Adieu Gary / Nassim Amaouche

Publié le par Limess




COUP DE COEUR

Sortie: 22 juillet 2009

> L'histoire:
Au milieu de nulle part, une cité ouvrière vidée de sa population depuis quelques années déjà. Pourtant, certains habitants ont décidé d'y rester, plus par choix que par nécessité, parce que c'est là qu'ils sont nés et qu'ils ont grandi. Parmi eux il y a Francis, l'ouvrier consciencieux qui continue d'entretenir la machine sur laquelle il a travaillé toute sa vie ; Samir, son fils , qui revient dans le quartier après une longue absence ; mais aussi Maria, la voisine, vivant seule avec son fils José qui veut croire que son père est Gary Cooper. Il va donc l'attendre tous les jours dans la ruelle de ce no man's land contemporain, qui ressemble à s'y méprendre à un décor de Western...

Présenté en ouverture de la semaine de la critique et primé du Grand Prix dans cette même sélection, Adieu Gary marque la première réalisation de Nassim Amaouche. La dernière apparition, aussi, de Yasmine Belmadi, décédé à trente-trois ans quelques jours avant la sortie de celui-ci. Aussi bêtement que tragiquement. De quoi hanter encore un peu plus cette oeuvre aérienne, marquée par les fantômes d'une époque pourtant bien contemporaine. Si Adieu Gary donne l'impression de ne pas raconter grand chose, il en dit beaucoup, au contraire, sur une certaine campagne française, délaissée et meurtrie. Venu de la sociologie, Nassim Amaouche scanne ainsi un petit bout de France, un village désertique où il ne manque plus que les bottes de pailles, traversant les allées. Tel un paysage de western. Si les rues sont vides, il y a pourtant encore quelques personnes qui vivent entre ses murs. A commencer par Francis, guettant, impatient, le retour de son fils Samir, coincé en prison depuis quelques années. Ou Maria et son fils José, attendant, impassible, le retour d'un père que l'on dit sosie de Gary Cooper. Tous semblent coincés dans une autre époque, belle et pas si lointaine, où l'usine du coin faisait encore vivre tout ce petit monde. Sauf qu'aujourd'hui, la production s'est arrêtée, le village avec elle. Alors, la moindre nouveauté est source d'attraction et tandis que les jeunes du quartier cherche à se prouver qu'ils sont bien en vie, jouant au toréador avec les trains de passage, tous guettent la nuit tombée et la douceur de la terrasse du café du coin. Jusqu'à ce qu'une nouvelle journée s'enclenche, comme un éternel recommencement.


Aussi reposant que mélancolique, Adieu Gary est un premier long métrage à la fois pudique et sensible. Brassant, à l'intérieur de scènes à priori anodines, politique et société. Chômage des jeunes comme des plus anciens, poids des origines et perte d'un être cher, Nassim Amaouche effleure avec finesse un nombre considérable de préoccupations contemporaines. Alors, quant à un scénario brillamment écrit se mêle un casting au naturel confondant, Adieu Gary a tout, sous ses airs un peu vain, pour hanter encore longtemps. Si Jean-Pierre Bacri ravit en livrant, justement, du grand Bacri, le film donne la part belle à un très joli trio de jeunes comédiens. Le regretté Yasmine Belmadi, donc, Sabrina Ouazami, la vraie révélation de L'esquive, et Mhamed Arezi. Nassim Amaouche fait en tout cas preuve d'un talent singulier dans la direction de ses acteurs tant ceux-ci y sont aussi pour beaucoup dans la réussite de son long métrage. Adieu Gary est une perle, une oeuvre qui sous ses airs de petit film à tout d'un grand. Un nouveau talent à suivre, donc, pour un long métrage rare, incroyablement envoûtant.



> Festival international de Cannes 2009: Grand Prix de la Semaine de la critique


Crédit photo: StudioCanal

Publié dans En salles

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