L'armée du crime / Robert Guédiguian

Publié le par Limess




Sortie: 16 septembre 2009

> L'histoire: Dans Paris occupé par les allemands, l'ouvrier poète Missak Manouchian prend la tête d'un groupe de très jeunes juifs, Hongrois, Polonais, Roumains, Espagnols, Italiens, Arméniens, déterminés à combattre pour libérer la France qu'ils aiment, celle des Droits de l'Homme. Dans la clandestinité, au péril de leur vie, ils deviennent des héros. Les attentats de ces partisans étrangers vont harceler les nazis et les collaborateurs. Alors, la police française va se déchaîner, multiplier ses effectifs, utiliser filatures, dénonciations, chantages, tortures...

Conscient que la résistance française ne soit pas un sujet tout à fait novateur dans la production cinématographique, Robert Guédiguian, pour sa grande fresque historique, prend un tout autre point de vue pour traiter de cet événement, à savoir celui des étrangers. Ils sont polonais, hongrois, espagnols ou arméniens, juifs pour la plupart, dans un Paris occupé par les allemands, prêt à en découdre face à une situation qui a déjà dépassé beaucoup de monde. Car tandis que les rafles sont font de plus en plus importantes, les expatriations vers les camps de concentration plus présentes, les allemands se mêlent aux français comme s'y de rien n'était, se baladant dans la rue ou jouant au ballon dans un parc. Et si une page de l'histoire est en train de s'écrire à ce moment même, la vie, elle, continue, comme elle l'a toujours été. D'où la révolte de certains émigrés, regroupés autour de Missak Manouchian, un poète et résistant arménien, bien décidés à se battre coûte que coûte. Il y a Thomas, un étudiant communiste. Marcel, nageur à ses heures. Un jeune couple, tout juste parents d'une petite fille. Autant de profils pour une seule et même cause où chacun aura son moment de gloire. Car L'armée du crime est avant tout une oeuvre historique racontée à hauteur d'homme. Où chaque protagoniste aura sa petite part du gâteau. Sur 2h20, le film donne ainsi à voir ces différents personnages qui composeront cette fameuse armée avant la constitution même de celle-ci. Permettant à quelques jeunes acteurs du cinéma français de s'afficher à la tête d'une grosse production, de Gregoire Leprince-Ringuet, Robinson Stevenin, Esteban Carvajal-Alegria ou Adrien Jolivet, aux côtés du fameux "trio Guédiguian", Ariane Ascaride, Jean-Pierre Daroussin et Gérard Meylan.


Pourtant, aussi fouillée que peut être la reconstitution de ce paris des années 40, on sent Robert Guédiguian complètement ficelé à l'histoire réelle. A l'opposé de ce qu'a pu faire Quentin Tarantino avec son Inglourious Basterds. Ainsi, le cinéaste relate les faits avec une extrême sobriété, se refusant de trop dramatiser les événements, attentats comme scènes de torture. Bilan ? Le film manque profondément d'ampleur et d'émotions, laissant passablement à côté. Réduit à être un simple spectateur, le temps se fait dès lors petit à petit de plus en plus long, l'histoire de plus en plus fatiguante. Dommage pour cette Armée du crime, pourtant assez convaincante dans un premier temps mais souffrant, au final, d'un classicisme et d'une retenue de - trop ? - bon goût. Reste ce beau casting, donc, magnifiquement filmé dans un décor incroyable... pas suffisant, malheureusement, pour assurer et tenir le spectacle de bout en bout.




> Festival international de Cannes 2009: Hors compétition


Crédit photo: Stéphanie Braunschweig

Publié dans En salles

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