Images d'une libération / Befrielsesbilleder / Lars Von Trier

Publié le par Limess





Production: 1982

> L'histoire: Les derniers jours de l'occupation nazie a Copenhague, vus du côté des vaincus. Léo retrouve Esther, sa bien-aimée danoise, qui lui reproche d'avoir tué un résistant.

Réalisé en 1982, Images d'une libération est le film de fin d'études de Lars Von Trier. Il y suit la déchéance progressive et violente d'un officier nazi, suite à la fin de l'occupation allemande au Danemark. De quoi provoquer une certaine polémique lorsque celui-ci fut présenté pour la première fois. Avec cette oeuvre, le cinéaste inaugure en réalité l'un des partis pris qui guidera toute sa filmographie: celui de se mettre en permanence du côté des plus faibles. Ici, Léo rate son suicide et se retrouve confronter à une certaine réalité: la violence et la haine du peuple danois envers lui et les siens. Courant se réfugier dans les bras de sa bien-aimée, Esther, il sera bientôt pris au piège, la belle le livrant aux danois avant de lui crever elle-même les yeux. A bien des titres, Images d'une libération est ainsi un film qui dérange du fait même que Lars Von Trier travaille sur l'humanisation de cet officier nazi, en le rendant terriblement pathétique. Diabolisant les danois par la diffusion d'images documentaires, où on les voit humilier et tabasser des allemands, venant juste d'être arrêter. Traiter lors de la sortie du film d'antisémite, Lars Von Trier arrive dans tous les cas à mettre mal à l'aise, atteignant son apothéose en associant Léo à la figure christique. Lui qui une fois les yeux crevés, montera au ciel dans un mouvement de grue incroyable, à travers les hauteurs de la forêt. Lars Von Trier est un "petit provocateur", diablement intelligent lors qu'il s'agit de traiter d'un sujet sensible !

Mais au delà du propos, Images d'une libération est avant tout une oeuvre tout à fait intrigante par les choix de mises en scène. Lars Von Trier construit ainsi son film autour de trois tableaux, chacun colorisés d'une couleur différente. Le rouge, tout d'abord, montrant l'enfer des conditions de vie des derniers nazis, n'aillant plus d'autres choix que de se suicider pour garder un minimum de dignité. Le jaune, ensuite, lors des retrouvailles entre Léo et Esther. Le vert, enfin, lors de cette scène de forêt où la trahison féminine - si chère au réalisateur - se mettra en place. Il y a ainsi une recherche esthétique assez poussée, associée à un doux effet d'hypnose. Le cinéaste travaillant sur la dilatation des plans, amenant le spectateur dans une sorte de rêve éveillé. Tout en nous malmenant par une moralité ambiguë, Lars Von Trier nous embarque avant tout dans un univers à l'esthétique impressionnante, laissant la forme rendre beau le fond. Rendant surtout encore plus inconfortable la position du spectateur, sagement assis dans son fauteuil. Jusqu'à ce qu'il fasse preuve d'une intelligence folle, lors de son dernier plan, rappelant brutalement que ce n'est que du cinéma. A l'écran, l'actrice Kirsten Olesen pleure à chaude larme face caméra, avant de redevenir, tout à coup, parfaitement normale, laissant deviner en arrière plan sonore le "coupez" du cinéaste. Cet instant, tout à fait singulier, permet ainsi de faire retomber d'un coup la tension, arrêtant sans prévenir la confrontation qui faisait alors rage en nous entre la beauté visuelle et l'ambiguïté du propos. Rompant la fiction pour revenir dans la réalité. Une idée farfelue et finalement incroyablement efficace, à l'image du film lui-même, plutôt impressionnant.

 


1. Lars Von Trier: Antichrist
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Publié dans Ciné-club

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