Funny People / Judd Apatow

Publié le par Limess




Sortie: 07 septembre 2009

> L'histoire: Dans le monde du stand-up, un comédien se retrouve dans un état de mort imminente...

Considéré par beaucoup comme le grand renouvelleur de la comédie américaine, élévé rapidement par les cinéphiles comme les journalistes - Seth Rogen est d'ailleurs en une des Cahiers du cinéma (!) - au rang de gourou, Judd Apatow est de ses réalisateurs fascinants et de leur temps, capable d'apporter leur touche personnelle à un univers pourtant ultra codifié. A savoir, ici, la comédie, mi-teen, mi-adulte, le genre "sentimento-potache". Ayant imposé une bande d'acteurs et un univers tout à fait rafraîchissants. Après les aventures de Steve Carrell à la recherche de la sexualité dans 40 ans, toujours puceau et les joies de la grossesse dans En cloque, mode d'emploi, le cinéaste revient donc sur le devant de la scène avec Funny People, surprenante immersion dans le mystérieux univers du stand-up. Une oeuvre beaucoup plus personnelle, puisqu'un peu autobiographique, dans laquelle Judd Apatow se confronte à la tragicomédie autour de thèmes aussi ardus que la maladie ou l'approche de la mort... Adam Sandler y incarne George Simmons, un comique au sommet de sa gloire soudain frappé par une leucémie. Conscient qu'il n'est pas éternel, George décidera alors de renouer avec "un passé rapidement laissé de côté quand la célébrité a pointé le bout de son nez", engageant comme nègre un de ses fans, Ira, afin de le remettre en scène. Renouant avec son ex-femme comme avec le plaisir de la confrontation à un public. Sauf que George n'a rien d'un personnage vraiment sympathique, lui qui a toujours été un peu égoïste sur les bords.


Impossible de passer à côté de la formidable mise en abîme de Funny People tant l'oeuvre renvoie aussi bien au passé du cinéaste qu'à son présent actuel. A travers ce film, Judd Apatow s'interroge ainsi, dans un premier temps, sur ses petites choses de la vie qui peuvent faire tout basculer. Permettant, ou non, de se remettre en question et de repartir sur de bonnes bases. Car George, s'il était probablement talentueux plus jeune, a enchaîné les comédies craignos aux jolis castings, comme le donnent à voir les quelques extraits ou affiches que l'on peut entra-percevoir. La maladie apparaîtra alors comme un catalyseur brutal, lui permettant de prendre conscience de la tournure qu'a pu prendre sa vie. Le poussant dès lors à partir dans une nouvelle direction... de manière plus ou moins éphémère. Car George n'est pas tellement apte à apprendre de ses erreurs, lui qui ne vit que pour ses propres désirs sans se soucier des autres. Dès lors, à travers ce personnage, le cinéaste se lance dans une radioscopie de l'univers des comiques. Ces clowns tristes, rapidement enfermés dans un carcan, comme on pu l'être à un moment donné Dave Attel ou Eminem, jouant, ici, leur propre rôle dans quelques apparitions assez hilarantes. Montrant aussi à quel point la comédie n'est pas donnée à tout le monde en  faisant volontairement tomber à plat les blagues d'Eric Bana. Poussant à son paroxysme certaines autres, surtout quand il s'agit de la religion juive. Or, tout comme George, Judd Apatow est un scénariste-comique. Rapidement arrivé au sommet. Sauf que, comme par peur d'être enfermer dans un genre, comme a pu l'être son anti-héros et d'autres avant lui, il prend volontairement une direction totalement opposée à ce qu'on pouvait attendre. Livrant un Funny People particulièrement étonnant, frôlant le registre dramatique. Loin des séances d'épilations de Steve Carrell ou des aprems fumette chez Seth Rogen.


Pourtant, aussi différent qu'il puisse être, Funny People s'inscrit dans une sorte de continuation de 40 ans, toujours puceau et d'En cloque, mode d'emploi. Renouant avec un aspect comédie de potes où les femmes se font rares. Mais alors que les deux autres pouvaient se résumer à une sorte de passage progressif de l'adolescence tardive à l'âge adulte, celui-ci est directement ancré dans un univers beaucoup plus mature où ses personnages geeks se retrouvaient confrontés à la maladie, au chômage et à la difficulté (encore) de se trouver une copine. Les berçant au doux son d'une musique signée, notamment, par Jason Schwartman qui impose cette patte mélancolique si caractéristique de son groupe Coconut Records. Sur 2h30, le cinéaste lance ainsi Adam Sandler sur le chemin de la rédemption, artistique comme personnelle, passant d'un univers public - son retour sur scène - à un autre privée - les retrouvailles avec son ex-femme. Créant un récit, il faut bien le dire, un peu long mais surtout très dense. Le résultat est d'ailleurs remarquable, Judd Apatow jonglant prodigieusement aussi bien avec le registre de la comédie comme du drame, nous faisant passer du rire aux larmes. Donnant aussi du baume au coeur en réunissant une fois encore toute cette petite bande à laquelle il greffe Jason Schwartman, donc - pour notre plus grand plaisir - et Eric Bana - pas forcément au bon endroit. Soit un drôle de film à défaut d'être un film très drôle. Une sorte d'ovni cinématographique avec lequel le cinéaste donne une fois encore un bon coup de pied dans la fourmilière de la comédie, faisant une très belle proposition de cinéma autour de ce genre bien souvent rabaissé. Une oeuvre qu'il faut apprendre à lentement digérer mais vouée à devenir culte. Au final, une belle curiosité.




1. Les "Judd Apatow dérivés": Les grands frères / I love you, man / L'an 1
2. Eric Bana: Hors du temps
3
. Leslie Mann: 17 ans encore

Crédit photo: Universal Pictures International France

Publié dans En salles

Commenter cet article