Les noces rebelles / Revolutionary road / Sam Mendes

Publié le par Limess




Sortie: 21 janvier 2009

> L'histoire: Dans l'Amérique des années 50, Frank et April Wheeler se considèrent comme des êtres à part, des gens spéciaux, différents des autres. Ils ont toujours voulu fonder leur existence sur des idéaux élevés. Lorsqu'ils emménagent dans leur nouvelle maison sur Revolutionary Road, ils proclament fièrement leur indépendance. Jamais ils ne se conformeront à l'inertie banlieusarde qui les entoure, jamais ils ne se feront piéger par les conventions sociales. Pourtant, malgré leur charme et leur insolence, les Wheeler deviennent exactement ce qu'ils ne voulaient pas : un homme coincé dans un emploi sans intérêt ; une ménagère qui rêve de passion et d'une existence trépidante. Une famille américaine ordinaire ayant perdu ses rêves et ses illusions. Décidée à changer de vie, April imagine un plan audacieux pour tout recommencer, quitter leur petite routine confortable dans le Connecticut pour aller vivre à Paris...

On appréhende toujours d'écrire une critique sur un film qui nous a bouleversé. De peur de ne pas trouver les mots justes, ou les bonnes tournures de phrase, pour retranscrire, sur le papier, ce que l'on a ressentit durant la projection. C'est le cas des Noces rebelles, nouveau film du réalisateur américain Sam Mendes, brillant metteur en scène qui avait déjà écorché l'american way of life dans l'excellent American Beauty. Avec cette adaptation du roman de Richard Yates, le réalisateur s'attaque cette fois-ci à la société de consommation, des années 50, et plus largement du moule dans lequel se façonne les individus, peu importe les époques. Mais plus que cela, Les noces rebelles est une véritable dissection du couple, et de la mort d'un amour face au temps, aux obligations d'une société et aux faux-semblants. Un projet ambitieux pour Sam Mendes qui n'hésite pas, pour l'occasion et pour la première fois, à faire jouer sa propre femme...


Face à cette histoire, il n'est pas anodin que le réalisateur choisisse de réunir les amants déchus du Titanic. Kate Winslet et Leonardo Dicaprio. Jack et Rose. Un couple éternel qui avait ému des millions de fans à travers le monde et dont le destin, tragique, était venu à bout de plusieurs boites de mouchoirs. Finalement, onze ans après, si Jack n'avait pas coulé, Rose et lui ne serait sans doute plus qu'un couple comme les autres, pris dans une réalité quotidienne où leurs sentiments seraient devenus plus fades. Comme si le temps venait même à bout des couples les plus exceptionnels, comme le sont apparemment les Wheeler. "Apparemment" car Sam Mendes n'hésite pas à jouer avec l'empathie et les souvenirs que les spectateurs ont déjà pour ce couple, ne donnant à voir que très peu des premiers instants de leur histoire, notamment l'époque où ils étaient libres et heureux. Réunir ses deux acteurs est donc l'occasion pour le réalisateur de mettre à mal l'entité même du couple, ainsi que les romances éternelles que le cinéma continue de promulguer. Car briser les Wheeler revient en quelque sorte à tuer cet amour mythique, comme un beau pied de nez à l'industrie hollywoodienne. Il est intéressant, aussi, de noter au casting la présence de Kathy Bathes, qui dans Titanic jouait une femme du peuple, nouvellement riche, qui n'hésitait pas à dire ses quatre vérités à ses camarades de table. Onze ans plus tard, elle est elle-même rentré dans le moule comme tout le monde, maniant l'art de l'hypocrisie comme personne !


Mais revenons au film. Les noces rebelles met donc en scène les désillusions d'une femme, April, lorsqu'elle se rend compte que son couple s'est transformé en tout ce qu'elle déteste. Une famille bourgeoise, installée dans une belle maison de banlieue. Deux enfants. Femme au foyer. Homme au bureau. Faisant un job qu'il déteste mais qui permet de nourrir la tribu. Bouleversée par cette soudaine prise de conscience, elle va alors décider de changer radicalement de vie, en proposant à son mari de tout plaquer pour aller vivre à Paris... Si l'on savait que Sam Mendes était un petit génie, Les noces rebelles sont là pour nous le confirmer. Par une mise en scène extrêmement sobre, il expose ainsi, en seulement deux scènes, tous les enjeux de son intrigue. Une soirée. La rencontre. Une représentation théâtrale. La dispute. Générique. Entre ses deux séquences, mises bout à bout de manière elliptique, Frank et April se sont mariés, installés ensemble et ont eu des enfants. April ne sera jamais une actrice. Frank suivra la voie de son père en travaillant dans une société d'informatique. Le genre de destin qu'il a pourtant toujours cherché à fuir. De manière plutôt lente, imposant un rythme lancinant, Sam Mendes expose la vie quotidienne de ce couple, rongé par l'ennui. Elle, à la maison. Lui, au boulot. Le début du film suit ainsi une journée type, qui parait à la fois longue pour les personnages et le public, dans une vie type, construite sur du vide... Jusqu'à la fameuse mention de Paris qui va alors faire renaître leurs sentiments. Sous nos yeux, leur amour semble reprendre toute son intensité. April s'épanouissant à nouveau. Frank apprenant à apprécier sa vie. Comme si l'excitation de la nouveauté leur avait redonné le baume au coeur qu'il leur manquait pour être heureux. Jusqu'à l'abandon de cette fameuse idée qui marquera le sceau de la mort du couple et le début d'une longue descente aux enfers.


