: Avril 2003. Après une erreur de jugement, Aron Ralston (James Franco) se retrouve, durant 127 heures, le bras coincé derrière un rocher.

Récompensé de plusieurs oscars il y a deux ans pour son fatiguant Slumdog Millionaire, Danny Boyle, réalisateur touche-à-tout, glissant sans vergogne de la chronique zombiesque (28 jours plus tard) au huis clos spatial (Sunshine), passe ici des bidonvilles indiens à l'immensité d'un Utah désertique. Dans 127 heures, il change de sujet mais pas de style, réajustant les ingrédients de son précédent succès à une histoire moins ample. Inspiré d'une histoire vraie et adapté du livre tiré de celle-ci, le film suit la mésaventure d'Aron Ralston, casse-cou invétéré, coincé, comme le titre l'indique, 127 heures le bras derrière un rocher. Après Buried et son cerceuil, Frozen et son télésiège ou Devil et son ascenseur, au tour du réalisateur anglais de jouer la carte du film concept, proposant à James Franco un one-man-show, seul face caméra, du moins en apparence. Car conscient de son sujet en or, drapé d'une ode au courage humain, rien de moins cinématographiquement palpitant qu'un type coincé par un rocher durant une heure et demi ! Poussant la fine équipe à enrober le tout par une mise en scène sous acide et l'utilisation de flash-back introspectifs. Sans téléphone portable, Aron n'a que pour lui une gourde, quelques aliments et une petite caméra DV, profitant du temps imparti pour réfléchir à sa vie passée. Car le dit Aron est loin d'être un garçon profondément plaisant, et ce, même pour le spectateur - le narcissisme des photos, l'égo gonflé quand il croise des jeunes filles... Et Danny Boyle alors d'user d'un moyen infaillible pour créer de l'empathie, par la présence même de James Franco, acteur sympathique par excellence – et excellent de surcroit. Dès lors, là où le cinéaste aurait pu profiter de son sujet pour traiter du temps présent, aussi efficacement qu'avait pu le faire Rodrigo Cortés avec Buried, le film, à la manière de Slumdog Millionaire, s'amuse au contraire à mélanger les temporalités, mettant en image les pensées de son personnage. S'excusant, face à sa propre caméra, de son égoïsme passé.

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Malgré tout, difficile de vraiment se sentir impliqué par la détresse d'Aron, Danny Boyle tuant dans l'oeuf toute création de suspense, par le refus finalement de réellement filmer ces 127 heures et la connaissance même de l'issue finale - le fait divers ayant fait le tour du monde. Et le film alors de jouer sur notre voyeurisme primaire, nous qui ne sommes vraisemblablement uniquement venus pour voir Aron se couper un bras ! Etirant son récit pour mieux créer un semblant de frustration chez le spectateur sadique – par la présence du couteau dès l'ouverture de l'oeuvre -, Danny Boyle choisit de combler sa coquille vide par l'image. Refusant les temps calmes par une mise en scène ultra énergique, là où le sujet ne s'y prêterait justement pas. Avec une liberté certes salvatrice, le cinéaste expérimente, jouant des changements de caméras et de points de vue, usant de ralentis et d'effets de style. Si l'auto-interview d'Aron par Aron se révèle le point émotionnellement culminant de l'oeuvre – en attendant le bras, donc -,  le film lasse pourtant rapidement par le fait même que Boyle n'ait pas grand chose à filmer. Allant jusqu'à combler les vides par des plans à l'intérieur d'une gourde ! Alors, quant à tout cela s'ajoute une sur-coloration infecte des images, rendant le tout terriblement indigeste – qui a dit que l'on vomissait par les yeux ? -, 127 heures se révèle particulièrement exaspérant et désagréable, non pas parce qu'il propose une scène insoutenable mais parce qu'il brasse au contraire du vide en attendant d'y arriver. Si l'on souffre, c'est ainsi moins pour Aron que pour James Franco, s'en tirant magistralement malgré la petitesse de son rôle. Entre montage clipesque et utilisation tonitruante de la musique - Plastic Bertrand, entre autres -, Danny Boyle lasse dans sa tentative ratée d'entertainment à la Tony Scott, arrivant à rendre aussi insupportable son oeuvre que peut l'être la position même de son personnage. Mais peut-être est-ce là, qui sait, son objectif principal...

