Gran Torino / Clint Eastwood

Publié le par Limess





Sortie: 25 février 2009

> L'histoire: Walt Kowalski est un ancien de la guerre de Corée, un homme inflexible, amer et pétri de préjugés surannés. Après des années de travail à la chaîne, il vit replié sur lui-même, occupant ses journées à bricoler, traînasser et siroter des bières. Avant de mourir, sa femme exprima le voeu qu'il aille à confesse, mais Walt n'a rien à avouer, ni personne à qui parler. Hormis sa chienne Daisy, il ne fait confiance qu'à son M-1, toujours propre, toujours prêt à l'usage... Ses anciens voisins ont déménagé ou sont morts depuis longtemps. Son quartier est aujourd'hui peuplé d'immigrants asiatiques qu'il méprise, et Walt ressasse ses haines, innombrables - à l'encontre de ses voisins, des ados Hmong, latinos et afro-américains "qui croient faire la loi", de ses propres enfants, devenus pour lui des étrangers. Lorsque le jeune et timide Thao tente de lui voler sa Gran Torino sous la pression d'un gang, Walt fait face à la bande, et devient malgré lui le héros du quartier.

En sortant très peu de temps après l'intriguant L'échange, Gran Torino aurait pu être considéré comme un film plutôt mineur dans la carrière de Clint Eastwood, l'un des derniers grands d'Hollywood. A contrario, c'est dans un genre totalement différent qu'il revient, revêtant dans un ultime combat sa casquette d'acteur, pour une oeuvre qui surpasse largement la dernière. Gran Torino est ainsi un film très humaniste, sachant se faire tour à tour grave et assez jubilatoire. Clint Eastwood y incarne un vétéran de la guerre de Corée, solitaire et raciste, tout de grognements et de regards obliques, rejouant la carte de L'inspecteur Harry qui lui avait valu auprès du public une image d'acteur aux idées réactionnaires et prônant l'autodéfense. Avec ce film, Eastwood réussit une belle pirouette, jouant des attentes des spectateurs en livrant une chronique sociale juste, loin de celle sur la violence annoncée et attendue. Bande annonce oblige.

La force de Gran Torino, c'est qu'il propose un récit construit en trois actes distincts, imposant à la fois une certaine fluidité tout en se renouvelant et en surprenant constamment. Un défi que Clint Eastwood avait déjà merveilleusement bien relevé avec Million dollar baby et qu'il réactualise, ici, pour notre plus grand plaisir. Le film s'ouvre ainsi sur la présentation de ce personnage extrême, à la fois détestable et drôle malgré lui, dans son quotidien et ses rapports aux autres. De ses fils qu'ils méprisent à ses voisins qu'il hait, pour des raisons culturelles. Jusqu'au jour où il sauvera inconsciemment Tao, son jeune voisin issu de la communauté Hmong, puis sa soeur Sue... devenant le héros du quartier. Petit à petit, il se liera d'amitié avec ses deux ados, le film se transformant en comédie humaine, le vieil homme prenant sous son aile Tao, l'aidant à trouver un job et à devenir un homme. Une trajectoire intelligente et passionnante, aussi bien du récit que des personnages. Gran Torino jouant alors sur le conflit des générations et des cultures, pour un duo particulièrement attachant.

Tout en mettant en place une esthétique classique, reconnaissable entre mille de film en film, Clint Eastwood ne s'arrête pas là en proposant à son histoire un troisième round, faisant sombrer doucement, mais sûrement, la fable vers le drame. Carabine à la main, le vieil homme se transformera, suite à une vive altercation, en justicier vengeur... De quoi inquiéter quand à la tournure des événements, Gran Torino semblant peu à peu se faire le porte parole d'une vengeance nécessaire. Un discours qui déstabilise, tout comme l'avait fait L'échange en prônant - involontairement ? - une sorte de discours sur l'utilité de la peine de mort, de manière moralement dérangeante. Fort heureusement, c'est un petit miracle qui se produira, grâce à une fin surprenante et assez bouleversante. Sur près de deux heures, Clint Eastwood aura donc réussit l'exploit d'imposer une palette d'émotions riche, dans une oeuvre touchante, digne et profondément humaine. Un grand film pour un réalisateur magistral, encore très inspiré et un acteur qui manquera au cinéma, avec lequel il passe le flambeau à une nouvelle génération, représentée par les touchants Bee Vang et Ahney Her.




> Golden globes 2009: Nomination meilleure chanson originale


Crédit photo: Warner Bros France

Publié dans En salles

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Clem 13/03/2009 01:13

C'etait Genial!! je sors de la séance et Youhou! Du coup ça ma donné envie de revoir Million Dollar Baby, qui à sa sortie m'avait beacoup moins enchanté, (ce qui reste même pour moi un mystère....)
Bref I agree