Hadewijch / Bruno Dumont

Publié le par Limess




COUP DE COEUR

Sortie: 25 novembre 2009

> L'histoire: Choquée par la foi extatique et aveugle d'Hadewijch, une novice, la mère supérieure la met à la porte du couvent. Hadewijch redevient Céline, jeune parisienne et fille de diplomate. Sa passion amoureuse pour Dieu, sa rage et sa rencontre avec Yassine et Nassir l'entraînent, entre grâce et folie, sur des chemins dangereux.

Vivant à notre époque, Céline, adolescente parisienne et protagoniste principale du dernier film de Bruno Dumont, n'est pourtant pas une héroïne contemporaine. Elle qui, renvoyée pour un temps du couvent où elle souhaitait prononcer ses voeux, retourne contrainte et forcée chez elle, après quelques mois à l'écart du monde. Retournant dans ce grand et luxueux appartement bordant les rives de l'île Saint Louis. Redevenue simple étudiante en théologie, elle n'en reste pas moins aveuglée par sa foi, amoureuse, au sens propre comme au figuré, du Christ (et de son corps ?). Et alors que les retrouvailles avec une certaine quotidienneté se font plus que difficiles, Céline se laissera naïvement entraîner par les premiers garçons venus, hors des sentiers battus. Outre son sujet assez rare dans le cinéma français, Hadewijch est de ses films qui impressionnent par leur capacité à tenir debout malgré leur aspect bancal. Évitant de justesse de tomber dans les raccourcis et la facilité, à l'instar de ce personnage de Yassine, comme de par hasard voleur de scooter à ses heures sans être pourtant antipathique. Mêlant vaillemment origines et religions. Car Bruno Dumont s'intéresse avant tout aux mutations de la société et de ses concitoyens, livrant un film à la limite et sur les limites, principalement autour des dérives du fanatisme religieux. Grand mal de notre époque. En suivant Céline, le cinéaste tend ainsi à montrer le cheminement menant de la foi mystique et personnelle à l'action physique. Le basculement de la religiosité au terrorisme. Amenant audacieusement chrétiens et musulmans vers une destination commune.


Tout en faisant une oeuvre sur la spiritualité, Bruno Dumont fait pourtant le choix judicieux de toujours se placer à hauteur d'homme, de revenir à l'humain. L'amour de Dieu passant aussi par un amour charnel, Céline se sentant au plus près de Lui uniquement lorsqu'elle retourne au pied de sa statue. Là haut, sur la colline du couvent. Céline, ce personnage toujours entre deux, à l'écart comme au sein du monde, interprété avec douceur par Julie Solowski, actrice non professionnelle et révélation du film. Partant de son corps, le cinéaste distille dès lors une tension palpable tout au long de son oeuvre, sexuelle comme dramatique. Érotisant discrètement son actrice, distillant de ci, de là, quelques marques de la tentation, d'un regard trop appuyé au frôlement d'un bras. Plus elle décide d'agir et plus elle s'épanouie aussi bien physiquement qu'intellectuellement... à moins que tout ceci ne soit le fruit de son imagination débordante. Laissant le doute quant à la tournure des événements, Bruno Dumont livre un film fascinant et percutant, nous hypnotisant légèrement par un rythme tout en langueur. Hadewijch est à ce titre une oeuvre qui nous hante encore longtemps, que l'on apprend à aimer au fil du temps, marque, sans doute, de ce qui restera comme l'un des longs métrages les plus forts de l'année. A n'en pas douter, même.




Crédit photo: Tadrart Films

Publié dans En salles

Commenter cet article

mymp 29/11/2009 22:49


Bon, tu connais mon point de vue et je connais le tien maintenant, et s'il se défend éventuellement, je ne suis tout de même pas d'accord avec le "évitant de justesse de tomber dans les raccourcis
et la facilité" : la scène du café expédiée en 2 minutes, les parents de Céline (caricaturaux à mort), l'intégration aux fanatiques aussi rapide qu'un retrait de liquide à un DAB, etc. Tout est
bâclé, mal joué, on ne croit à rien à aucun moment, et encore moins à ce discours trop vague et flou sur l'incarnation de Dieu.


Limess 05/12/2009 01:01



Je m'y mets très rapidement, histoire de comprendre tes arguments. Mais je suis parfaitement consciente que c'est un film qui peut rebuter, la preuve !