Je te mangerais / Sophie Laloy

Publié le par Limess







Sortie: 11 mars 2009

> L'histoire: Marie quitte sa famille pour aller vivre à Lyon et y étudier le piano au conservatoire. Pour des raisons économiques, elle partage l'appartement d'Emma, une amie d'enfance, qui y vit seule depuis la mort de son père et la désertion de sa mère. Marie se soumet aux règles de vie imposées par sa colocataire, toujours plus oppressante. Emma la fascine, la domine, la bouleverse. Marie se débat entre son désir pour elle et son envie de lui échapper, puisant sa force dans l'amour pour le piano.

Premier film de Sophie Laloy, jeune diplômée de la Femis en section son, Je te mangerais suit la naissance de l'étrange relation entre Marie et Emma, deux colocataires et anciennes amies d'enfance. Marie est une étudiante au conservatoire de Lyon, apprenant le piano, pas encore vraiment prête à faire face sa nouvelle liberté loin de chez ses parents. Si ses cours lui impose une certaine rigueur, elle est âge où papillonner et courir après les garçons semblent plus important que le reste. Le contraire d'Emma, en soit, plutôt rigide et castratrice, aimant imposer à Marie ses propres règles de vie. A moins que ce ne soit un moyen de rester le plus proche possible d'elle... Sur bien des points, Je te mangerais est un film assez envoûtant, construit comme une sorte de huis clos de plus en plus oppressant, à l'ambiance angoissante. L'appartement apparaissant bientôt pour Marie comme une prison dorée. Au sens figuré comme au sens propre, elle qui se retrouvera vite enfermée à clé, le temps d'une journée. Car Emma est une blonde hitchcockienne, dans tous les sens du terme, qui sous les traits d'Isild Le Besco, se révélera aussi fascinante d'inquiétante. Marie est en quelque sorte son opposé, une brune juvénile mais pleinement consciente d'elle-même, totalement troublée par la présence quasi fantomatique de sa colocataire. Entre elles naîtra une drôle de relation, de dominant-dominé, où Marie sera totalement écrasée par la présence d'Emma, bouleversée par les désirs qui la submerge, au son du Carnaval de Schumann. Un rapport bientôt inversé, Emma devenant par la suite à son tour la victime de la douce Marie, totalement hypnotisée par elle. Passant d'un rapport possessif à un rapport masochiste, la brune jouant de ses atouts pour détruire la blonde fragile. Entre amour et amitié. Désirs et cauchemars.

L'intelligence de Sophie Laloy, c'est de réussir à faire de son film une oeuvre basée plus sur le ressentit que sur la réflexion. Je te mangerais est ainsi un film très sensuel, la jeune réalisatrice usant des très gros plans sur la peau de ses actrices. Sans jamais sombrer dans un quelconque voyeurisme. Un long métrage dont l'on ressort troublée, notamment après une scène sur un piano, Sophie Laloy arrivant à faire basculer son oeuvre d'une émotion à une autre. Passant du malaise à l'étrange quiétude. Un film qui fonctionne grâce à un magnifique duo de contraires, entre une Isild Le Besco fascinante et une Judith Davis magnétique, dont Marie est son premier rôle au cinéma, complété par Johan Libéreau, sincère en jeune garçon manipulé. Un beau film cruel et fascinant qui bouleverse autant par sa fragilité que ses morceaux choisis, de Schumann, Ravel ou Chopin, qui vous trotteront dans la tête, longtemps encore après. Un premier essai plutôt réussit pour une jeune réalisatrice à suivre.





1. Edith Scob: Didine


Crédit photo: Little Stone Distribution 

Publié dans En salles

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Julie 22/03/2009 19:17

Judith Davis a joué aussi dans Jacquou le Croquant.

Limess 22/03/2009 23:29


C'est exact. C'est donc ici son premier grand rôle.