Fellini, la grande parade / Paris sous le signe de l'Italie

Publié le par Limess



Qu'on se le dise, cet automne, Federico Fellini est omniprésent à Paris. Au musée. A la cinémathèque. Au rayon dvd ou livre de magasin préféré. L'occasion de se replonger dans l'oeuvre et la carrière de celui qui reste encore aujourd'hui comme l'un des grands génies de l'industrie cinématographique italienne. Cinquante ans tout pile après la découverte de l'un de ses chefs d'oeuvres, La Dolce Vita, qui bouleversa encore un peu plus la perception que l'on pouvait avoir alors du septième art. S'inscrivant dans la mouvance d'un cinéma plus passif qu'actif que Deleuze qualifiera bientôt comme "l'image-temps" remplaçant "l'image-mouvement". Étant une grande fan de ce cinéaste, je me joint donc à l'événement autour d'un cycle de critiques consacrées aux oeuvres de Fellini. Mais place surtout à la présentation de l'exposition Fellini, la grande parade, qui se tient depuis aujourd'hui à la galerie du Jeu de paume, et ce jusqu'au 17 janvier 2010.


Difficile de savoir à quoi s'attendre d'une telle exposition quant on connaît le travail de Fellini et la particularité du Jeu de Paume, galerie privilégiant des "exhibitions" autour de l'image et de la photographie. Fellini, la grande parade se révèle pourtant une exposition d'une extrême richesse, aussi passionnante que surprenante. La première grande idée du commissaire fut de ne pas présenter le travail du cinéaste dans un ordre chronologique mais autour de ses obsessions concentrées en quatre grands thèmes. "Fellini et la culture populaire"; "Fellini à l'oeuvre"; "La cité des Femmes et la place de l'homme"; et "Fellini ou l'invention biographique". Regroupant de très nombreuses photographies, des témoignages, de multiples dessins et quelques extraits vidéos.

En avançant à travers la galerie du Jeu de paume, on y découvre le rapport que le cinéaste entretenait avec la société et l'époque dans laquelle il vivait, lui qui s'est pourtant rapidement éloigné du mouvement néo-réaliste dans lequel il avait fait ses premiers pas pour se réfugier dans un univers onirique. Car Fellini est d'abord un réalisateur qui s'est, et de manière surprenante, tout le temps inspiré de ce qui l'entourait. En reproduisant certaines anecdotes et autres faits divers parus dans les journaux (striptease, histoires de monstres marins) ou en passant des petites annonces pour trouver des figurants aux physiques extraordinaires. Lui qui savait si bien se confronter aux exigences des productions italiennes d'antan (les décors dans le studio de la Cinecitta, son rapport à la post-synchronisation) ou à la diffusion d'une certaine culture populaire (la télévision, la publicité, le cirque, le roman-photo, la caricature, le rock'n roll). Fellini est ainsi un cinéaste qui a su bouleverser son époque, lui qui se retrouvait souvent au coeur de multiples polémiques, critiqués par tous, aussi bien  par ses camarades du néoréalisme que par l'église.


Mais l'exposition Fellini, c'est aussi l'occasion de (re)découvrir les quelques grandes obsessions qui traversèrent son cinéma. Les femmes, les rêves, la figure du sex-symbol et des formes généreuses, la prostitution, les clowns... Donnant à voir la création de son travail par la superposition aussi bien de ses dessins, de photos de tournage que d'extraits de ses films. Et quelle joie de revoir certaines scènes de Huit et demi, La Strada ou de La Dolce Vita, considérées par le commissaire de l'exposition comme les trois grandes oeuvres emblématiques regroupant tout son cinéma. L'exposition est ainsi un formidable moyen de se replonger dans la création fellinienne même, de ses rencontres avec Nino Rota, Marcello Mastroianni ou Guilietta Masina à ses premiers croquis, issus notamment de son fameux livre des rêves. A tous les amateurs de cinéma, l'exposition est dans tous les cas un vrai régal, une plongée fascinante dans les coulisses de ce cinéaste fou, grand magicien du septième art. "Encore !".


> Exposition "Fellini, la grande parade". Du 20 octobre 2009 au 17 janvier 2010. Galerie nationale du jeu de paume, à Paris. Site: www.jeudepaume.org
> Rétrospective intégrale Fédérico Fellini. Du 21 octobre au 20 décembre 2009. Cinémathèque française. Site: www.cinematheque.fr.
> Rencontre littéraire "Caro Fellini". Du 22 octobre au 10 décembre 2009. Istituto di Cultura de Paris. Site: www.iicparigi.esteri.fr
> Éditions en dvd de Huit et demi (Gaumont) et du documentaire Fellini au travail - Bloc-notes d'un cinéaste, making-of d'Amarcord, E il Casanova de Fellini, Ciao Federico - (Carlotta Films)
> Ressorties en salle de La Dolce Vita (21 octobre 2009) et Il bidone ( 28 octobre 2009)

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