A partir de cet instant, Sam Mendes construit peu à peu une sorte de huis clos totalement oppressant où la belle maison prend des allures de prison dorée. Où les personnages font taches - au sens figuré, d'abord, puis au sens propre... - au milieu de ses meubles bien disposés, de ses murs et moquettes beiges... Progressivement, le film installe alors une violence et une tension, quasi magnétique, qui franchit, dans chaque nouvelle scène, une étape supérieure. Toute la seconde partie du film est ainsi un véritable crescendo de violence où les disputes apparaissent de manière toujours plus brutales. Jusqu'au point de non retour et un petit déjeuner surréaliste, que la froideur des événements transforme en l'une des scènes les plus percutantes de l'oeuvre. Au son du thème créé par Thomas Newman - par ailleurs, excellent -, les apparences disparaissent les unes après les autres, comme si l'on avait gratté un petit vernis trop propre. April et Frank devenant sous la caméra du réalisateur des sortes d'animaux qu'il prend plaisir à étudier. En cela, Les noces rebelles s'apparenterait presque à une oeuvre chirurgicale où Sam Mendes met peu à peu à nu les cicatrices d'un couple afin de mieux les rouvrir ensuite, par un dispositif frontal et théâtral. Nul question ici de jouer, les acteurs semblant sans cesse à fleur de peau. Près à exploser en même temps que leurs personnages. Si Kate Winslet est absolument sidérante, arrivant à faire d'April à la fois une femme pleine de vie par instant et totalement morte à l'intérieur dans d'autres, Leonardo Dicaprio, lui, éblouit dans un rôle tout en retrait et en pudeur. Celui d'un homme castré par sa femme, qui n'a d'autre choix, dans les scènes les plus intenses, de s'effacer pour la laisser s'imposer. A bien des titres, Les noces rebelles est d'ailleurs une oeuvre éminemment féministe, April prenant souvent des airs de Madame Bovary. Un rôle que Kate Winslet avait d'ailleurs déjà incarné dans l'intense Little children. La force du récit repose ainsi sur l'opposition entre ses deux membres du même couple, qui semble, en apparence unis, mais sont, en réalité, totalement différents. Car tandis qu'April est une femme insatisfaite, refusant de se laisser enfermer dans un rôle qui ne lui convient pas, Frank laisse transparaître par instant qu'il pourrait, lui, s'épanouir dans cette vie préconçue... C'est là que Dicaprio trouve toute la force de son jeu, qui explose dans la fameuse scène du petit déjeuner, où il explique, suite à une longue nuit de dispute, à sa femme, le but de son nouveau job. Les yeux rouges, tétanisé face à sa possible réaction, apparaissant aux yeux de tous comme un être, finalement, assez méprisable...


Difficile lors de cette mini analyse de rendre réellement compte de tous les sentiments qui ont pu nous submerger durant ce film tant Les noces rebelles est une oeuvre extrêmement forte et poignante, qui nous assomme encore un bon moment après. Durant deux heures, le film nous fait ainsi passer par toutes les émotions possibles et inimaginables, nous faisant vivre avec intensité tout ce que peut ressentir ce couple. C'est d'abord le plaisir. Celui de les retrouver, pour nous. De se rencontrer, pour eux. La rage, lors de cette première dispute interminable qui nous laisse à terre. La sensation de renaître avec eux, ensuite, quand arrive le projet parisien. Par le thème enjoué et le nouvel éclat des personnages et de leurs costumes - Kate Winslet et ses robes blanches et bleues -. Autant de sentiments qui exploseront littéralement lors de la seconde partie du film. Ainsi, on brûle de désir avec April lorsqu'elle danse avec son voisin. On bouillonne avec elle lors d'un repas où le fils de sa voisine, sortant juste d'un asile, met à nu toutes les vérités - incroyable Michael Shannon. Un personnage d'ailleurs ô combien important, le seul qui au sein de la communauté ose être parfaitement honnête. Le seul que l'on cloîtrera dans un asile de fou... Comme si le l'enfermement était préférable à la vérité ! On craque, enfin, lorsque le film laisse place au générique, la tension retombant soudain. Sans prévenir. Nous laissant sonné dans notre fauteuil. La gorge nouée par ce que l'on vient de vivre... A bien des titres, Les noces rebelles s'avère donc être un véritable chef d'oeuvre qui bouleverse comme aucun autre film de cette année cinématographique. Une oeuvre d'où l'on ressort vidé de toutes émotions, comme lessivé par tout ce qui vient de se passer devant nos yeux... que ce soit le premier visionnage ou non... Et pour avoir vu le film une deuxième fois ce week-end, je peux vous le certifier sans aucun problème !




