J'ai le droit de vivre / I only live once / Fritz Lang

Publié le par Limess




Sortie: 1937

> L'histoire: Après avoir purgé sa peine pour vol, Eddie Taylor sort de prison, bien décidé à rentrer dans le droit chemin. Mais malgré sa volonté, il se heurte à une société qui ne lui pardonne pas son passé. Accusé à tort d'un hold-up, il s'enfuie avec sa fiancée...

 

Réalisateur allemand qui s'est fait connaître au temps du muet, Fritz Lang traîne derrière lui une belle filmographie lorsqu'il arrive aux États-Unis. Sous son nom, on trouve des œuvres comme Metropolis, la série du Docteur Mabuse ou encore M, le maudit l'imposant comme un des principaux réalisateurs de l'expressionnisme allemand. C'est durant les années 30 que sa carrière prend un véritable tournant. Fritz Lang se voit proposé par Goebbels, directeur de la propagande du parti nazis, de devenir le réalisateur officiel du troisième Reich. Celui-ci déclinera l'offre préférant s'exiler aux Etats-Unis sous contrat avec la MGM, laissant derrière lui sa femme qui rejoindra le parti d'Hitler. De l'autre côté de l'atlantique, il ne sera pas vraiment seul, retrouvant bon nombre de ses compatriotes, tel que Murnau ou des techniciens de renoms.


Produit par Walter Wanger, J'ai le droit de vivre est le deuxième film du réalisateur allemand sur le sol américain. Malgré le changement de continent, Fritz Lang continue sa carrière aux États-Unis comme il l'aurait fait en Allemagne. Son film s'inscrit dans une sorte de continuité de son esthétique expressionniste. Qu'est-ce que le courant expressionniste ? Ne touchant pas seulement le cinéma, ce courant artistique est né en Allemagne sous la coupe d'artistes comme Otto Dix (un peintre). Il reflétait un certain malaise de la société allemande, désemparée à la sortie de la première guerre mondiale. Au cinéma, cela s'est développé autour de sujets nouveaux et extrêmement noirs (tels que des meurtres, suicides...) et d'une esthétique particulière. Les décors sont volontairement surréalistes, déformés, pointus, la lumière très stylisée avec un jeu sur les ombres. Des oeuvres comme Beetlejuice ou Persepolis se veulent à certains niveaux comme héritières de ce courant artistique. Bien entendu, J'ai le droit de vivre n'est pas une oeuvre à proprement parler expressionniste. Mais elle réutilise certains aspects, comme le sujet, autour de la société totalitaire ou cette lumière spécifique au courant (lors des scènes de prison).
 



Inspiré du célèbre couple Bonnie and Clyde, ce film conte l'histoire d'Edward Taylor et de sa fiancée, Joan. Leur histoire d'amour n'est pas commune, le coup de foudre s'étant produit pendant le procès du vagabond. Voilà trois ans qu'Edward est en prison quand il est enfin libéré. Son rêve, retourner dans le droit de chemin et fondé une famille avec Joan, qu'il s'empresse d'épouser dès son retour dans la vie réelle. Mais comme toujours, le destin se mêle de tout et s'occupe de déjouer les plans. Fritz Lang s'intéresse à la violence des sociétés qui refusent de donner aux hommes une seconde chance. Taylor a beau faire tout ce qu'il peut, un simple retard lui vaut un licenciement, peut importe l'explication. A travers ce film, le réalisateur montre comment la société peut détruire les ambitions d'un homme et le pousser à commettre l'irréparable pour survivre. J'ai le droit de vivre joue sur les préjugés, que peuvent avoir les personnages, mais aussi le public. Victime de sa propre révolte, Taylor se verra condamner à un crime qu'il dit ne pas avoir commit. Mais personne ne peut l'innocenter, personnages comme spectateurs. Qui croire alors ? La grande force de ce film, c'est l'ironie tragique qu'insuffle Fritz Lang à son histoire faisant de son héros un meurtrier le jour où il était innocenté de tous soupçons. J'ai le droit de vivre se divise sur deux tableaux. Tout d'abord, autour de l'histoire personnelle de Taylor, interprété avec envie par le charismatique Henry Fonda. De l'autre, autour de l'histoire d'amour entre Joan (la belle Sylvia Sidney) et Taylor. On pourrait presque croire à une tragédie shakespearienne tant l'histoire de ce couple condamné d'avance par le destin semble tout droit sortie de l'imagination du dramaturge anglais. Ils ont beau fuir, déclarer leurs amours à la face du monde, accepter qu'ils ne peuvent malheureusement pas vivre l'un sans l'autre, rien ne peut les sauver. La vie joue souvent de vilains tours. J'ai le droit de vivre est un grand film, une histoire d'amour tragique comme sait si bien le faire le cinéma hollywoodien. Une oeuvre malheureusement trop peu connue, pourtant signée par un réalisateur qui restera à jamais dans les mémoires.





 Crédit photo: collection allociné

Publié dans Ciné-club

Commenter cet article