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Crédit photo: Pathé Distribution

Par Limess - Publié dans : En salles
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Mardi 22 février 2011 2 22 /02 /Fév /2011 11:30

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Cycle Jacques Demy 03/14

Sortie: 19 février 1964

> L'histoire:  Madame Emery (Anne Vernon) et sa fille Geneviève (Catherine Deneuve) tiennent un magasin de parapluies à Cherbourg. La jeune femme est amoureuse de Guy (Nino Castelnuovo), garagiste, mais celui part pour la guerre d'Algérie.

Sur les traces de la jeune Cécile, personnage au centre de son premier long métrage Lola, Jacques Demy rejoint Cherbourg, son port de pêche et ses marins américains. Délaissant les casinos de La baie des anges pour un magasin de parapluies. Geneviève, fille de la propriétaire des lieux, aime Guy, jeune mécanicien qui l'aime en retour. Marchant sur les quais de Cherbourg, ils se rêvent ensemble, visualisant leur futur commun. Travail, enfant, avenir. C'est un amour adolescent, le premier, encore innocent et plein d'insouciance auquel l'histoire va pourtant rapidement se mêler. Nous sommes à l'automne 1958, en plein conflit algérien, et Guy est appelé au front. Il faudra patienter trois ans pour se revoir, trois années durant lesquelles tout est susceptible d'arriver. Enceinte de Guy, Geneviève devra choisir entre le coeur ou la raison, suivre aveuglement son amour ou écouter la voix de la sagesse, sa mère, femme terre à terre et désillusionnée. Si Lola attendait Michel avec une patience à toute épreuve, n'ayant foi qu'en son premier amour, Geneviève se perdra elle en chemin dans les bras du diamantaire Roland Cassard, héros déchu de Lola. Il n'avait pu avoir la danseuse, il aura Geneviève, allant jusqu'à assumer un enfant qui n'est pas de lui. Partant d'une situation similaire à son premier long métrage, Jacques Demy s'amuse dès lors à créer des ponts entre ses films, se jouant de la destinée de ses personnages. Dans les rues de Cherbourg, il y rejoue la même histoire pour un final beaucoup plus sombre, loin de la naïveté première de Lola.

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Mais si le film charme, c'est autant pour son couple maudit que par la capacité de Jacques Demy à enrober son drame, telle une sucrerie empoisonnée. Rien dans Les parapluies de Cherbourg ne laisse ainsi deviner l'issue du long métrage, le cinéaste livrant un film enchanté et en chanté. Rose, jaune, bleu, la palette des couleurs est vive, irréaliste, glissant le récit quotidien de cette époque dans une réalité, un monde parallèle où tout se chanterait. Pas un dialogue parlé dans Les parapluies de Cherbourg, Jacques Demy proposant une comédie musicale entière où, à l'insu des tragédies grecques et de leur choeur, les choses les plus profondes comme les plus insignifiantes s'avoueraient en chanson. Et c'est d'ailleurs par cette légèreté apparente, ce délicieux emballage que Les parapluies de Cherbourg enivre, glissant doucement vers un drame qui tairait son nom. Bijou d'émotions, le film est une merveille dont l'on ne peut se détacher. Des coiffures et robes de Catherine Deneuve au Cherbourg de carte postale, du magasin de parapluies à la complainte de Guy, l'oeuvre ne vieillie pas, continuant même d'influencer des cinéastes d'aujourd'hui. De Christophe Honoré à François Ozon, des Chansons d'amour - véritable hommage au cinéma de Demy - au récent Potiche. Un chef d'oeuvre indélébile, magnifié par la musique et les chansons de Michel Legrand, fidèle compère de Jacques Demy.


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Lundi 21 février 2011 1 21 /02 /Fév /2011 14:04

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Sortie: 09 février 2011 (France) / 21 janvier 2011 (Irlande)

> L'histoire: Nina (Natalie Portman), danseuse dans une compagnie de ballet new-yorkaise, obtient le premier rôle de la représentation du Lac des cygnes, mis en scène par le chorégraphe Thomas Leroy (Vincent Cassel). Complètement dévouée à sa passion, la jeune femme voit néanmoins d'un mauvais oeil l'arrivée d'une autre danseuse, Lily (Mila Kunis), opposée de Nina...

