Monsieur Verdoux / Charles Chaplin

Publié le par Limess




Sortie: 1947 / 8 juin 2005


> L'histoire: M
onsieur Verdoux, bon père et bon époux, séduit puis assassine douze femmes...

Tout le monde connaît Charlot, ce gentil vagabond, naïf au grand coeur, toujours affublé d'un costume trois pièces, d'une canne et d'un chapeau melon. Un personnage au combien célèbre dont Charles Chaplin aura eu du mal à se séparer. C'est avec l'arrivée du parlant que le comédien se verra dans l'obligation de tourner la page de Charlot, personnage emblématique du cinéma muet. Il est condamné par une industrie en pleine expansion. Une mort que Chaplin aura exécuté en deux temps. Tout d'abord, par la réalisation du Dictateur où le réalisateur/comédien fait parler pour la première fois son personnage, même si le film fonctionne à la manière d'un film muet. Deuxième temps, avec Monsieur Verdoux, qui marque une nouvelle ère dans sa carrière. Et afin de signifier définitivement la mort de Charlot, Chaplin aura eu la bonne idée d'utiliser un symbole fort. Quoi de mieux que de refaire la même fin qu'à l'accoutume mais cette fois-ci, en envoyant non pas Charlot sur la route du bonheur, mais Monsieur Verdoux sur le chemin de la guillotine. De quoi mettre un point d'honneur à sa grande période du muet.


Monsieur Verdoux est un film tout a fait atypique où Charles Chaplin range son costume de guignol pour endosser celui d'un tueur en série. L'histoire est simple. Monsieur Verdoux, actuellement au chômage, séduit des femmes riches dans le stricte but de leur prendre leurs argents. La grande prouesse de Chaplin, c'est qu'il donne tout une dimension psychologique à son personnage, pourtant totalement immoral, en expliquant la raison de ses actes. Si Monsieur Verdoux est un assassin, c'est qu'il n'a pas d'autres choix pour s'occuper de sa famille, et notamment de sa femme invalide. Une explication qui participe à construire un personnage ambigu, à la fois attachant et pourtant, terriblement pervers et malsain (scène de la tentative d'empoisonnement totalement glaciale). C'est cette condition qui permet à Chaplin de faire un constat dur et brutal sur la société de son époque. Monsieur Verdoux pourrait être vu comme une sorte de violent pamphlet contre les gouvernances du monde et la gestion des crises, comme celle de 1929 (crise de Wall Street qui toucha toute la population américaine et bien plus encore). Monsieur Verdoux se justifie de ses actes en expliquant que de toute manière, on fait bien pire que lui et pour de mauvais raisons. Quel génie que de mettre des phrases crues et violentes sur la société dans la bouche d'un être irresponsable mais presque "légitime" dans ses actes (au final, il ne fait ça que pour sauver sa famille) ! Monsieur Verdoux est un film totalement osé pour l'époque, puisqu'Hollywood était alors très controlé, notamment par le code Hays, sorte d'auto-censure de la production. Et on imagine aisément les stratagèmes qu'à dû mettre en place Chaplin pour réaliser ce film hors du commun.



Si Monsieur Verdoux est un film totalement parlant, on sent encore que Chaplin a du mal à se défaire totalement de son personnage du muet. Dans des scènes tous a fait capitales, il n'hésite pas à insérer de petites cascades, comme tomber malencontreusement par la fenêtre. Des farces presque vues avec nostalgie et qui rappelle à quel point Chaplin était LE grand génie du muet. Mais la grande prouesse de celui-ci, c'est qu'il n'utilise pas que les gags comme des anecdotes. Dans des scènes importantes, il place un zeste d'humour presque vu comme de l'humour noir. A l'image de cette tentative d'assassinat où il fait croire à sa victime qu'il lui apprend à pêcher au lasso en lui mettant la corde autour du cou. Monsieur Verdoux est un film tout a fait à part dans la carrière de Chaplin, mais aussi, dans la production américaine de cette époque. Un grand film à redécouvrir afin de célébrer dignement les trente années de la mort de ce grand et mythique personnage.





Crédit photo: collection allociné

Publié dans Ciné-club

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