It's a free world... / Ken Loach

Publié le par Limess




Sortie: 02 janvier 2008

> L'histoire:
Angie se fait virer d'une agence de recrutement pour mauvaise conduite en public. Elle fait alors équipe avec sa colocataire, Rose, pour ouvrir une agence dans leur cuisine. Avec tous ces immigrants en quête de travail, les opportunités sont considérables, particulièrement pour deux jeunes femmes en phase avec leur temps.
 
Après un détour par l'histoire avec Le vent se lève, Ken Loach revient à un film plus contemporain. Pour l'occasion, le réalisateur retrouve ce milieu social qu'il connaît bien, celui des ouvriers sur lesquels il a déjà consacré pas mal de ses films.
Tout part d'une agence d'intérim où Angie est une employée efficace. Le jour où elle se défend contre le harcèlement sexuel de l'un de ses collègues, elle se voit tout simplement renvoyée. Il n'y a pas de protection des femmes qui compte. En signe de révolte, elle décide de monter sa propre entreprise d'intérim, au risque de devenir comme eux. It's a free world s'intéresse ainsi à l'évolution de cette femme hors du commun dans un monde impitoyable. Plus le film avance et plus Angie va se comporter comme ses anciens employeurs. Inconsciemment, tout d'abord, prenant des risques en s'occupant d'émigrés sans papiers, n'hésitant pas à abuser de son pouvoir pour prendre du bon temps. Puis, totalement consciencieusement, faisant des choix terribles comme n'importe quel chef d'entreprise, l'argent d'abord, la main d'oeuvre ensuite. It's a free world étant un pamphlet virulent contre la société capitaliste. Ken Loach ne cache pas ses opinions (comme il l'a toujours fait d'ailleurs) et enfonce le clou en montrant que peu importe qui nous sommes au départ, au final, la société nous force à nous déshumaniser. Pour reprendre la formule de Max Weber, Ken Loach fait un constat sur ce "désenchantement du monde". Et Angie a beau être profondément humaine (scène apparemment anodine à ce moment du film où elle recueille chez elle des clandestins pour qu'ils passent la nuit au chaud), elle ne pourra pas faire face à la société sans prendre des choix cornéliens et en laissant de côté sa charité.


L'intelligence du scénario, c'est qu'il donne de la profondeur au propos et au film en prenant le temps de présenter ce personnage. Situation familiale, traits de caractères, passé. Des éléments importants afin d'expliquer clairement les choix que va prendre Ange, les bons comme les mauvais. Ange, quel ironie dans ce prénom. Car si elle fait tout pour aider les autres, elle n'a rien d'un ange, capable des pires cruautés dans un élan d'égoïsme profond. It's a free World pourrait être vu comme une oeuvre féministe. Il repose en effet sur ce personnage, charismatique et puissant. Face aux ouvriers, elle a tout d'un homme, ne vacille jamais et montre qu'elle est le chef. Tandis qu'à d'autres moments, elle se transforme presque en macho, traitant ses ouvriers comme des hommes objets. Angie, c'est Kierston Wareing, illustre inconnue, qui donne au personnage une gueule, une voix et un caractère. Elle incarne avec fougue et détermination ce personnage, au point de ne faire plus qu'un avec elle. La curiosité de ce film, c'est qu'il bouscule le spectateur dans ses émotions. Tout n'est que sentiments contradictoires, on est à la fois attaché à ce personnage, notamment par le fait que l'on connaisse sa détresse et en même temps... Angie est cruelle, prend des décisions honteuses. C'est sur ce point qu'It's a free world déroute et dérange, d'ailleurs. Le film manquant un peu de compassion et on a bien du mal à être totalement touché par ce personnage. Fort et puissant, un film éminemment politique comme seul Ken Loach semble pouvoir les faire.




> Festival du film britannique de Dinard 2007: en compétition
> Mostra de Venise 2007: Prix Osella du meilleur scénario


Crédit photo: Diaphana films

Publié dans En salles

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