Deux ans après la sortie de The Wrestler, drame réaliste autour du retour en grâce d'un catcheur vieillissant, Darren Aronofsky revient  une veine plus fantastique, proche de ses débuts - Requiem for a dream, The Fountain -, avec Black Swan, suivant l'ascension psychologique de Nina, danseuse de ballet choisie pour interpréter the Swan Queen, premier rôle du Lac des cygnes de Tchaïkovski. L'histoire d'une jeune femme, amoureuse d'un prince, mais condamnée à se transformer en cygne. Alors qu'il est sur le point de lui déclarer son amour, le prince, berné par un sorcier, se trompe de prétendante, poussant dès lors la jeune femme au suicide. Un rôle éprouvant et un challenge aussi bien artistique que personnel pour Nina, danseuse étriquée dans un monde façonné depuis l'enfance par une mère possessive, vivant dans le souvenir de sa propre carrière. Chambre rose, peluches d'enfant, Nina n'a jamais eu l'occasion de grandir, écrasée par la bienveillance de sa mère, l'infantilisant dans son quotidien en perpétuant des gestes liés à l'enfance. L'aidant à s'habiller, lui brossant les cheveux, la bordant pour s'endormir. Faisant de Nina une femme-enfant, introvertie et effacée, pour qui le premier rôle de ce ballet va représenter un véritable challenge. Obsédée par l'idée de perfection, Nina est la danseuse idéale pour interpréter le cygne blanc... beaucoup moins pour le cygne noir, alter-égo diabolique du personnage principal. Et tout l'enjeu alors pour la jeune femme d'aller puiser dans son être intérieur, de laisser s'échapper une personnalité, une part d'elle-même contenue depuis toujours. L'ange et le démon, le cygne blanc et le cygne noir, sujet peu neuf pour Black Swan, le cinéma comme la littérature s'étant déjà emparé de la question du double, sous de formes multiples et variées. Sauf que pour Aronofsky, l'idée est moins de donner sa propre vision du double que d'insérer l'intrigue du Lac des cygnes au sein d'une réalité contemporaine. Attirée par chorégraphe le  du ballet, Thomas Leroy (Vincent Cassel, idéal), Nina ne supporte pas l'arrivée d'une nouvelle danseuse, Lily (Mila Kunis, bitch à souhait), femme forte et attractive, consciente de son corps et son effet sur les hommes. Poussée par Thomas, homme dominant et castrateur, Nina va alors développer pour Lily une étrange fascination, cherchant à son contact à laisser sortir une part sombre de sa personnalité, à lâcher prise pour la première fois de sa vie. Puisant dans cette relation aussi salvatrice que toxique, entre attirance sexuelle et jalousie, la force pour interpréter le cygne noir.


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Véritable crescendo émotionnel, Black Swan suit dès lors la métamorphose, d'abord psychologique, de Nina, permise et transcendée par l'interprétation de Natalie Portman. Travaillant sur un débit de parole singulier, l'actrice, amaigrie pour les besoins du rôle, se révèle méconnaissable. Jouant sur son image même de femme-enfant pour mieux s'imposer, laissant éclater une rage et des désirs contenus depuis toujours par son personnage. Avec une mise en scène fluide, en caméra portée, Darren Aronofsky ne quitte jamais son actrice et ce personnage, comme pour mieux laisser transparaître les infimes changements de sa personnalité. Par l'utilisation permanente de miroirs, le film joue dès lors sur la question du reflet et de l'acceptation de soit. Ou la difficulté de déconstruire une image de soi-même, façonnée au fil des années. Si chez Nina, la transformation est psychologique, Aronofsky ne peut s'empêcher de l'approcher également du point de vue du corps, travaillant l'enveloppe charnelle telle une matière comme une autre. En filmant les coulisses d'un ballet comme il filmait les coulisses de combats de catch, le réalisateur dévoile une fascination pour des personnages refusant d'écouter leurs corps. Poussant toujours un peu plus les limites pour leurs passions, leurs métiers. Si Randy acceptait de se faire agrafer des billets sur le torse dans The Wrestler, Nina, elle, enchaine les pointes à longueur de journée, cherchant par tous les moyens à livrer la performance de sa vie. Et Aronofsky alors de livrer un film dérangeant, travaillant le corps de façon cronenbergienne - on pense à La Mouche -, avec une attirance toute particulière pour ce qui est des ongles. Dans ce ballet toxique, personne ne sortira indemne, ni la danseuse, ni les spectateurs, le cinéaste livrant une oeuvre noire et magnétique, envoutante et érotique. Comme pour Nina, pas le temps de reprendre son souffle, le film laissant peu à peu s'échapper un crescendo de violence saisissant, et ce jusqu'à la dernière bobine. Faisant de son film une sorte de représentation avec public où il serait interdit de s'arrêter, peu importe les erreurs et les inconvénients. Quoi qu'il arrive, the show must go on ! Et Black Swan alors de ne plus nous lâcher, nous embarquant du début à sa fin aux côtés de Nina, se révélant une oeuvre brute et empoisonnée, extrêmement forte en terme d'émotions et dont la musique de Tchaïkovski et de Clint Mansel continue de nous hanter, longtemps encore après la projection. Percutant !


