Ouverture de Paris Cinéma: "Et si Perrine avait eu son permis en Australie..."

Publié le par Limess

 bandeau

 

Samedi débutait à Paris la nouvelle édition du festival Paris Cinéma, organisé chaque été dans la capitale. L'occasion de redécouvrir une flopée de films du patrimoine, à travers de multiples thématiques et rétrospectives (Jane Fonda, le Japon...), accompagnés de quelques avant-premières. Guide en main, badge en poche, il faut alors s'armer de courage pour constituer son programme de la semaine tant la programmation y est riche et éclectique... et super mal foutue. Le festival se déroulant dans pas moins de dix cinémas, répartis un peu partout dans la capitale... de quoi oublier de prendre en compte le temps de transport nécessaire pour passer d'une salle à une autre, sans compter les multiples films présentés aux mêmes horaires, à commencer par les dites avant-premières. Et quoi de plus déchirant que de devoir choisir, le même soir, entre la reprise des Chansons d'amour à la filmothèque - film que j'idolâtre -, la projection de Map of the Sounds of Tokyo d'Isabelle Coixet et la présentation des courts métrages de Louis Garrel et de Valérie Donzelli, en leur présence. Ou, comme samedi soir, entre la projection des Amours imaginaires de Xavier Dolan - énorme coup de coeur cannois - et la Nuit du cinéma. Misant sur le fait que j'ai déjà vu le premier, c'est donc vers le forum des images que je me suis dirigée, le temps d'une nuit consacrée, entre autres, à l'Ozploitation, soit des films de séries B australiens. Vaste programme... et quels films, en effet !

1-copie-57Ayant loupé le Patrick de Richard Franklin pour des "raisons d'ordre grecques" - mais dont les échos sont excellents -, c'est donc avec Les voitures qui ont mangé Paris, de Peter Weir, que s'ouvrit cette nuit de folie. Soit l'histoire d'un petit village australien si bien nommé Paris où les habitants tuent un à un les nouveaux arrivants, lors d'accidents de voiture macabres. Récupérant alors les pièces détachées, laissant au médecin du village de quoi faire des expériences sur des cadavres, gonflant petit à petit les rangs de l'hôpital psychiatrique lorsqu'un survivant subsiste. Jusqu'à ce qu'un jeune homme survive sans la moindre séquelle et se fasse "littéralement" adopté par le maire du village. Et entre conflits de génération digne d'un grand western et habitations façon disneyland, Peter Weir livre ici un véritable ovni cinématographique où l'on vient à s'entretuer avec des voitures déguisées en hérisson ! Si le rythme se fait parfois un peu mou, la folie de l'ensemble est telle qu'il est difficile de ne pas y rester indifférent. Même constat pour Le drive-in de l'enfer de Brian Trenchard-Smith, venu présenter la séance à 00h30... complètement ébahi par le nombre de personnes venues voir son film. Il faut dire que Le drive-in de l'enfer à tout du film culte tant son scénario atteint des sommets d'absurdité: un couple se retrouve coincé dans un drive-in, devenu depuis quelques années un refuge pour une jeunesse déchue. Un décor apocalyptique digne des plus grands films de science fiction où les hommes se battent pour un mot trop haut tandis que les femmes se font des bigoudis dans des toilettes de fortune. Les tenues de cuir sont exigées, les filles nues aussi... Un pitch improbable auquel le réalisateur greffe une pseudo critique d'une société où le chômage et le repli identitaire se fait de plus en plus sentir... ce dont n'a que faire notre héros, lui qui ne pense qu'à faire du jogging et à trouver de nouveaux pneus pour sa chevrolet !

2-copie-41.jpgUne pause pipi / clopes / ravitaillement - rayer la mention inutile - et c'est reparti pour un tour avec le Mad Max de George Miller. Soit, pour changer des deux précédents, courses de voitures et tenues de cuir, à croire que les australiens n'ont pas vraiment d'autres hobbies ! Si le côté désuet du film lui donne un cachet certain, il permet surtout de redécouvrir Mel Gibson dans ce rôle qui lui collera à la peau toute sa carrière: celui d'un homme près à tout pour venger un membre de sa famille. A savoir, ici, sa femme et son fils. Mais là où le film surprend plus ou moins - ce fut une première vision pour ma part -, c'est qu'il ne met pas automatiquement cette histoire sur le tapis, se laissant le temps de développer la psychologie des bad guys, à savoir un gang de motards sadiques. Justifiant le futur coup de sang d'un policier près à tout, oeil pour oeil, dent pour dent. Et de la violence gratuite, il y a aussi à revendre dans le dernier film de la sélection, Les traqués de l'an 2000 de Brian Trenchard-Smith. N'en déplaise à la vieille dame du couloir, choqué par le film de George Miller. Nous sommes dans une société futuriste - again ! -, période charnière où, ne sachant plus que faire pour calmer la rébellion, le gouvernement décida de mettre en place des camps de redressement afin de canaliser tout comportement déviant. "Freedom is obedience. Obedience is work. Work is life". Si le film commence plutôt normalement, montrant la vie dans ce camp aux tenues jaunes citron et sponsorisé par Converse, c'était sans compter sur un retournement de situation des plus incroyables. Nous plongeant dans un vrai grindhouse. Les dirigeants du camp mettant un jour en place une partie de chasse où le gibier ne serait autre que cinq prisonniers. Et c'est parti pour une chasse à l'homme des plus surréalistes où une aristocrate légèrement lesbienne en viendrait à poursuivre sur son cheval la bimbo du groupe, arbalète à la main. Délirant et gore, Les traqués de l'an 2000 se révèle vite un chef d'oeuvre de série B, subversif et jubilatoire. Idéal pour clôturer cette nuit du cinéma et commencer le festival en beauté !

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