Espion(s) / Nicolas Saada

Publié le par Limess




Sortie: 28 janvier 2009

> L'histoire: Vincent, un jeune homme brillant mais refermé sur lui-même, travaille comme bagagiste dans un aéroport et refuse le parcours tracé que lui offraient ses études. Avec son collègue Gérard, Vincent a l'habitude de voler dans les valises avant leur embarquement en soute. Alors qu'il fouille un bagage diplomatique, Gérard meurt brutalement suite à une explosion. Le propriétaire de la valise, un diplomate syrien, récupère le bagage avant de disparaître. Vincent est alors coincé par la DST qui lui propose un marché : lui éviter la prison et collaborer avec les services secrets français et anglais pour retrouver les hommes impliqués dans l'explosion. L'enquête conduit Vincent à Londres, qui, sous une fausse identité, essaie de se rapprocher d'un homme d'affaires anglais, Peter Burton, apparemment manipulé par les services secrets syriens. La DST et le MI5 poussent alors Vincent à séduire l'épouse de Burton, Claire, une française au caractère fragile. Vincent se rapproche de la jeune femme et la manipule pour la forcer à collaborer avec le MI5. Déstabilisé par les enjeux de la mission, Vincent va être bientôt rattrapé par ses sentiments.

Premier film de Nicolas Saada, un ancien critique des Cahiers du cinéma et scénariste d'Arnaud Despleschin, Espion(s) est tout a fait le genre de film que l'on a envie de défendre. Tourné dans des conditions plutôt difficiles, le film semble être un projet honnête et ambitieux, réalisé dans deux pays différents - la France et l'Angleterre - et réunissant un casting éclectique et international - de Guillaume Canet à Alexander Siddiq ou Hiam Abbass dans un petit rôle -. Et pour une première expérience dans l'univers du long métrage, Nicolas Saada s'en sort plutôt bien en ne se laissant pas impressionner par la dimension de la tâche et en s'appliquant à mettre en place une mise en scène assez soignée où il privilégie le rapport aux comédiens plutôt qu'à l'action. Faute de moyens financiers... De réelles qualités de réalisation, donc, même si on ne peut pas en dire autant de son talent de scénariste.


Car si l'on laisse le côté formel de l'entreprise, Espion(s) est un film plutôt bancal, faute d'un scénario reposant sur beaucoup d'invraisemblances et qui manque cruellement d'un vrai univers. Malgré son expérience dans le domaine, Nicolas Saada ne semble ainsi pas savoir sur quel pied danser, oscillant sans cesse d'un genre à un autre. Du film d'espionnage à la romance plus intimiste. Une particularité qui aurait pu être une force si le réalisateur allait au bout de ses idées. Ici, il ne fait qu'effleurer le genre, sans réellement plonger dedans. Présenté comme un film d'espionnage, Espion(s) reprend un thème hitchcockien, celui de l'homme ordinaire qui se retrouve, ici, pris au sein d'un complot international et qui devient peu à peu un pion de la DST. Un sujet que Nicolas Saada ne prend pas le temps de développer, usant notamment d'une ellipse assez déconcertante où l'on retrouve notre anti-héros sur le terrain, sans aucune formation. Le but ? Passer le plus rapidement possible au concret et à la rencontre avec le fameux couple des Burton. A ce moment là, le réalisateur essayera de ralentir le rythme afin de laisser éclore l'idylle naissante entre Claire et Vincent. Qu'il dénouera malheureusement bien trop vite, Vincent révélant son secret à Claire, tant et si bien qu'il est difficile de s'attacher au couple et de ressentir quoi que ce soit. Malgré la tension créée lors du prologue à l'aéroport, Espion(s) perd ainsi peu à peu de son efficacité, le réalisateur se concentrant souvent sur des scènes bavardes, dans les bureaux, plutôt que sur ce qui est vraiment intéressant, à savoir la romance ou l'intrigue policière.


Pourtant, tout n'est pas non plus à jeter dans cet Espion(s) là, Nicolas Saada s'en sortant plutôt bien lorsqu'il se recentre sur l'idylle amoureuse. En supprimant presque toutes les scènes d'actions et en ne s'appuyant que sur quelques moments ou lieux clés des films d'espionnages - la poursuite, la rue de nuit, les endroits confinés -, l'intrigue policière laisse peu à peu l'impression de n'être qu'un mac guffin dans la grande tradition hitchcockienne. Une sorte de prétexte à la rencontre entre deux personnages qui n'auraient jamais du se croiser. Un couple qui fonctionne sur l'opposition des caractères et le jeu des deux acteurs principaux. Car tandis que Guillaume Canet ravit dans ce rôle d'ours au grand coeur qui lui sied si bien, Géraldine Pailhas, elle, mise sur un jeu en retenue afin de mettre en avant la douceur et la fragilité de son personnage. Un duo à l'image de son casting, assez intriguant et efficace, à l'exception d'Hippolyte Girardot qui ne trouve pas l'essence de son personnage, semblant n'être là que pour débiter son texte, d'ailleurs, très écrit. Au final, Espion(s) est un film intéressant à défaut d'être vraiment palpitant, laissant une impression plutôt mitigée dans l'ensemble. Une oeuvre qui trouve néanmoins de la force dans la gestion du couple, à la fois par l'excellent duo d'acteurs et le travail de mise en scène de Nicolas Saada.




1. Guillaume Canet: Les liens du sang
2. Géraldine Pailhas: Didine

3. Hippolyte Girardot:
Plus tard tu comprendras

Crédit photo: Mars distribution

Publié dans En salles

Commenter cet article

Platinoch 04/02/2009 23:46

Assez d'accord avec toi, le film a "le cul entre 2 chaises" et ne rempli jamais son contrat tant dans la partie policière que dans la partie romance, que j'ai trouvé un peu too much et à laquelle comme tu le dis on ne crois jamais. Dommage car l'ensemble est bien filmé et il se dégage une certaine atmosphère qui aurait du être propice à un film plus abouti.
Reste les comédiens, impeccables.

MG 04/02/2009 21:17

Décidément tu as décidé d'être à contre courant en ce début d'année....

Limess 04/02/2009 22:13



Dire que ce n'est même pas fait exprès, aucune volonté de provocation de ma part ! Et apparemment, ce n'est pas fini, j'ai vu Benjamin Button et c'est une vraie déception...