Plus tard tu comprendras / Amos Gitaï

Publié le par Limess



Sortie: 21 janvier 2009

> L'histoire: Alors que débute le procès de Klaus Barbie, à la veille de la mort de sa mère, Victor rompt le silence qu'elle a gardé sur la déportation de ses parents et renoue avec ses origines juives. Au-delà de l'évocation de la Shoah et de l'histoire personnelle de Jérôme Clément, ce film reflète l'universalité des rapports mère-fils.

Diffusé sur France 2 la veille avant sa sortie en salle, Plus tard tu comprendras, le nouveau film du réalisateur israélien Amos Gitaï, s'attarde sur un sujet cher à son créateur: le travail sur la mémoire et le poids d'un passé lié à une religion. En l'occurence, ici, le judaïsme. Adapté du roman autobiographique de Jerôme Clément, actuellement patron d'Arte, le film suit l'histoire de Victor, un homme d'une quarantaine d'année, qui tente de percer les mystères de sa famille, occultés depuis des années par sa mère. Un sujet douloureux pour une oeuvre qui l'est aussi, s'intéressant aux questions cruciales du souvenir et de la place accordée par un homme dans sa construction à son passé familial. Comment peut-on grandir sans connaître l'histoire de sa propre famille ? Comment peut-on vivre avec le poids d'un passé ? [...]. Le film démarre ainsi par l'ouverture du procès de Klaus Barbie, qui obligea des individus à raconter, devant les tribunaux et les médias, les atrocités qu'elles avaient subies près de vingt ans auparavant, lors de la seconde guerre mondiale. Un moment important pour Rivka, la mère de Victor, qui après avoir gardé pour elle le secret de la déportation de ses parents, comprend enfin que le passé la rattrape et qu'elle n'a plus d'autres choix que de le révéler.


A travers le travail minutieux accordé à la mise en scène, par l'utilisation d'une succession de plans séquences - qui deviennent, en quelque sorte, la marque de fabrique du réalisateur -, Amos Gitaï retranscrit peu à peu avec force l'émotion dont peuvent être submergés ses personnages face à la découverte d'un lourd passé familial. Devant sa caméra, les acteurs font corps avec des objets qui détiennent eux aussi une histoire, mis en avant à la fois à travers la parole et le scénario - scène de la vente des objets de Rivka -. Par la dilatation du temps, Gitaï laissant traîner sa caméra le long d'un mur, ou scruter le visage d'un acteur, il construit ainsi une douloureuse émotion qui semble comme contenue, sans cesse sur le fil, avant d'éclater dans un surprenant flash-back. Celui de la danse des grand-parents de Victor où l'on découvre, petit à petit, la nuit de leurs déportations. Comme Antonioni, Amos Gitaï joue avec les émotions du spectateur en le confrontant au temps, laissant volontairement le récit retombé par moments afin de rendre compte de la réalité de la vie de Rivka. Où le mensonge et le secret ont pris une importance considérable. Elle qui a préféré cacher une vérité durant des années. Un travail sur le rythme qui permet de créer un film bouleversant, porté par des acteurs tous plus incroyables. Hippolyte Girardot, que l'on aimerait voir plus souvent, semble emprunt d'une sensibilité que l'on ne lui connaissait guère. Jeanne Moreau, comme renaître sous la caméra du réalisateur, où elle paraît plus éclatante et plus belle que jamais. Tout comme Dominique Blanc et Emmanuelle Devos. Plus tard tu comprendras est donc un film précieux, qui n'a rien du petit téléfilm auquel certains seraient tentés de le rabaisser. Une oeuvre forte et poignante à travers laquelle Amos Gitaï s'empare d'un sujet douloureux avec extrêmement de pudeur.




Crédit photo: Pierre grise distribution  

Publié dans En salles

Commenter cet article