> Golden globes 2009: meilleure actrice dans un drame / Nominations meilleur film dramatique, meilleur acteur dans un drame, meilleur réalisateur
> BAFTA Awards 2009: Nominations meilleur scénario adapté, meilleurs costumes, meilleurs décors
> Oscars 2009: Nominations meilleur acteur dans un second rôle, meilleurs décors, meilleurs costumes


Crédit photo: Paramount

Publié dans En salles

Commenter cet article

Sandrine 27/07/2009 23:29

Mon compagnon et moi venons à l'instant de regarder le film et mon Dieu mais quel ennui !! Tu dis que Sam Mendès a su retranscrire un quotidien ennuyeux, il a bien réussi son coup ! Le film n'a aucun rythme, les acteurs s'enlisent dans un vide incommensurable et cela devient très vite inintéressant, creux. On ne sait pas où Sam Mendès veut nous amener. Du coup, l'impatience guette...
La scène du petit déjeuner met simplement en relief un couple hypocrite l'un envers l'autre... désolée mais on ne peut ressentir aucune émotion face à de l'hypocrisie...
Je trouve le jeu des acteurs surjoué et du coup pas crédible (trop de gestes amples, de regards insistants...). Seule la musique est superbe. Tu oublies de parler de la dépression d'April qui est de plus en plus présente au fur et à mesure du film. Film bourré de clichés sur les problèmes de couple avec des phrases ne volant pas très haut ("la vérité est en toi" wouah!). On a connu Sam Mendès en meilleure forme.

Limess 09/08/2009 12:16



Comme quoi, tous les goûts sont définitivement dans la nature. Dommage, ce film ci est bien un pur chef d'oeuvre.



Zibeline 07/02/2009 12:36

Assez déçu par ce film, je m'attendais à autre chose, par contre les acteurs jouent très bien.

Snifff 30/01/2009 03:15

C'est une scène qui pose en effet des problèmes d'interprétations. Mais je ne trouve pas le personnage de Di Caprio méprisable. Il est lâche, faible, certes, mais il aime sa femme et il doit faire face tout le film à ses rêves de Paris et de vie meilleur alors que lui semble avoir accepté très tôt leur situation sociale, leur situation de couple, tandis qu'elle rêve d'aventures, de liberté et de passion. Cela n'en fait pas forcément un être méprisable.

En tout cas belle critique, pour un très grand film.

Limess 31/01/2009 10:17


Merci !


Vincent 29/01/2009 22:55

Au contraire, moi je trouve que DiCaprio, en parlant de sa fonction au travail, essaie "juste" de renouer les liens avec sa femme, de reprendre leur mariage là où ils l'avaient laissé avant la folie de Paris. Il tente, maladroitement peut-être, de reprendre contact à la fois avec sa femme et avec leur vie de couple. Et aussi, malgré lui, de retrouver la conformité. Non?

Limess 31/01/2009 10:17



Je ne l'avais pas vu comme ça ! Mais, c'est sur que c'est une explication qui tient la route même si je pense plus pour le mépris... En tout cas, on sera tous d'accord sur le fait, que peut
importe l'interprétation, cette scène parait totalement surréaliste et est d'une puissance assez incroyable !



Vincent 28/01/2009 10:56

Tiens, nous n'avons pas interprêté de la même manière la scène du petit déjeuner, j'ai l'impression. En quoi tu trouves que Frank est un être finalement méprisable ? Il m'apparait au contraire comme un être plutôt fragile, aimant, bien qu'apeuré par la vie, et par sa femme.

Limess 28/01/2009 22:11



Je trouve que dans la manière dont Sam Mendes met en scène ce petit dejeuner, il juge de manière assez méprisante ce personnage dans sa façon d'expliquer son nouveau boulot. Il semble réellement
apprécier ce qu'il fait mais, cela parait tellement futile à côté de tout ce qui a pu se passer avant entre eux. C'est dans l'enchainement des événements, le fait que cette présentation vient à
ce moment. En soit, ce n'est pas le personnage en tant que tel mais plutôt, ce qu'il aime qui parait bien dérisoire face aux grands rêves d'April... En gros, mon expression de méprisable est une
sorte de raccourci qui je te l'avoue, prête un peu à confusion... Hmm !