La soupe au canard / Duck Soup / Leo McCarey

Publié le par Limess





Sortie: 09 avril 1934

> L'histoire: Les caisses de la Freedonie sont à leur niveau le plus bas. Une fois de plus le Conseil des ministres fait appel à la richissisme Mme Teasdale qui accepte à une condition : que le gouvernement se dote d'un nouveau chef, Rufus T. Firefly. En Sylvanie, pays voisin qui convoite la Freedonie, la nouvelle est accueillie avec mauvaise humeur. Trentino, ambassadeur en Sylvanie, courtise Mme Teasdale mais celle-ci est entichée de Firefly. Trentino engage deux espions, Pinky qui est le chauffeur de Firefly et Chicolini, et leur assigne pour mission de discréditer son rival.

Lu dans Télérama: "Depuis le début de cette année de "Grande dépression", les salles de cinéma sont fréquentés par un public insatiable [...]. Emballée, la presse américaine se fait l'écho d'une question lancinante: cette irrépressible envie de divertissement annonce-t-elle le retour d'un nouvel âge d'or hollywoodien ? L'industrie des rêves retrouvera-t-elle l'éclat qui fut le sien quand les Américains fuyaient l'onde de choc du krach de 1929 pour se réfugier chez Frank Capra, Fred Astaire et les Marx Brothers ?". Laurent Rigoulet répondant en quelque sorte non à cette question, ressortant les chiffres et records détenus par le film Hannah Montana, soit Miley Cirus + comédie musicale + Disney, il est tant de ressortir nos bons vieux classiques. Et quoi de mieux que les Marx Brothers, donc, ici dans une satire politique désopilante. Tourné en 1933, La soupe au canard suit la figure d'un dictateur, Firefly, aussi irresponsable que têtu et inconscient. Les Marx Brothers tire, à merveille, le portrait démesuré d'un homme surpuissant, malheureusement aussi drôle que tristement prémonitoire. 1933, c'est l'arrivée au pouvoir d'Hitler, déclenchant les événements que l'on connaît. Ici, Firefly est totalement ingérable, réglant les affaires publiques avec insolence, déclarant la guerre au moindre mot trop haut et déplaisant.

Mais qui dit Marx Brothers dit surtout comédie, La soupe au canard étant considéré comme le meilleur film du quatuor burlesque. En Firefly, Groucho est d'une forme détonante, maniant l'art de la réplique qui fait mouche, comme le fera Woody Allen par la suite, parfait successeur de l'homme à moustache. Portant aussi bien que lui les lunettes rondes. "Promettez moi de marcher sur les traces de mon mari". Groucho se retourne, face caméra "Je suis en fonction depuis 5 minutes et elle me fait déjà des avances". C'est qu'il sait parler aux femmes, ce petit homme ! A ses côtés, si Zeppo reste relativement transparent, Chico fait preuve d'une énergie débordante tandis que Harpo comble son mutisme par des gags au muet. Car les Marx Brothers, c'est avant tout un savant mélange de différents comiques, utilisant, non sans brio, les multiples technologies mises à leurs dispositions. Muet comme parlant. Gags comme jeux de mots. Rappelant même parfois Buster Keaton et son fameux gag en deux temps. De quoi prévoir un bon nombre de scènes cultes dont La soupe au canard est truffé, de l'arrivée répétée et attendue de Firefly au chalumeau d'Harpo, les scènes de champ de bataille loufoques et hallucinantes ou encore la fameuse séquence de pantomime du miroir. Ainsi, si La soupe au canard était parfait en tant de crise en 1929, il l'est aussi en 2009, l'oeuvre des Marx Brothers, représentatif à elle seule du divertissement hollywoodien par excellence, mêlant comédie musicale et rythme effréné, n'a presque pas pris un ride. Tant mieux, il ne faudrait pas bouder son plaisir de redécouvrir ce type de comédie, issue "d'un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître". Et c'est bien dommage, d'ailleurs !

Publié dans Ciné-club

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