J'ai tué ma mère / Xavier Dolan

Publié le par Limess




COUP DE COEUR

Sortie: 15 juillet 2009


> L'histoire: Hubert Minel n'aime pas sa mère. Du haut de ses 17 ans, il la jauge avec mépris, ne voit que ses pulls ringards, sa décoration kitsch et les miettes de pain qui se logent à la commissure de ses lèvres quand elle mange bruyamment. Au-delà de ces irritantes surfaces, il y a aussi la manipulation et la culpabilisation, mécanismes chers à sa génitrice. Confus par cette relation amour-haine qui l'obsède de plus en plus, Hubert vague dans les arcanes d'une adolescence à la fois marginale et typique -découvertes artistiques, expériences illicites, ouverture à l'amitié, sexe et ostracisme- rongé par la hargne qu'il éprouve à l'égard d'une femme qu'il aimait pourtant jadis.

Si le festival de Cannes 2009 a donné, dans certaines sélections seulement, la part belle aux premiers films, l'un des événements de la croisette s'est révélé provenir tout droit du Canada. Réalisateur, acteur, producteur et scénariste, Xavier Dolan, à peine âgé de vingt ans, impressionne ses pairs, raflant au passage trois prix à la quinzaine des réalisateurs. Il faut dire que son long métrage, J'ai tué ma mère, n'a rien d'un premier film ordinaire. Certes, il cultive, comme la plupart des premières expériences derrière la caméra, un goût certain pour l'autobiographie. Hubert, 17 ans et ouvertement gay, entretient des rapports conflictuels avec une mère qu'il déteste. A table comme dans la voiture, la moindre discussion prend des proportions énormes et c'est à celui qui aura la meilleure pique. On passe des cris, des "je te déteste" à des mots plus doux et des réconciliations que l'on pressent bien brèves. Un jeu du "je t'aime, moi non plus" aussi violent qu'assommant. Avec peu de moyens et beaucoup d'intelligence, Xavier Dolan fait le choix de construire son oeuvre comme une succession de confrontations entre la mère et le fils, entrecoupés d'instants de vie des deux protagonistes. Ainsi, tandis qu'Hubert se réfugie chez son copain ou chez sa prof avec qui il entretient une relation maternelle - celle qu'il n'a finalement pas à la maison -, sa mère, elle, apprend dans la salle d'attente de son institut de beauté que son fils est homosexuel. Et c'est repartit pour une nouvelle dispute, comme une valse de sentiments sans cesse exacerbés par ces êtres à fleur de peau.


Menant avec pudeur une histoire plutôt douloureuse, Xavier Dolan s'en donne, a contrario, à coeur joie côté mise en scène. Jouissant d'une liberté et d'une imagination sans fin, chaque plan est l'occasion pour lui de tester un nouvel effet. De créer des images toujours plus percutantes. Cadres volontairement décadrés, ralentis sur musique entraînante, écriture apparaissant au beau milieu d'un plan, journal intime version noir et blanc, J'ai tué ma mère est avant tout une oeuvre extrêmement étudiée et d'une beauté sans nom. Qu'il filme un rêve éveillé où il poursuit sa mère en robe de marié ou une scène de "dripping" à la Jackson Pollock laissant place à une étreinte enflammée avec son copain - une des scènes les plus hallucinantes du long métrage -, Xavier Dolan fait preuve d'une maturité incroyable, d'un talent artistique démesuré comparé à son jeune âge. Jeune prodige ? Sans aucun doute. Et si certains lui reprocheront justement ce manque de simplicité et cette recherche, sans cesse, d'une certaine sophistication dans ses plans, J'ai tué ma mère est dans tous les cas une oeuvre bluffante pour ce tout jeune cinéaste qui n'a pas grand chose à envier aux plus grands. Il est aussi à l'aise derrière que devant la caméra, comme ses acteurs, d'ailleurs, d'un naturel confondant. Un talent à suivre, donc, en espérant que le deuxième long confirmera l'essai.


> Festival international de Cannes 2009: Quinzaine des réalisateurs, Art Cinema Award, Prix "Regard Jeunes", Prix SACD


Crédit photo: Rezo Films

Publié dans En salles

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