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Crédit photo: Fox Searchlight

Par Limess - Publié dans : En salles
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Lundi 31 janvier 2011 1 31 /01 /Jan /2011 12:22

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Sortie: 14 janvier 2011 (Irlande)

> L'histoire: Dean (Ryan Gosling) et Cindy (Michelle Williams), en couple depuis des années, tentent de faire perdurer encore un peu leur mariage, à la dérive.

Présenté au dernier festival de Cannes, sélection Un certain regard, Blue Valentine n'a pas manqué d'émouvoir un public visiblement sous le charme de son couple central, Michelle Williams et Ryan Gosling. Premier long métrage de Derek Cianfrance, le film s'inscrit, sans beaucoup souffrir de la comparaison, dans la lignée du chef d'oeuvre de Sam Mendes, Les noces rebelles, suivant la progressive destruction d'un couple, non pas de façon linéaire mais par la mise en parallèle de deux moments clés, leur rencontre et la fin de leur relation. Vivant ensemble depuis plusieurs années, parents d'une petite fille, propriétaires d'une maison, Dean et Cindy ont en apparence tout pour être heureux. Pourtant, dès l'ouverture, le climat est lourd, presque oppressant, laissant au hasard d'une ordinaire scène de petit déjeuner une tension enfouie se déverser. Alors qu'elle est en retard pour emmener sa fille à l'école, Cindy s'agace du comportement laxiste de son mari. Lui qui lui reproche de ne pas avoir correctement préparé le petit déjeuner de Frankie, avant de la pousser à manger ses céréales à même la table. D'une banale quotidienneté, la scène laisse ainsi, dès les premières minutes de l'oeuvre, transparaître un mal être profond, moteur même du long métrage. Que s'est-il passé pour en arriver là ? Le temps, rien que le temps. Par la mise en opposition des débuts et de la fin de leur relation, Derek Cianfrance tisse dès lors le réaliste portrait d'un couple parmi tant d'autres, persuadé d'être plus fort et plus aimant que leurs prédécesseurs pour finalement se retrouver confronté, comme eux, au quotidien, à la lassitude... Entre Dean et Cindy, tout avait pourtant l'air d'un conte de fée. Une rencontre au hasard, dans les couloirs d'une maison de retraite. Des retrouvailles inattendues dans un bus. Une balade de nuit, entre danse au son d'un Ukulélé et confidences tardives. Eux que tout opposait. Lui est déménageur, persuadé que les hommes sont plus romantiques que les femmes, cherchant une perle à épouser. Elle est étudiante en médecine, un peu désabusée sur les relations amoureuses, enchaînant les rencontres - sexuelles ? - depuis l'âge de treize ans. Entre eux, le coup de foudre est quasi immédiat, presque évident, n'empêchant pourtant pas le destin de frapper beaucoup trop tôt. Laissant une erreur de jeunesse pousser le petit couple à construire leur relation sur des bases instables.

