Un été italien / Genova / Michael Winterbottom

Publié le par Limess





Sortie: 15 avril 2009

> L'histoire: Un veuf décide de partir pour l'Italie avec ses filles pour redémarrer leur vie. Ces dernières évolueront chacune à leur manière, la plus jeune troublée par la vision du fantôme de sa mère, la plus âgée par la découverte de sa sexualité.

 

Deux ans après Un coeur invaincu, Michael Winterbottom revient en toute discrétion sur le devant de la scène, aux commandes d'Un été italien, récompensé du prix de la mise en scène au dernier festival de San Sebastien. A la manière de Roberto Rossellini dans Voyage en Italie et dans un style proche du néo-réalisme italien, le réalisateur livre une oeuvre dépouillée et sensible, au service de ses acteurs et de son intrigue. Accompagné d'une équipe réduite, caméra à l'épaule, il filme à la lumière naturelle, laissant acteurs et personnages se mêler, voguer dans les rues de Gênes, se confronter à la culture européenne et à l'architecture italienne. S'enfoncer dans des rues étroites et sinueuses. Car Un été italien, c'est avant tout l'histoire d'un deuil, celui d'un père et ses deux filles, suite à la mort brutale de la mère. Un bouleversement dans la vie paisible de cette famille qui poussera Joe a changer radicalement de vie, emmenant ses filles vivre en Italie pour qu'ils puissent tous se reconstruire. Et là où dans Voyage en Italie, la mort était intégrée à la culture italienne, elle est ici un point de départ, Michael Winterbottom mettant en avant la Dolce Vita et la quiétude de ce pays si singulier.

Tout comme dans Les chansons d'amour, la mort de l'être cher est ici, aussi, une sorte de tremplin à une nouvelle vie, Un été italien suivant la reformation de ce trio familial. Il y a Kelly - la maigre Willa Holland, vue dans Newport Beach et Gossip girl -, jeune adolescente instable, noyant son chagrin dans la fête et la découverte de sa sexualité. Mary - Perla Haney-Jardine, petit bout de chou de Kill Bill -, la cadette, encore traumatisée par l'accident de voiture, persuadée d'être à l'origine de la mort de sa mère. Continuant à voir son fantôme dans les rues de Gênes. Et puis, il y a Joe, donc, le père, que Colin Firth interprète avec pudeur et douceur, se mettant volontiers en retrait au service de l'intrigue. Il est dépassé par les événements, préférant laisser ses filles vivre leurs vies sans intervenir. Avec un sujet pareil, Michael Winterbottom aurait pu facilement tomber dans le registre mélodramatique. Pourtant, Un été italien n'a rien du drame tire-larme qu'il laissait deviner - excepté pour quelques scènes -, le réalisateur se concentrant sur le trop plein de vie de ses personnages et la page qu'il essaye de tourner. Loin de chez eux. Entre les cours de piano, les journées à la plage et les visites en tout genre. Ainsi, même si certaines petites intrigues semblent plutôt redondantes - les fugues répétitives de la petite -, Un été italien se révèle comme un film extrêmement sensible sans tomber dans le pathétique. Cela, grâce au côté très instantané de la mise en scène de Michael Winterbottom, évitant de peindre une Italie de carte postale, lui préférant les rues sombres de Gênes, et de la performance de ses acteurs principaux, d'un naturel incroyable. Une oeuvre à fleur de peau et plein de charme, à la fois dure, touchante et très humaine.


 


1. Catherine Keener: Into the wildSynecdoche, New York
2. Hope Davis: Synecdoche, New York


> Festival de San Sebastion 2008: prix de la mise en scène
> Festival du film britannique de Dinard: avant-première


Crédit photo: Diaphana films

Publié dans En salles

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