Black Swan / Darren Aronofsky

Publié le par Limess

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Sortie: 09 février 2011 (France) / 21 janvier 2011 (Irlande)

> L'histoire: Nina (Natalie Portman), danseuse dans une compagnie de ballet new-yorkaise, obtient le premier rôle de la représentation du Lac des cygnes, mis en scène par le chorégraphe Thomas Leroy (Vincent Cassel). Complètement dévouée à sa passion, la jeune femme voit néanmoins d'un mauvais oeil l'arrivée d'une autre danseuse, Lily (Mila Kunis), opposée de Nina...

Deux ans après la sortie de The Wrestler, drame réaliste autour du retour en grâce d'un catcheur vieillissant, Darren Aronofsky revient  une veine plus fantastique, proche de ses débuts - Requiem for a dream, The Fountain -, avec Black Swan, suivant l'ascension psychologique de Nina, danseuse de ballet choisie pour interpréter the Swan Queen, premier rôle du Lac des cygnes de Tchaïkovski. L'histoire d'une jeune femme, amoureuse d'un prince, mais condamnée à se transformer en cygne. Alors qu'il est sur le point de lui déclarer son amour, le prince, berné par un sorcier, se trompe de prétendante, poussant dès lors la jeune femme au suicide. Un rôle éprouvant et un challenge aussi bien artistique que personnel pour Nina, danseuse étriquée dans un monde façonné depuis l'enfance par une mère possessive, vivant dans le souvenir de sa propre carrière. Chambre rose, peluches d'enfant, Nina n'a jamais eu l'occasion de grandir, écrasée par la bienveillance de sa mère, l'infantilisant dans son quotidien en perpétuant des gestes liés à l'enfance. L'aidant à s'habiller, lui brossant les cheveux, la bordant pour s'endormir. Faisant de Nina une femme-enfant, introvertie et effacée, pour qui le premier rôle de ce ballet va représenter un véritable challenge. Obsédée par l'idée de perfection, Nina est la danseuse idéale pour interpréter le cygne blanc... beaucoup moins pour le cygne noir, alter-égo diabolique du personnage principal. Et tout l'enjeu alors pour la jeune femme d'aller puiser dans son être intérieur, de laisser s'échapper une personnalité, une part d'elle-même contenue depuis toujours. L'ange et le démon, le cygne blanc et le cygne noir, sujet peu neuf pour Black Swan, le cinéma comme la littérature s'étant déjà emparé de la question du double, sous de formes multiples et variées. Sauf que pour Aronofsky, l'idée est moins de donner sa propre vision du double que d'insérer l'intrigue du Lac des cygnes au sein d'une réalité contemporaine. Attirée par chorégraphe le  du ballet, Thomas Leroy (Vincent Cassel, idéal), Nina ne supporte pas l'arrivée d'une nouvelle danseuse, Lily (Mila Kunis, bitch à souhait), femme forte et attractive, consciente de son corps et son effet sur les hommes. Poussée par Thomas, homme dominant et castrateur, Nina va alors développer pour Lily une étrange fascination, cherchant à son contact à laisser sortir une part sombre de sa personnalité, à lâcher prise pour la première fois de sa vie. Puisant dans cette relation aussi salvatrice que toxique, entre attirance sexuelle et jalousie, la force pour interpréter le cygne noir.


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Véritable crescendo émotionnel, Black Swan suit dès lors la métamorphose, d'abord psychologique, de Nina, permise et transcendée par l'interprétation de Natalie Portman. Travaillant sur un débit de parole singulier, l'actrice, amaigrie pour les besoins du rôle, se révèle méconnaissable. Jouant sur son image même de femme-enfant pour mieux s'imposer, laissant éclater une rage et des désirs contenus depuis toujours par son personnage. Avec une mise en scène fluide, en caméra portée, Darren Aronofsky ne quitte jamais son actrice et ce personnage, comme pour mieux laisser transparaître les infimes changements de sa personnalité. Par l'utilisation permanente de miroirs, le film joue dès lors sur la question du reflet et de l'acceptation de soit. Ou la difficulté de déconstruire une image de soi-même, façonnée au fil des années. Si chez Nina, la transformation est psychologique, Aronofsky ne peut s'empêcher de l'approcher également du point de vue du corps, travaillant l'enveloppe charnelle telle une matière comme une autre. En filmant les coulisses d'un ballet comme il filmait les coulisses de combats de catch, le réalisateur dévoile une fascination pour des personnages refusant d'écouter leurs corps. Poussant toujours un peu plus les limites pour leurs passions, leurs métiers. Si Randy acceptait de se faire agrafer des billets sur le torse dans The Wrestler, Nina, elle, enchaine les pointes à longueur de journée, cherchant par tous les moyens à livrer la performance de sa vie. Et Aronofsky alors de livrer un film dérangeant, travaillant le corps de façon cronenbergienne - on pense à La Mouche -, avec une attirance toute particulière pour ce qui est des ongles. Dans ce ballet toxique, personne ne sortira indemne, ni la danseuse, ni les spectateurs, le cinéaste livrant une oeuvre noire et magnétique, envoutante et érotique. Comme pour Nina, pas le temps de reprendre son souffle, le film laissant peu à peu s'échapper un crescendo de violence saisissant, et ce jusqu'à la dernière bobine. Faisant de son film une sorte de représentation avec public où il serait interdit de s'arrêter, peu importe les erreurs et les inconvénients. Quoi qu'il arrive, the show must go on ! Et Black Swan alors de ne plus nous lâcher, nous embarquant du début à sa fin aux côtés de Nina, se révélant une oeuvre brute et empoisonnée, extrêmement forte en terme d'émotions et dont la musique de Tchaïkovski et de Clint Mansel continue de nous hanter, longtemps encore après la projection. Percutant !


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Crédit photo: Fox Searchlight

Publié dans En salles

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georgeanou 04/05/2011 13:18


Très bonne synopsis, merci! J'ai vu le film lors de sa sortie, j'ai bien l'intention d'achter le DVD bientôt...