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Rythmé par la musique de Grizzly Bear, le film sait se faire terriblement déchirant, par sa juxtaposition de deux époques. Entre une rencontre ensoleillée et une soirée extrêmement glauque, au sein d'une chambre d'un hôtel miteux. Comment rallumer la flamme quand celle-ci a disparu ? Alors, on boit pour se donner du courage, on danse laborieusement sur la chanson de nos débuts... avant de se lancer, au hasard d'une conversation, ses quatre vérités. Les mots sont blessants, les gestes délicats, la soirée froide, à l'image même de cette chambre futuriste d'un love hôtel scabreux. Reposant presque uniquement sur la force de l'interprétation de son couple central, Blue Valentine est un véritable film d'acteurs, la réalisation se faisant volontairement très fluide, laissant Michelle Williams et Ryan Gosling briller. Si le second fait une nouvelle fois preuve d'un talent fou, la première a rarement été aussi sublimée, éclatante de beauté et de justesse dans un rôle particulièrement difficile de femme fatiguée. Travaillant sa mise en scène sur un jeu de focales et de flous, marquant un peu plus la distance du couple au sein d'un même plan, Derek Cianfrance fait ainsi preuve d'un réel savoir faire, livrant une oeuvre particulièrement bouleversante, ne laissant pas indemne. Son film est à la fois beau et triste, mélancolique et lumineux... Un coup de coeur immédiat.

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Crédit photo: Silverwood Films

Par Limess - Publié dans : En salles
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Jeudi 27 janvier 2011 4 27 /01 /Jan /2011 14:38

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Cycle Jacques Demy 02/14

Sortie: 01 mars 1963

> L'histoire: Jean Fournier (Claude Mann), modeste employé de banque, découvre par son collègue Caron (Paul Guers) les dessous du casino. Il part alors à Nice, contre l'avis de son père, et rencontre Jackie (Jeanne Moreau), dont il tombe immédiatement amoureux.

1963. En pleine recherche de financements pour Les parapluies de Cherbourg, Jacques Demy réalise La baie des anges, passant des rues de Nantes aux tables de casino. Il y suit l'apprentissage de Jean, jeune banquier un peu rigide, pas tout à fait sorti de l'adolescence, vivant toujours aux crochets d'un père autoritaire. Jusqu'à ce qu'il se fasse embarquer par Caron, un collègue de travail, et découvre l'univers "secret" des casinos. Si Jean joue d'abord prudemment, de manière très raisonnable, impossible de résister à la facilité de gagner six mois de salaire en une fois. Surtout quand le hasard met sur votre chemin une mystérieuse femme en blanc, Jackie, Jeanne Moreau et son blond décoloré. Suivre la voix de la raison - celle du père - ou se laisser le temps de vivre, d'expérimenter par l'école de la vie, l'enjeu et les tiraillements du personnage ne sont pas neufs, faisant presque de Jean un héros façon Jane Austen. Raison ou sentiments... à l'exception prêt qu'ils sont moins "purs" chez Jacques Demy, Jean partant dans le Sud par l'appât du gain, pour l'excitation procurée par les parties au casino. Découvrant Cannes, sa croisette et son luxe. Dès lors, tout est question de hasard, de sa rencontre avec Jackie à ses coups de chance à la roulette ou la perte importante de gains. Dans les bras de sa douce, Jean apprendra à lâcher prise, à vivre au jour le jour... mais jusqu'à quel prix ? Doit-on penser au futur ou vivre uniquement au présent ? Pour Jackie, la réponse est toute trouvée, dépensant sans compter ses nouveaux gains, passant d'un jour à un autre d'un hôtel en centre-ville à une suite de luxe. Vêtements de marque, champagne et danse le long de la croisette, le temps est pour Jean de découvrir les joies de la Dolce Vita et ces revers fulgurants. Car à peine le temps d'y prendre goût que la malchance frappe à nouveau, renvoyant le petit couple à la case départ. Comme à la roulette russe, personne ne sait à l'avance de quoi sera fait le lendemain.

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Par l'utilisation d'un noir et blanc stylisé, Jacques Demy impose à ces casinos une mystérieuse aura, presque dangereuse, comme si seuls les initiés devraient vraiment s'y aventurer. Faisant de Jean la victime de Jackie - elle-même victime des casinos -, femme fatale dans la grande tradition hollywoodienne, ne cachant pas ses intentions. Si elle reste avec lui, c'est qu'il lui porte chance ! Sur une musique de Michel Legrand, La baie des anges révèle presque une part de fantastique, d'enchantement lorsque vient à tourner la roulette, jeu enfantin aux conséquences pourtant majeures. Confrontant le naïf Jean à la prédatrice Jackie, joueuse compulsive ne pouvant s'empêcher de dépenser sa dernière pièce dans une machine à sous, transportant dans ses bagages une mini roulette. Une femme indépendante sur laquelle Jacques Demy ouvre son film, la quittant marchant sur la côte par un travelling arrière - dans la filiation de la fermeture de Lola - pour arriver le plan suivant à Jean, laissant transparaître par et à travers sa mise en scène la frivolité même de ce personnage, passant d'homme en homme pour quelques pièces de monnaie. Amour pour l'un, amour du jeu pour l'autre, deux addictions presque contradictoires mais finalement complémentaires, reposant toutes deux sur l'excitation de la nouveauté, sur l'attirance, pour deux personnages que tout oppose. Toutes les combinaisons sont ainsi possibles chez Jacques Demy, affirmant par un tour de force final - comme dans Lola - la magie et la puissance narrative du cinéma. A moins que tout cela ne soit qu'une illusion. Il en découle alors un film assez fascinant avec lequel le cinéaste enrobe la difficulté des sentiments et les affres de l'addiction sous une légèreté apparente, suivant ce couple "maudit" de cinéma, annonçant certaines de ses futures oeuvres bariolées.

