Blue Valentine / Derek Cianfrance

Publié le par Limess

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Sortie: 14 janvier 2011 (Irlande)

> L'histoire: Dean (Ryan Gosling) et Cindy (Michelle Williams), en couple depuis des années, tentent de faire perdurer encore un peu leur mariage, à la dérive.

Présenté au dernier festival de Cannes, sélection Un certain regard, Blue Valentine n'a pas manqué d'émouvoir un public visiblement sous le charme de son couple central, Michelle Williams et Ryan Gosling. Premier long métrage de Derek Cianfrance, le film s'inscrit, sans beaucoup souffrir de la comparaison, dans la lignée du chef d'oeuvre de Sam Mendes, Les noces rebelles, suivant la progressive destruction d'un couple, non pas de façon linéaire mais par la mise en parallèle de deux moments clés, leur rencontre et la fin de leur relation. Vivant ensemble depuis plusieurs années, parents d'une petite fille, propriétaires d'une maison, Dean et Cindy ont en apparence tout pour être heureux. Pourtant, dès l'ouverture, le climat est lourd, presque oppressant, laissant au hasard d'une ordinaire scène de petit déjeuner une tension enfouie se déverser. Alors qu'elle est en retard pour emmener sa fille à l'école, Cindy s'agace du comportement laxiste de son mari. Lui qui lui reproche de ne pas avoir correctement préparé le petit déjeuner de Frankie, avant de la pousser à manger ses céréales à même la table. D'une banale quotidienneté, la scène laisse ainsi, dès les premières minutes de l'oeuvre, transparaître un mal être profond, moteur même du long métrage. Que s'est-il passé pour en arriver là ? Le temps, rien que le temps. Par la mise en opposition des débuts et de la fin de leur relation, Derek Cianfrance tisse dès lors le réaliste portrait d'un couple parmi tant d'autres, persuadé d'être plus fort et plus aimant que leurs prédécesseurs pour finalement se retrouver confronté, comme eux, au quotidien, à la lassitude... Entre Dean et Cindy, tout avait pourtant l'air d'un conte de fée. Une rencontre au hasard, dans les couloirs d'une maison de retraite. Des retrouvailles inattendues dans un bus. Une balade de nuit, entre danse au son d'un Ukulélé et confidences tardives. Eux que tout opposait. Lui est déménageur, persuadé que les hommes sont plus romantiques que les femmes, cherchant une perle à épouser. Elle est étudiante en médecine, un peu désabusée sur les relations amoureuses, enchaînant les rencontres - sexuelles ? - depuis l'âge de treize ans. Entre eux, le coup de foudre est quasi immédiat, presque évident, n'empêchant pourtant pas le destin de frapper beaucoup trop tôt. Laissant une erreur de jeunesse pousser le petit couple à construire leur relation sur des bases instables.

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Rythmé par la musique de Grizzly Bear, le film sait se faire terriblement déchirant, par sa juxtaposition de deux époques. Entre une rencontre ensoleillée et une soirée extrêmement glauque, au sein d'une chambre d'un hôtel miteux. Comment rallumer la flamme quand celle-ci a disparu ? Alors, on boit pour se donner du courage, on danse laborieusement sur la chanson de nos débuts... avant de se lancer, au hasard d'une conversation, ses quatre vérités. Les mots sont blessants, les gestes délicats, la soirée froide, à l'image même de cette chambre futuriste d'un love hôtel scabreux. Reposant presque uniquement sur la force de l'interprétation de son couple central, Blue Valentine est un véritable film d'acteurs, la réalisation se faisant volontairement très fluide, laissant Michelle Williams et Ryan Gosling briller. Si le second fait une nouvelle fois preuve d'un talent fou, la première a rarement été aussi sublimée, éclatante de beauté et de justesse dans un rôle particulièrement difficile de femme fatiguée. Travaillant sa mise en scène sur un jeu de focales et de flous, marquant un peu plus la distance du couple au sein d'un même plan, Derek Cianfrance fait ainsi preuve d'un réel savoir faire, livrant une oeuvre particulièrement bouleversante, ne laissant pas indemne. Son film est à la fois beau et triste, mélancolique et lumineux... Un coup de coeur immédiat.

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Crédit photo: Silverwood Films

Publié dans En salles

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