Public Enemies / Michael Mann

Publié le par Limess




Sortie: 8 juillet 2009

> L'histoire: Basé sur l'histoire vraie de John Dillinger, un braqueur de banque hors pair qui a sévi à de nombreuses reprises dans l'Amérique des années 30. Avancé comme "l'ennemi public numéro 1" par le patron du FBI, John Edgar Hoover, Dillinger sera traqué sans relache par Melvin Purvis, l'un des agents fédéraux des plus efficaces.

Il ne suffit que de quelques images pour comprendre à quel point la confrontation qui animera Public Enemies ne se jouera pas entre le gangster John Dilinger et le commissaire Melvin Purvis mais bien à l'extérieur de l'intrigue. Entre le fond et la forme. Perfectionniste invétéré, Michael Mann est de ses réalisateurs qui aiment à vivre avec leur temps, s'amusant des nouvelles technologies à leur disposition. Comme pour Miami Vice, il s'empare ici de sa caméra DV, lui permettant de faire de Public Enemies un véritable exercice de style. Rendant son oeuvre visuellement parfaite. Sauf que l'intrigue se déroulant dans les années trente, la confrontation entre la modernité de la mise en scène et le classicisme de l'époque ont de quoi en gêner plus d'un. Une rencontre qui pourrait paraître, certes, très intéressante mais qui ne semble, en réalité, pas du tout approprier. Ainsi, si Michael Mann arrive à créer des scènes d'une ampleur incroyable, de l'arrivée de l'avion transportant Dilinger à la fameuse scène du cinéma - sans doute la plus belle de l'oeuvre -, nous embarquant avec passion dans des courses poursuites en forêt haletantes, il semble tellement obnubilé par la forme qu'il en néglige le reste. Tellement occupé à s'affairer sur son étalonnage qu'il en oublie de faire son mixage son. Pour avoir vu le film deux fois dans des endroits différents, je peux vous assurer que les variations de son n'ont rien à voir avec la copie de votre cinéma, mais bien du film lui-même.


En s'occupant ainsi presque exclusivement de sa mise en scène, Michael Mann délaisse tout ce qui aurait pu faire de Public Enemies un grand film de genre. A commencer par l'intrigue, dont il ne fait rien. Ainsi, le film se contente, par une succession de scènes, de présenter les actions de Dilinger et de sa bande, mises en parrallèle avec celles des policiers, menés par Purvis. Sans creuser un seul instant la personnalité d'un de ses deux protagonistes. Michael Mann n'explore alors la dimension iconique de Dilinger qu'infiniment, lui qui fut pourtant un véritable Robin des bois des années trente, devenu héros du peuple en le vengeant, indirectement, des banques impliquées dans la crise financière de 1929. A côté de cela, la tragédie personnelle que vit Melvin Purvis n'est traitée qu'en filigrane, de sorte que seule la phrase finale du générique viendra à la reconsidérer à l'intérieur de l'intrigue. De part un traitement extrêmement froid, le film s'apparente alors à une accumulation de braquages, d'arrestations et d'évasions, proposant une histoire d'amour entre Dilinger et sa frenchie sans aucune émotions. De quoi laisser particulièrement de marbre.


Reste le casting qui, s'il est impressionnant, est malheureusement lui aussi laissé à l'abandon, obligeant ses interprètes à se fourvoyer dans une sorte d'auto-parodie d'eux-mêmes. Johnny Depp fait son Johnny Depp, lui qui apparaît à l'écran dans des tenues proches de celles qu'on lui connait à la ville. Petite moustache, lunettes colorés et chapeau visé sur la tête. Il est, certes, très charismatique mais ne semble jamais réellement dans la peau de Dilinger. Christian Bale fait quant à lui ce qu'il sait faire de mieux depuis The Dark Knight, Terminator Renaissance compris. Se mettre en retrait pour laisser briller les autres. Il est ainsi totalement transparent, encore handicapé par cette voix extrêmement grave dont il n'arrive pas à se débarrasser depuis le dernier Christopher Nolan. Quant à Marion Cotillard, elle est tout simplement affreusement mauvaise, luttant avec l'anglais, faisant sa môme Piaf dans sa seule véritable scène. Reste maintenant à savoir si la salle rigolait pour son interprétation ou pour ce qu'elle débitait alors... sachant que cela n'avait absolument rien de drôle ! En tout point, Public Enemies est donc une vraie déception, une sorte d'essai de la part de Michael Mann, totalement accaparé par les nouvelles technologies à portée de sa main. Au point d'omettre de livre, aussi, un film de qualité. Comme quoi, la technique ne fait pas toujours tout !




1. Christian Bale: Terminator Renaissance
2. Billy Crudup:
Watchmen


> Festival Paris Cinéma 2009: Hors compétition

Crédit photo: Universal Pictures International France

Publié dans En salles

Commenter cet article

MG 12/07/2009 22:30

J'arrive pas à le croire, c'est trop dur cette note, je peux même pas lire ta critique.

Limess 13/07/2009 19:43



Dommage, tu y comprendrais le pourquoi du comment d'une telle note :) Largement méritée, d'ailleurs !