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Par Limess - Publié dans : Ciné-club
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Lundi 24 janvier 2011 1 24 /01 /Jan /2011 20:14

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Sortie: 04 août 2010 / En dvd le, 20 janvier 2011

> L'histoire: Une vision de l'Amérique, terre attirant des milliers d'émigrés de toutes origines chaque année.

Sorti en toute confidentialité à l'été 2010, Droit de passage s'inscrit dans la droite lignée du Collision de Paul Haggis, par son sujet, son traitement, sa forme narrative, chère au cinéma américain et qui plus est, indépendant, à savoir la croisée des destinées, la rencontre de plusieurs personnages au sein d'une ville aussi cosmopolite qu'est Los Angeles. Ancré autour de la question de l'immigration aux Etats-Unis, le film déploie son rayonnement autour de plusieurs cas, plusieurs histoires personnelles, avec cette volonté toujours assumée de traiter du sujet dans sa globalité. Des questions administratives à l'insertion au sein d'une communauté. Le titre original, Crossing Over, insiste sur l'idée d'une traversée, de passer outre quelque chose, aussi bien physiquement que symboliquement. Que cela soit une frontière, celle qui sépare les Etats-Unis du Mexique. Une barrière administrative, afin d'obtenir une carte de séjour permanente. Un préjugé envers une nationalité, une religion, en pleine paranoïa post-11 septembre. Présentant un large panel de personnages aux destins radicalement différents. Ainsi, Wayne Kramer s'immisce aussi bien dans les bureaux du service de l'immigration que ceux des locaux de l'administration, au sein d'une famille coréenne comme iranienne. Prenant des situations "types" afin de tisser large. D'abord, il y a ce vieux flic, Max Brogan (Harrisson Ford), fatigué par le manque d'humanité de son job, se liant sans le vouloir à une jeune mexicaine reconduite à la frontière. Ce couple (Jim Sturgess et Alice Eve), tentant désespérément d'obtenir des papiers, l'un jouant la carte de la religion, l'autre couchant avec un membre du personnel de l'administration (Ray Liota). Une juge (Ashley Judd), pensant de plus en plus à l'adoption. Une lycéenne (Summer Bishil, échappée de Towelhead), martelant ses opinions en classe, mettant dès lors sa famille dans une terrible situation [...]. Peu tendre avec la politique d'émigration des Etats-Unis, le film met ainsi en lumière la situation des étrangers sur le sol américain, des renvois sans étude de dossier à la lenteur de l'administration ou la paranoïa ambiante, réduisant la liberté d'expression des citoyens...

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Passant d'un cas à un autre par l'utilisation de vignettes de Los Angeles, de ses autoroutes à ses buildings, Droit de passage dresse le portrait d'une ville en fusion, véritable melting pot ethnique. Brassant de très nombreuses nationalités, toutes à la recherche de l'American Dream. Mais quoi de plus compliqué que l'insertion ? Tandis que certaines familles tombent dans le retranchement identitaire, tentant de perpétuer des traditions et les valeurs de leur communauté, d'autres s'intègrent par la voix du travail. Mettant en lumière une sorte d'hypocrisie de l'administration, fermant les yeux quand les immigrés sans papiers "rendent service" - le pressing - avant d'aller démanteler une usine employant des clandestins. Si le film se fait très - trop ? - didactique, traitant de son sujet de manière pas toujours originale, Droit de passage fonctionne par son casting et son scénario, favorisant le facteur humain. Dès lors, l'oeuvre sait se faire émouvante - parfois un brin tire-larme -, proposant une galerie de personnages attachants, à commencer par la jeune Taslima, accusée à tort de terrorisme pour avoir exprimer son opinion. Riche, Droit de passage touche ainsi sa cible, tombant malgré tout par certains côtés dans une certaine "banalité" scénaristique et un versant moralisateur. Se faisant néanmoins efficace et captivant jusqu'au bout, par la variété de ses histoires.


