Les Violette / Benoit Cohen

Publié le par Limess




Sortie: 28 janvier 2009

> L'histoire: Te souviens tu de ton enfance ? Te souviens tu d'une phrase que ta mère avait prononcée et qui t'a marqué à jamais ? Comme Violette, tu peux te glisser dans les cycles de la mémoire où les personnages sont multiples et interchangeables. Il faut au moins être trois pour arriver à se souvenir des détails insignifiants d'une enfance, derrière lesquels se cachent les traumatismes enfouis...Trois Violette. Les Violette est l'histoire d'une jeune femme, qui se redécouvre "petite fille" et qui a développé une triple identité pour faire face au monde qui l'entoure.

Pour son cinquième long métrage, Benoit Cohen s'aventure pour la première fois dans l'adaptation d'une pièce de théâtre, Les Violette, écrite par Emmanuelle Destremau. Une jeune actrice, également scénariste sur ce projet, qui tient d'ailleurs ici l'un des rôles principaux, celui de Violette n°2. Les Violette, c'est l'occasion pour le réalisateur de s'éloigner d'un sujet qu'il avait traité dans ses deux films précédents, Nos enfants chéris et Qui m'aime me suive, à savoir la crise de la trentaine où Mathieu Demy - dans les deux - quittait d'un côté sa femme pour retrouver son amour de jeunesse, montait un groupe de rock, de l'autre. Ici, son héroïne s'appelle donc Violette, une enfant de six ans en proie à la schizophrénie. Son objectif dans la vie ? Devenir une actrice porno afin d'aider les hommes à soigner leurs pulsions sexuelles ! Autour d'elle gravite deux autres personnages, son oncle altermondialiste, spécialisé dans le vol de boites de petits pois transgéniques et de cervelle de mouton, et sa mère, une assistante sociale qui lui en veut pour lui avoir fait rater l'occasion de sa carrière, partir à l'étranger travailler dans l'humanitaire. Trois personnages pour trois actrices et une histoire totalement loufoque et décalée.


A bien des titres, Les violette s'apparente à un vrai exercice de style. Comme dans un soucis de rester le plus proche possible de la pièce originale, Benoit Cohen a travaillé à la mise en place d'une mise en scène volontairement théâtrale. Les trois actrices interprète ainsi tour à tour les trois rôles principaux, reconnaissables grâce à l'utilisation d'un même costume. Soit une robe violette, un jogging bleu et une chemise de nuit blanche pour la jeune fille. Une robe à rayures et du rouge à lèvres rouge pour la mère. Et une barbe volontairement fausse pour l'oncle. Comme quand au théâtre plusieurs acteurs se répartissent un seul rôle sur plusieurs scènes. Mais la pièce d'Emmanuelle Destremau va beaucoup plus loin que ça, Violette étant une schizophrène avec trois personnalités différentes. Benoit Cohen utilise alors des moyens cinématographiques pour rendre la chose crédible, démultipliant le personnage en trois, incarné par les trois actrices à la fois dans un même plan ou par une seule actrice se répondant grâce au montage. Une technique qui, au départ, déconcerte, pour devenir petit à petit de plus en plus captivant. Benoit Cohen assumant jusqu'au bout la théâtralité de sa mise en scène. Nous sommes dans un lieu unique, l'appartement. Les effets de lumières se font à vue. Les décors sont le plus rudimentaires possible. De quoi faire de ses Violette là une expérience assez unique en son genre, de part cette mise en scène expérimentale et la cruauté de son ton envers des sujets actuels - l'écologie, la société de consommation -, qui rappelle sur certains points Les bonnes, de Genet. Un film très particulier, une sorte d'ovni cinématographique, qui vaut vraiment le détour par son aspect déroutant et fascinant et l'excellente performance des trois actrices, Eléonore Pourriat, Emmanuelle Destremau et Gaela Le Devehat, dont les deux dernières font office de véritables révélations.




Crédit photo: Christophe Henry  

Publié dans En salles

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