La fille du RER / André Téchiné

Publié le par Limess





Sortie: 18 mars 2009

> L'histoire: Jeanne vit dans un pavillon de banlieue avec sa mère Louise. Les deux femmes s'entendent bien. Louise gagne sa vie en gardant des enfants. Jeanne, sans trop de conviction, cherche un emploi. Un jour, en lisant une annonce sur le net, Louise croit que le destin frappe à sa porte. Elle nourrit l'espoir de faire engager sa fille chez Samuel Bleistein, un avocat de renom qu'elle a connu dans sa jeunesse. L'univers de Jeanne et celui de Bleistein sont à des années lumières de distance... Pourtant, ils vont se rencontrer à cause d'un mensonge inouï que Jeanne va échaffauder. Le film est l'histoire de ce mensonge qui va devenir le fait divers le plus médiatisé et le plus politisé de ces dernières années.

Inspiré de la pièce de théâtre RER de Jean-Marie Besset et du fait divers qui avait secoué la France durant l'été 2004, La fille du RER, le nouveau André Téchiné, revient sur cet énorme mensonge autour de la simulation d'une agression antisémite. Le film est découpé en deux parties. Il y a le drame, bien sur, mais aussi, et surtout, les causes et ses effets. "Les circonstances" et "les conséquences". A travers le personnage de Jeanne, une jeune diplômée vivant encore chez sa mère protectrice, André Téchiné filme l'urgence et la vivacité d'une jeunesse en quête d'émotions. Des ballades en rollers aux soirées MSN. Caméra à l'épaule, le réalisateur insuffle une énergie folle à chacun de ses plans, suivant Jeanne et ses débardeurs multicolores, voguer dans un Paris ensoleillé. Comme dans les rames du RER. Le début de La fille du RER est ainsi solaire et lumineux, au son d'une B.O très pop, à l'image de l'état d'esprit de son personnage central. Jeanne fera la rencontre de Franck, son premier amour - sans doute. Celui qui déclenchera tout, aussi. Drague, premiers émois et rencontre avec Louise, la mère de Jeanne, leur relation va vite, à l'image du débit de parole imposé aux acteurs, donnant une vitalité incroyable au moindre échange... D'où la déception, ensuite, La fille du RER perdant progressivement de son rythme, faute d'histoires parallèles nullement intéressantes - le mariage raté entre Mathieu Demy et Ronit Elkabetz - et d'une seconde partie bien vite expédiée.

Car ce qui semble passionner André Téchiné, plus que le fait en lui-même, c'est le trajet psychologique de Jeanne, en ne cherchant jamais à blâmer son geste. Celui qui la mènera des petits mensonges quotidiens à la simulation de l'agression antisémite. De ce désir, le réalisateur travaille alors sur la manipulation du spectateur, nous donnant certaines informations qui s'avèreront fausses par la suite. Nous bernant tout comme Jeanne le fera avec la France entière. Alors, quand vient le drame, le réalisateur le raccourcit au maximum, se concentrant dès lors sur ses conséquences. Où comment un gros mensonge a pu déchaîner un tel emballement médiatique... On regrettera cependant qu'André Téchiné ne s'y soit pas plus intéressé, la seconde partie semblant très courte comparée à la première, ne se penchant pas plus sur le sujet médiatique. Le scénario se contentant de lâcher quelques brides d'informations au travers de l'avocat, incarné par Michel Blanc. Un Michel Blanc d'ailleurs en demi-teinte, ses répliques sonnant la plupart du temps faux. Tout comme pour Mathieu Demy, pourtant excellent d'habitude, et Ronit Elkabetz. Heureusement, il y a Emilie Dequenne, magnétique et envoûtante, campant une mystérieuse Jeanne au regard vide. Elle illumine littéralement l'écran, tout comme Nicolas Duvauchelle, dans ce rôle de petit gangster qui lui sied si bien. Mais l'autre surprise, pour moi, viendra de Catherine Deneuve, La fille du RER me réconciliant enfin avec cette grande actrice. En mère dépassée par les événements, elle fait preuve d'une grande sensibilité, livrant une prestation tout en subtilité. Si La fille du RER s'avère donc mineur et fragile, il vaut néanmoins le déplacement pour son duo d'actrices tout comme pour la vitalité, la fraîcheur et la luminosité de sa première partie.





Crédit photo: UGC 

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