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Bonus:


Pas de bonus à l'exception de bandes annonces Metropolitan.

 


Dvd reçu dans le cadre de Dvdtrafic par le biais du site www.cinetrafic.fr. Droit de passage, de Wayne Kramer. Distributeur Metropolitan FilmExport. Disponible depuis le 20 janvier 2011. Plus de films "choral américain" ici. 

Par Limess - Publié dans : DVD
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Lundi 24 janvier 2011 1 24 /01 /Jan /2011 13:00

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Sortie: 26 janvier 2011 (France) / 26 décembre 2010 (Irlande)


> L'histoire: 1940, un groupe de prisonniers décide de s'échapper d'un goulag sibérien. Leur objectif, échapper à la tyrannie russe en rejoignant, à pied, les frontières de l'Inde.


De la bulle en plastique de The Truman Show aux mers agitées de Master and Commander, Peter Weir aime à ancrer ses longs métrages dans un univers singulier, à confronter ses personnages à un environnement inhospitalier. A l'image de The Way Back, épique épopée de la forêt hivernale sibérienne aux montagnes de l'Himalaya. Alors que la Russie envahie la Pologne et expatrie une partie de ses opposants dans les goulags de Sibérie, un groupe d'hommes décide de s'en échapper, au prix de leurs vies. Plutôt mourir des lois de la nature qu'entre les mains des russes. Et c'est parti pour des mois de marche, passant d'un hiver extrêmement rude à la chaleur du désert, poussés par un désespérant besoin de survivre, coûte que coûte. Sur leur chemin, ces hommes croiseront Irena, jeune polonaise fuyant elle aussi l'oppression russe, renforçant encore un peu plus la cohésion de cette petite troupe atypique. Inspiré d'une histoire vraie, The Way Back peut se voir comme une ode à la force humaine, au courage et à l'amitié, regroupant ensemble autour d'une même cause des hommes que tout oppose. Du voleur professionnel – Colin Farrell, cabotinant, parfois risible avec un accent polonais – à un ancien agent américain. Traversant des paysages somptueux, hostiles, les poussant toujours un peu plus dans leurs retranchements. A travers son film, Peter Weir livre ainsi une sorte de petit guide de survie, ne faisant pas des kilomètres de marche une étape en soit. Pour continuer à avancer, ces hommes ont avant tout besoin de combattre la force de la nature et d'assouvir leurs besoins primaires, quitte à se comporter parfois comme des animaux, loin de toute civilisation. Et c'est malheureusement bien tout, The Way Back souffrant malgré la démesure de son histoire d'un manque ironique de contenu.


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Porté par un scénario assez mince, le film accumule ainsi une série d'enjeux assez mineurs et particulièrement éculés. De la culpabilité de ce vieil américain d'avoir vu sa fille mourir, retrouvant avec la jeune Irena une chance de se racheter au héros – Jim Sturgess, toujours aussi plaisant à retrouver sur un écran -, prêt à tout pour retrouver sa femme, malgré sa trahison. Donnant parfois l'impression d'une aventure façon National Geographic, d'ailleurs producteur du film, à la rencontre de contrées reculées et de civilisations oubliées. Dès lors, il manque au long métrage de Peter Weir un souffle nécessaire à la bonne tenue de l'oeuvre, semblant trop se reposer sur la beauté de ces paysages et une histoire, certes impressionnante, mais trop injustement simplifiée. Faisant de The Way Back un film plein de bons sentiments, parfois à la limite de la simple carte postale. Tuant dans l'oeuf tout suspense par l'utilisation d'un carton d'ouverture, révélant l'issue de son action. Là n'était sans doute pas le but de Peter Weir, lui qui semble avoir voulu se centrer sur une histoire héroïque pour des émotions "saines", livrant au final un tout passablement ennuyeux. Un comble pour une épopée d'une telle ampleur.

 

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 Crédit photo: Newmarket Films

Par Limess - Publié dans : En salles
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