Homme au bain / Christophe Honoré

Publié le par Limess

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Sortie: 22 septembre 2010

> L'histoire: En partance pour l'étranger, Omar (Omar Ben Sellem) rompt avec Emmanuel (François Sagat). L'histoire d'une rupture, entre Gennevilliers et New-York.

Au départ, il y a l'invitation d'un metteur en scène. Celle de tourner quelques à jours à Genevilliers dans l'un des quartiers de la ville pour un projet de court métrage. Puis, il y a un voyage à New York, filmé en caméra DV, tel un journal intime. Homme au bain, c'est ainsi la réunification de ces deux projets indépendants autour d'une histoire, en apparence, prétexte, celle d'une rupture entre Omar et Emmanuel. Inscrivant le film au sein d'une filmographie singulière, celle de Christophe Honoré, cinéaste adulé, obsédé par la figure de la perte. Qu'elle soit celle d'un être cher dans Dix-sept fois Cécile Cassard ou Les Chansons d'amour, d'un amour dans Dans Paris, de l'innocence dans Ma mère ou d'une situation stable dans Non ma fille, tu n'iras pas danser. Dans Homme au bain, le cinéaste construit son film autour du point de vue de deux membres d'un même couple, suite à leur rupture. Celui qui quitte et celui qui est quitté. Apprenant chacun de leur côté à vivre de nouveau sans l'autre. D'un côté, il y a Emmanuel, le quitté donc, resté dans l'appartement du couple à Gennevilliers le temps du voyage d'Omar. Cherchant dans le sexe et les rencontres d'un soir un peu de réconfort. De l'autre, Omar, parti à New-York accompagné Chiara Mastroianni pour la promotion d'un film - l'histoire d'une femme fragile et dépassée par les événéments... soit Non ma fille, tu n'iras pas danser. S'entichant rapidement de Dustin (Dustin Segura-Suarez), sorte de cover boy ultra sexy. Voilà pour l'histoire... le reste n'étant qu'expérience cinématographique, Christophe Honoré construisant son film autour de matériaux filmiques protéiformes, passant du carnet de voyage à la fiction, voir même à une séquence onirique. Laissant tomber la parole, marque de ses précédents films, au profit du corps, filmé sous toutes ses coutures.

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Intitulant son oeuvre Homme au bain en référence à la toile de Gustave Caillebotte, montrant un homme nu sortir du bain, Christophe Honoré se sert alors du corps comme fil conducteur de son récit. Jouant de la carrure et du physique de ses acteurs, à commencer par François Sagat, acteur de films pornographiques gays - à l'affiche prochainement du L.A Zombie de Bruce LaBruce. Avant la performance, il y a ainsi le corps, tout de muscles et de tatouages, donnant presque l'impression d'un plastic boy. Le cinéaste jouant dès lors du contraste entre son physique ultra impressionnant, filmé la plupart du temps nu, à la douceur qu'il dégage. Emmanuel, sa voix posée et sa tendresse, dansant de manière ultra féminine devant un miroir avant de se révéler extrêmement viril au lit. Dessinant sur le mur du salon le portrait d'Omar avant de s'effondrer en larmes. Ne trouvant du réconfort que dans les bras de garçons eux aussi là pour leur simple physique, comme des ersatz d'Omar. D'abord, il y a ce sosie parfait - au point que l'on croit presque au départ à un flash-back -, dont Emmanuel entourera bientôt le visage de scotch pour ne garder que la moustache, marque de son amant envolé. Puis, il y a ce petit étudiant, même physique maigrelet, bientôt travesti d'un peignoir léopard que porte justement Omar sur la photo derrière lui. Incapable d'oublier son partenaire, Emmanuel se jettera ainsi à corps perdu dans les one shot, reproduisant - inconsciemment ? - les mêmes schémas en ne couchant qu'avec des sosies. De corps, il en est aussi question dans la partie new-yorkaise, Omar tombant sous le charme d'un garçon "ressemblant à Al Pacino". Lui que l'on n'entendra jamais vraiment parler, filmé uniquement comme un cover-boy, telle une jolie poupée que l'on se verrait bien déshabiller. Et tandis que les Two Doors Cinema Club chantent "Come back home" - comme un cri du coeur d'Emmanuel -, Christophe Honoré filme la montée du désir de l'autre côté de l'Atlantique, autour de ce garçon fantasmé. Livrant des séquences d'une charge érotique impressionnante, le filmant dans son plus simple appareil, du bain au lit. Donnant à voir, par deux parties distinctes, l'acceptation de la perte à Gennevilliers contre l'ouverture de nouvelles possibilités à New York... avant que la solitude ne rattrappe celui qui quitte.

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Oeuvre sans doute un peu plus exigeante que ses précédentes, de part sa liberté de ton et de formes, Homme au bain se révèle la chronique d'une perte où le sexe sert de monteur au récit. Ouvrant la porte d'une sphère intime rarement mise à l'écran. Qu'il soit une sorte d'exutoire ou une marque d'amour. Dans tous les cas, Christophe Honoré filme les corps tels qu'ils sont, le plus souvent dans leur nudité la plus crue. Donnant presque parfois à voir des sortes de tableaux vivants. A commencer par un François Sagat prenant des pauses subjectives, moyennant quelques billets. Jouant de la forme de son récit, n'hésitant pas cuter dans la musique afin de créer des instants de silences étouffants, Christophe Honoré livre ainsi une oeuvre emplie d'une liberté salvatrice, s'inscrivant définitivement dans l'héritage de la Nouvelle Vague. Non plus pour son art de la parole - et son hommage quant à la forme - comme dans sa trilogie parisienne, mais par la vivacité de sa mise en scène, débarrassée de toutes règles de narration traditionnelle. On en ressort sans doute un peu décontenancé mais profondément hanté par cette chronique sexuelle et musicale, passant d'une séance de fessées musclée à une épilation en plein air.

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Crédit photo: Le Pacte

Publié dans En salles

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pest bug control 12/09/2010 17:32


actually, i really liked that movie, i hope to visit it later


Chris 03/09/2010 18:59


Ouah, quelle chance d'avoir ça. Je suis un grand fan d'Honoré ! Ca sort quand ?