5150, rue des Ormes / Eric Tessier

Publié le par Limess

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Nota Bene: Bonnes résolutions pour 2011 et nouvelle(s) chronique(s). Tous les lundis, retrouvez désormais la critique d'un film sorti directement en dvd.

Sortie direct-to-dvd: 21 septembre 2010

> L'histoire: Etudiant en cinéma, Yannick (Marc-André Grondin) chute à vélo rue des Ormes. Son téléphone portable cassé, il demande alors de l'aide auprès de la famille Beaulieu... et se retrouve rapidement séquestré à l'étage. Pour sortir, une solution, battre Jacques (Normand d'Amour), père de famille tyrannique, à son jeu favori, les échecs...

Pour sûr, Yannick aurait préféré chuter de vélo dans une autre rue que celle des Ormes. Sonner à une porte autre que celle des Beaulieu. Présenté au dernier festival de Gerardmer, où il remporta le prix du public, 5150, rue des Ormes, adaptation du roman fantastique et éponyme de Patrick Sénécal, s'apparente à une sorte de Misery québécois. C'est parce qu'il en a trop vu que Yannick, étudiant en cinéma, se retrouvera rapidement séquestré chez les Beaulieu, famille en apparence tout ce qu'il y a de plus normale. Agissant au départ avec lui comme s'il était une pièce rapportée, l'invitant à partager les repas collectifs. A table, le père, Jacques, chauffeur de taxi, persuadé que la justice appartient à tous les citoyens, zigouillant dealers, voleurs et pédophiles à ses heures perdues. La mère, Maude, femme croyante et soumise aux ordres de son mari. Les deux filles, Michelle et Anne, la première, prête à prendre la succession de son père, la seconde à le tuer dès qu'il a le dos tourné. "Méchante ambiance". Avec pour quasi décor unique la maison des Beaulieu, le film d'Eric Tessier s'organise autour de la construction des rapports psychologiques entre les personnages. Travaillant sur la question de la domination, par la peur et l'autoritarisme, autour de la figure paternelle.  Persuadé de faire le bien, Jacques impose ainsi à toute sa famille sa vision de la justice, extrêmement manichéenne et fondée sur la religion, autour d'une société organisée entre les justes et les impurs. Jusqu'à ce que Jacques propose à Yannick un deal: il sera libéré s'il réussit à le battre aux échecs. A lui prouver que les pions noirs, symboles des non-justes, peuvent battre les pions blancs, remettant ainsi en cause la quête même de son existence. Dès lors, le film met en place un jeu de rôle où chaque personnage se verrait devenir le pion d'un puzzle machiavélique. Yannick restera t-il le fou ou arrivera t-il à prendre la place du roi ? Comme sur un échiquier géant, chacun met alors en place ses pions, imaginant des combinaisons et des stratagèmes inédits, capables de duper son partenaire. Maude arrivera t-elle à échapper à cette vie infâme ? Michelle à prendre la place de son père ? Et Yannick à prendre Jacques à son propre jeu ?

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Prenant une multiplicité de point de vue, 5150, rue des Ormes tend à montrer l'impact de l'arrivée de Yannick sur la vie rangée et organisée des Beaulieu. Où comment la victime va peu à peu prendre les reines du jeu, poussant la famille dans ses derniers retranchements. Comme au bord de l'implosion. Mais c'est aussi l'impact de la séquestration sur la vie de Yannick, tombant peu à peu dans la folie, obnubilé par l'idée de vaincre Jacques. Dès lors, Eric Tessier se lance dans des digressions fantastiques des plus mal venues, donnant un côté un peu cheap à l'oeuvre, rompant avec le réalisme de ses débuts. Le film part ainsi dans des directions multiples sans jamais vraiment les explorer - la relation entre Yannick et Maud, le handicap de Anne -, rappelant parfois à l'esprit l'ambiance sordide des Rivières Pourpres. Particulièrement glauque dans sa dernière partie, 5150, rue des Ormes tient alors grâce à la performance de son acteur principal:. non pas Marc-André Grondin mais Normand d'Amour, éclipsant ses partenaires par son charisme et la monstruosité de son jeu. Jamais vraiment abouti dans sa forme, ni complètement convaincant - par les diverses tentatives d'évasion de Yannick, créant une certaine redondance lassante -, le film reste néanmoins un triller horrifique bien ficelé pour une proposition intéressante dans le domaine du film de genre, arrivant à imposer une atmosphère malsaine. De quoi mettre particulièrement mal à l'aise.

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Bonus:

Le dvd donne la possibilité de découvrir le film en deux versions et ce, de manière un peu honteuse. Si la version française s'avère assez mal doublée, la version québécoise et originale, elle, est présentée sans sous-titres. Néanmoins, elle reste accessible, malgré quelques passages difficiles. Les bonus sont quant à eux basiques, entre bande annonces et interviews des principaux protagonistes.


Crédit photo: Alliance Films

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