Quelque chose à te dire / Cécile Telerman

Publié le par Limess





Sortie: 27 mai 2009

> L'histoire: La famille Celliers est une famille ordinaire: tous les membres qui la composent sont complètement timbrés. Mady, mère au foyer, la soixantaine éclatante, passe la majeure partie de son temps à dire des horreurs de ses deux filles et de son mari, Henry, ancien grand patron, être étrange qui régresse bizarrement depuis son départ à la retraite. Antoine, le frère aîné, chef d'entreprise incapable de gérer une société, enchaîne faillite sur faillite tandis qu'Alice, sa soeur, peint compulsivement, entre deux avortements, des madones dépressives et toxicomanes. Quant à Annabelle, infirmière dans une unité de soins intensifs, elle tente désespérément de sauver ses proches en leur prédisant l'avenir dans les cartes. Tout irait dans le meilleur des mondes chez les Celliers si Alice ne croisait pas "par hasard", un soir de déprime, Jacques, flic solitaire et désabusé, grain de sable qui viendra gripper les rouages parfaitement huilés de leurs névroses familiales. Tout éclatera... pour le meilleur ou pour le pire.

Peut-être vaut-il mieux s'interroger à deux fois sur qui se cache derrière le nom d'une réalisatrice ? Cécile Telerman. Celle qui a pondu ce coulis de guimauve et de bons sentiments qu'était Tout pour plaire. Soit une affreuse comédie mélo-romantique où Mathilde Seigner, Anne Parillaud et Judith Godreche se lamentaient désespérement sur leurs vies amoureuses respectives... ou l'absence de vie amoureuse. En y allant les yeux fermés, je me suis ainsi exposée à une magnifique séance de torture cinématographique, anticipée dès l'arrivée du nom de la réalisatrice à l'écran. Comme une révélation. Difficile alors pour moi de ne pas vous spoiler ce film et vous faire ressentir toute ma détresse. Soyez prévenus, que ceux qui ne veulent pas en savoir plus passent leur chemin...

Tout commence avec une émission de radio sur les erreurs que l'ont reproduit de génération en génération, rythmant la vie quotidienne d'une famille. Il y a Alice (Mathilde Seigner), la rebelle dans l'âme, cheveux longs et blouses évasées, peignant compulsivement des madones ensanglantées. Antoine (Pascal Elbé), l'aîné, menant à bien la faillite de son entreprise financée par papa. Annabelle (Sophie Cattani), la cadette, papillonnant avec des hommes mariés, trouvant refuge dans les cartes de voyance. Et les parents, Mady (Charlotte Rampling) et Henry (Patrick Chesnais), de vieux bourgeois ne se supportant plus. Une famille "bien tranquille" passant son temps à se taper sur la gueule. Jusqu'à ce qu'Alice se fasse arrêter injustement pour possession de drogues - "Ouuuh, la rebelle. En même tant, c'est une artiste !" - et rencontre Jacques (Olivier Marchal), un flic nounours qui la libéra pour son joli minois. En mettant en parallèle les histoires de la famille et celle de Jacques, la réalisatrice annonce la couleur: leur destin sera intimement lié, plus qu'il ne le pensait. A la mort de sa mère, Jacques découvrira alors qu'il a un demi-frère que son père, un peintre reconnu, eu avec une inconnue. Il lui a légué une trentaine d'oeuvres que Jacques a pour mission de lui remettre.


Mais avant de se lancer dans cette quête, Jacques n'a qu'une envie. Revoir Alice malgré le fait que sa femme soit enceinte. Il marche sur un pont. Elle marche sur ce même pont. Le piano s'emballe. Les retrouvailles sont belles et éclatantes dans ce décor parisien, à la lueur d'un réverbère. Il décide alors d'emmener Alice dans sa recherche des peintures, à l'intérieur de sa maison familiale. L'enquête est très intense mais les deux amants ne trouvent malheureusement rien. Poussés par une forte pulsion sexuelle, ils décident alors de se laisser aller à leurs sentiments, sautant énergiquement sur un fauteuil qui en se renversant ouvrira une porte secrète où se trouveront tous les tableaux... Aaaah ! Suspense. C'est alors que l'on commence à se dire 'non, ils n'oseront pas', ce qui serait les sous-estimés. En déroulant les tableaux, Alice se rendra compte que la femme peinte sur les toiles n'est autre que sa mère, Jacques étant en fait le demi-frère d'Antoine, son frère. OMG. Dévoilant ses indices à sa mère, elle rouvrira chez elle une blessure profonde, la poussant à se rendre au musée où se trouve l'autoportrait du peintre. Soit la gueule de Pascal Elbé avec des cheveux ! A se demander pourquoi personne ne s'est jamais posé de question... Pour faire court, je vous éviterais de vous parler du terrible accident de moto de Jacques, survenant au moment même où les deux amants se rabibochent et où il découvre en Antoine une nouvelle famille. Accident reproduisant le schéma de la mort de son propre père. Ni de cette scène d'hôpital où Jacques, inconscient, laisse tomber son portefeuille et son téléphone portable qu'Annabelle, la cadette infirmière, ramasse par mégarde. A l'intérieur du portefeuille - ou mieux, que dis-je, posé dans son portefeuille -, une photo d'Alice. Sur le fond d'écran de son portable, le portrait d'Antoine. De quoi lui faire poser quelques questions. Enfin, je vous épargnerais aussi la morale plutôt douteuse du film sur le couple et la maternité qui résulte, ici, le plus souvent d'un adultère, comme si les préservatifs n'existaient pas encore...

En somme, la séance de Quelque chose à te dire s'est apparenté pour moi à une bonne dose de fous rires en pagaille, mon cynisme revenant pointer le bout de son nez dès que le piano se mettait en route, soulignant la moindre scène romantique. A de l'exaspération, aussi, face à l'incapacité de la part de Cécile Telerman de guider ses acteurs, ici en totale roue libre. Si Oliver Marchal et Patrick Chesnais s'en sortent plutôt bien, on ne peut pas en dire de même pour le reste de l'équipe et notamment de Charlotte Rampling, à côté de ses pompes. Difficile en effet de débiter un texte trop écrit, cherchant sans cesse à appuyer la moindre petite pique lancée par l'un des protagonistes ! Si les fans de mélo se régaleront peut-être, Cécile Telerman cherchant à dépasser le maître Douglas Sirk dans les retournements de situations sans jamais égaler son talent, les autres oscilleront entre rires et irritations lors d'une séance de cinéma assez interminable. Je ne pensais pas que le cinéma français était capable de pondre encore des choses aussi navrantes, Quelque chose à te dire fut là pour me contredire. Merci ?!


 


1. Patrick Chesnais: Le code a changé
2. Charlotte Rampling: Le bal des actrices


Crédit photo: Studio Canal

Publié dans En salles

Commenter cet article