J + 3: "Je suis une boulimique !"

Publié le par Limess

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Chaque matin, même rituel. Le réveil a à peine eu le temps de sonner qu'il est déjà maudit. But, today is monday, soit l'ouverture de la compétition de cette 35e édition. Un petit déjeuner et une douche plus tard - « Avez-vous déjà vu des douches à minuteries ? » -, et me voici déjà dans la salle, prête à découvrir Cold Souls, premier film de Sophie Barthes. Les membres du jury ont revêtit leur tenue de ville, déclenchement les flashs et les chuchotements dès leur entrée en salle. « Oh, bonjour Dany » lancera même fébrilement ma vieille voisine, en admiration totale pour celui qui semble ici être la vraie star du festival (sic). L'équipe du film, elle, n'a pas pris la peine de se déplacer... place au film, donc, rien qu'au film. Cold Souls met en scène un Paul Giammati en très grande forme, incarnant à l'écran son propre rôle. Anxieux à l'approche d'une représentation théâtrale à laquelle il participe, il se laisse alors tenter par une drôle d'expérience, celle d'extraire l'âme de son corps afin de se sentir plus léger. Se retrouvant dès lors pris dans un grand trafic d'âme entre New York et Moscou. Une histoire à la Charlie Kauffman, mêlant des idées à la fois de Dans la peau de John Malkovich, Eternal Sunshine of the spotless mind ou Synecdoche, New York. On y retrouve l'ambiance dépressive, l'absurdité quotidienne. Dommage alors que le film perde de son rythme dans sa seconde partie créant une oeuvre pas totalement aboutie (3/5). A la sortie, je saute sur le dossier de presse, découvrant avec surprise que Sophie Barthes n'apprécie pas franchement cette comparaison avec Charlie Kauffman. Elle qui s'appuie sur des oeuvres beaucoup plus hautes, des films de Woody Allen à l'univers de Beckett ou Ionesco. Pardon, donc...

A peine le temps d'avaler un sandwich trouvé au seul snack du coin, Deauville étant une des rares villes à privilégier les restaurants plutôt que le rapide à petit budget, et me voilà repartit dans la salle du C.I.D pour le deuxième film de la compétition, Harrison, Montgomery, première réalisation de Daniel Davila. Soit la première oeuvre contemplative du festival, le genre de séance que l'on redoute vu le manque de sommeil accumulé. Le film tire le portrait de différents personnages vivant dans un même immeuble. Faisant cohabiter ensemble un dealer, une jeune adolescente un peu trop mature, sa mère à la ramasse et un vieux monsieur mystérieux, Harrison Montgomery, donc, incarné par un Martin Landau très marqué par le temps. Aux petits événements du quotidien se mêlent les erreurs, toujours plus énormes, de notre anti-héros, amenant le tout à une explosion de violence dans sa dernière partie. Intéressant sans être totalement passionnant, sujet lourd pour traitement un peu trop léger (2,5/5). Rien de franchement marquant, donc, pour cette première journée de compétition.

En sortant de la séance d'Harisson, Montgomery, un constat se fait cruellement sentir. Il va être difficile de tenir tout le temps du festival à ce rythme là sans un petit traitement de choc. D'où l'idée de courir au snack, me ressourcer en boisson énergisante. Et j'en aurais bien besoin face à la soirée lacrymale qui m'attend. Tout commence avec l'avant-première de Personal Effects, regroupant un joli duo inédit, Ashton Kutcher et Michelle Pfeiffer. L'histoire est celle d'une rencontre entre une mère de famille et son fils sourd et muet, en deuil depuis l'assassinat de la figure paternelle, et d'un jeune homme, traumatisé par le meurtre de sa soeur jumelle. Ensemble, ils vont réapprendre le goût de la vie... même si l'envie de vengeance guette à chaque coin de rue. Si l'on peut regretter le martellement psychologique de la mise en scène, insistant en permanence sur le traumatisme d'Asthon Kutcher, Personal Effects est dans l'ensemble une oeuvre plutôt fragile et sensible, portée par les excellentes performances de ses interprètes (3,5/5).

En sortant, les organisateurs attendent les festivaliers pour une distribution massive d'invitations. On a juste le temps de sécher nos larmes qu'il faut déjà y retourner. C'est avec enthousiasme, donc, que je me rends un peu à l'avance dans la salle, histoire de soutenir mon « fameux » présentateur fétiche. Sauf que là, surprise, le tapis rouge est vide, laissant place à des images sans aucun commentaire. Maladie ou éviction ? La réponse nous sera bientôt dévoilée, à la montée sur scène d'un autre présentateur, présent ordinairement la journée. La déception me guette, je serais presque prête à créer un groupe facebook pour que l'on nous remette notre attraction de la soirée ! Sniff.

Si le film de ce soir, Like Dandelion Dust, n'est pas forcément attendu, toute l'équipe du film a fait le déplacement au grand complet. Le jeune cinéaste est visiblement heureux d'être là, nous demandant de prendre la pause pour une photo avec son i-phone, avant de conclure sa présentation pour un génial « J'espère que vous allez pleurer ». Souhait réalisé facilement, vu la sensibilité de son sujet. Like Dandelion Dust suit ainsi deux couples distincts, liés par un même petit garçon. La famille adoptive, d'un côté, celle originelle de l'autre, qui, décide de redemander la garde de leur fils à la sortie de prison du père. Le sujet est douloureux, la mise en scène particulièrement fine. Car, c'est avec brio que le cinéaste nous livre une oeuvre sans parti pris, nous donnant à voir la détresse de ses deux familles, sans jamais pencher pour l'une ou pour l'autre. Dans le genre film dramatique, le résultat est impressionnant tant Like Dandelion Dust se révèle être à tout point bouleversant... Et ce, uniquement par son sujet, sans en ajouter que ce soit par la mise en scène ou l'utilisation d'une musique grinçante. Soit une excellente surprise (4/5). Verdict, donc, les avant-premières sont pour le moment beaucoup plus excitantes que la compétition... Mais l'heure est déjà de ranger ses mouchoirs, la journée de demain pourrait bien, elle, changer la donne !

> Egalement publié sur Ecran Large.

Publié dans Festivals

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