Dogville / Lars Von Trier

Publié le par Limess




Sortie: 21 mai 2003


> L'histoire:
Dans les années trente, des coups de feu retentissent un soir dans Dogville, une petite ville des Rocheuses. Grace, une belle femme terrifiée, monte en courant un chemin de montagne où elle fait la rencontre de Tom, un jeune habitant de la bourgade. Elle lui explique qu'elle est traquée par des gangsters et que sa vie est en danger. Encouragée par Tom, la population locale consent à la cacher, en échange de quoi Grace accepte de travailler pour elle. Lorsqu'un avis de recherche est lancé contre la jeune femme, les habitants de Dogville s'estiment en droit d'exiger une compensation, vu le risque qu'ils courent à l'abriter...

Lars Von Trier est un inconditionnel des trilogies. Après "E" centrée autour de trois films commençant par la lettre E et traitant de l'Europe et de la perte d'identité,  une autre intitulée "Coeurs d'or" contenant notamment le magnifique Dancer in the Dark, voici sa trilogie "Land of opportunity", axé autour des Etats-Unis. Elle regroupe, Dogville, sortie en 2003, Manderlay, sortie en 2005 et Washingthon, encore en préparation... Les premières minutes de Dogville suffisent à surprendre car rarement une oeuvre aura été aussi loin dans la théâtralité. Dogville suit les aventures d'une petite bourgade américaine, isolée de tout. Le jour où une jeune femme désespérée va débarquer en demandant de l'aide, tout va basculer. Ce petit village, on ne le verra jamais, du moins, pas vraiment. Car la particularité de Dogville, c'est qu'il se déroule tout du long sur une scène de théâtre où tout est suggéré ou presque. Il n'y a pas de vraiment de décors, tout au plus quelques accessoires vraiment indispensables (des lits, un bout de mur, une fenêtre...). Tout le reste n'est que traits visant à délimiter chaque maison. Si Lars Von Trier dépouille au maximum sa scène, il n'oublie pas que Dogville est un film et se doit ainsi d'être un minimum réaliste. Ce qui fait que nous ne sommes jamais vraiment dérouté, c'est que le réalisateur restitue tous les sons réels, tel que les bruits de pas sur du gravier, les portes qui se ferment ou les sons venant de l'horizon... Le but est de faire appel à l'imaginaire du spectateur. Pourquoi une telle mise en scène ? En choisissant de construire son film sur une scène de théâtre dépouillée, Lars Von Trier se montre particulièrement intelligent. Tout d'abord, car cette scène permet d'isoler au maximum ce village de n'importe quelle autre civilisation. Les murs sont noirs ou bleus, selon les heures de la journée, évitant aux spectateurs de s'attarder sur la vue et de ne s'intéresser qu'à ces personnages. Trois murs qui participent à l'idée d'enfermement. En arrivant dans le village, Grace pensera être enfin libre alors qu'elle entrera dans une nouvelle prison. Le spectateur, lui aussi prisonnier de ce décor, ne peut entrevoir d'échappatoire à sa situation, les murs remplaçant les paysages et les solutions. Autre utilité du plateau, c'est qu'il nous permet de tout voir simultanément, tel des voyeurs. On aperçoit ainsi toutes les habitudes des villageois mais aussi, lors de certaines scènes, ce qui se passe pendant que Grace subit l'enfer...



Dogville
est un film assez atypique, de par sa mise en scène mais aussi, son histoire. Comme souvent, le réalisateur cherche à montrer les bassesses de l'être humain et de la civilisation. Ce qu'on nous montre au départ, c'est un charmant petit village, qui semble vivre en complète autarcie. Tom, le poète, organise régulièrement des débats, dont un sur l'égoïsme de ce village, incapable d'accepter un étranger. Lorsque Grace arrivera, tous feront l'effort de démonter les propos de Tom, en proposant à celle-ci de travailler avec eux. Mais ce qui au départ partait d'une bonne intention va vite se transformer en esclavagisme. Profitant de la faiblesse de cette jeune femme, tous les habitants vont se servir d'elle, pour des tâches ménagères ou pour assouvir un désir sexuel. Simple, il suffit de la menacer d'expulsion. Dogville est un film très noir, totalement pessimiste sur la nature de l'homme, même les plus doux se transformant peu à peu en bourreau. La grande force de ce film, c'est que malgré ses 3 heures, il arrive totalement à nous accaparer et à nous attacher à Grace. En neuf actes, il nous montre la dégradation progressive de l'état de cette belle et jolie jeune femme dans cette ville où les habitants ne sont que des animaux, réagissant par instinct. Et si l'on est attaché à elle, le résultat est dotant plus saisissant quand vient l'heure du dernier acte. Lars Von Trier nous livre un petit chef d'oeuvre, où Nicole Kidman trouve l'un de ses meilleurs rôles. Un film totalement captivant et saisisssant et une véritable leçon de cinéma. Dogville est tout simplement un très grand film.





> Présentation au festival international de Cannes 2003: sélection officielle - en compétition

> European film awards 2003: meilleur réalisateur, meilleur directeur photo / Nominations meilleur film, meilleur scénario

> Césars 2004: nomination meilleur film de l'Union Européenne


Crédit photo: Les films du losange

Publié dans Ciné-club

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