Visioconférence n°1: Lars Von Trier, sa vie, son oeuvre.

Publié le par Limess




Lorsque Lars Von Trier apparaît à l'écran du centre George Pompidou aux côtés de Pascal Mérigeau, critique au Nouvel observateur, on a bien du mal à s'imaginer l'artiste fou qu'il est derrière ce visage accueillant et cette apparence de gentil nounours. On dit Lars Von Trier difficile à interviewer, lui qui déteste cette forme même de dialogue et souffrant d'agoraphobie. On le sent à l'écran assez mal à l'aise, préférant l'humour aux réponses claires, la brièveté à la précision...

C'est en grande pompe d'ailleurs que le cinéaste démarre son allocution, lui qui ne souhaite que mourir et avoue être plutôt embarrassé par la sortie des cartons de ses films d'enfance. Ne supportant pas l'idée que le public français ait pu les découvrir. Une sorte de private joke, en somme, Lars Von Trier ayant aidé le centre George Pompidou à préparer cette rétrospective, leur fournissant lui-même ses petits courts métrages. Quand Pascal Mérigeau lui parle de l'expérimentation de ses oeuvres, le cinéaste affirme qu'il se fiche totalement du spectateur, qu'il réalise ses films en étant sûr de ce qu'il fait. Pour lui, le cinéma est une thérapie où il affronte ce qui l'effraie. Le poids du regard du spectateur n'apparaît en fait qu'une fois l'oeuvre terminée, lorsqu'il doit survivre à Cannes, que ce soit lors du voyage vers le festival - il déteste sortir de son pays - ou durant la projection.

L'esprit d'Antichrist hantant cette rétrospective, Pascal Mérigeau l'amène à parler de son dernier film. Une oeuvre que Lars Von Trier confie avoir commencé à aimer au moment de la masturbation de Charlotte Gainsbourg. Le tournage d'Antichrist fut d'ailleurs d'une grande souffrance pour le réalisateur qui ne pu tenir la caméra, et ce, pour la première fois, faute à son état de santé. Cette expérience fut pour lui terriblement humiliante, aussi bien physiquement que psychologiquement, au point de le faire "se sentir vieux et bête". Avec ce film, il s'est laissé surprendre positivement par les acteurs et est devenu totalement enthousiaste au moment du montage, là où il pu se rendre compte que l'oeuvre correspondait le plus à ce qu'il voulait. Pour ce qui est des réactions cannoises, Lars Von Trier se dit surpris, aussi bien par celles positives que négatives.

Avec Antichrist, Lars Von Trier a une nouvelle fois été qualifié de provocateur. Le cinéaste raconte alors que lorsqu'il avait huit ans, il participait à des manifestations où il ne comprenait pas pourquoi les gens le méprisait. Il n'était qu'un petit provocateur. Pour lui, il est d'ailleurs toujours un petit garçon de huit ans. Toujours un petit provocateur. Avec ses films, le réalisateur cherche avant tout à se choquer lui-même, ce qu'il n'a toujours pas réussit. Il ne comprend pas cette peur chronique du choc chez le spectateur, la télévision et les documentaires étant beaucoup plus choquants que ses propres fictions. Alors que Pascal Mérigeau lui rappelle la phrase prononcée par Charlotte Gainsbourg à propos de son père, lors de la remise du prix d'interprétation, Lars Von Trier avoue ne pas connaître plus l'oeuvre de Gainsbourg, tout en étant persuadé que celui-ci ne serait pas choqué, du fait qu'il n'ait aucun style vestimentaire !

La parole est donnée au public. Les premières questions s'intéressant d'abord à la construction de ses oeuvres et à ses inspirations. Le réalisateur explique qu'il cherche à ne jamais se répéter autour des mêmes thèmes, il veut d'abord faire des oeuvres 100% honnêtes, y compris lorsqu'il faisait du 8 mm. Si on lui reproche d'être misogyne, Lars Von Trier indique qu'il se rapproche pour cela de Strindberg, un auteur qu'il adore. Pour lui, les femmes de ses films ne sont que le reflet de sa propre personnalité, lançant alors un incroyable "En fait, j'ai huit ans et je suis une petite fille". S'il entretient un rapport particulier avec Strindberg, il en est de même avec Nietzsche dont il s'arrête "à la quatrième de couverture" ! La construction de ses films date de sa découverte de Barry Lyndon tandis que l'aspect conte de fée, de son irritation face à ce lourd bagage danois qu'est les contes d'Andersen.

Les questions-réponses fusent et se recentrent pour la majorité sur Antichrist. L'oppression présente dans ses films ? Celle, sociale dont il a beaucoup souffert enfant. Les faux raccords de son film ? Antichrist est l'oeuvre qu'il a le moins contrôlé, puisqu'il était dépressif, mais il se fiche de ses aspects formels du cinéma. S'il a choisit Willem Dafoe et Charlotte Gainsbourg ? C'est qu'ils voulaient tout simplement bien tourner avec lui, à la différence des acteurs danois qui n'ont pas voulu se masturber devant la caméra. Des éléments comiques dans Antichrist ? Évidemment, l'humour et la tragédie étant intimement liés. Son rapport aux femmes ? "La femme est un être humain. Pour ce qui est de l'homme, j'en doute". Il avoue avoir d'ailleurs du mal avec le sexe féminin, s'estimant être sur le même pied d'égalité qu'elles qu'au moment où il est metteur en scène. Sa relation avec Björk ? "On m'a dit que Björk était une personne fantastique, elle ne l'a en tout cas pas montré avec moi !". Des projets à venir ? Le dernier épisode de sa saga de plateau, Wasington. Il doit d'ailleurs y retourner, il est temps de s'arrêter !

Un entretien court, donc, mais passionnant qui permis d'un peu mieux cerner la personnalité si complexe de ce réalisateur qu'est Lars Von Trier, à l'humour si particulier, très second degré. Rendez-vous mercredi pour une autre rencontre, j'ai hâte !

Publié dans Ciné-club

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