I'm Still Here - The Lost Year of Joaquin Phoenix / Casey Affleck

Publié le par Limess

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Sortie: 01 octobre 2010 (Irlande)

> L'histoire: En 2008, Joaquim Phoenix annonce dans la presse son intention de se retirer de l'industrie cinématographique afin de se lancer dans le rap. Une surprenante reconversion qu'à suivit et filmé durant un an son beau-frère, Casey Affleck.

Tout ceci n'était donc qu'un fake ! Alors qu'I'm Still Here - The Lost Year of Joaquin Phoenix était présenté lors du dernier festival de Venise, Casey Affleck n'aura pas attendu longtemps pour désamorcer la bombe. Son premier film en tant que réalisateur n'est pas un documentaire mais bien un mockumentary, s'immisçant durant un an dans la vie de Joaquin Phoenix, suite à l'annonce fictive de sa retraite anticipée. Flash back. Nous sommes en 2008, sortie de Two Lovers. Alors que James Gray et Gwyneth Paltrow écument les plateaux télévisés pour la promotion du film, c'est bien Joaquin Phoenix qui attirera toutes les attentions, annonçant son retrait définitif des plateaux de tournage. Comme un micro choc dans le petit monde cinématographique. Et c'est barbu et bouffi que nous le retrouverons quelques semaines plus tard sur le net, complètement méconnaissable. On pouvait le voir y effectuer un rap des plus improbables, devenant rapidement la risée des internautes. Jusqu'à son interview lors du David Letterman Show, enterrant définitivement toute crédibilité. Craquage monumental ? Dépression ? Coup de folie ? C'est ce que tend à expliquer I'm Still Here. Se présentant comme un vrai documentaire à travers la figure de Casey Affleck, présent à l'écran, le film suit ainsi le quotidien de Joaquin Phoenix, dans son intimité la plus totale. Filmant l'acteur sous toutes ses coutures, souvent les moins glamour, du lit aux soirées avec prostituées. Montrant un envers du décor que l'on ne soupçonnait guère et que l'on aurait finalement préféré ne pas connaître. Joaquin Phoenix, ses assistants et ses amis, les batailles de serviettes mouillées et les blagues scato de - très - mauvais goût.

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Si l'on évacue l'aspect fictionnel de l'oeuvre en prenant uniquement I'm Still Here pour ce qu'il prétend être, à savoir un documentaire, le film interroge d'emblée sur la bienséance et les limites de ce genre cinématographique. Jusqu'où peut-on filmer quelqu'un ? A partir de quand tombons nous dans le voyeurisme ? Et surtout, que cherchions nous, spectateurs, à apprendre en allant voir ce film ? Partant du principe que le film est "vrai", Casey Affleck y dépeint alors la lente et longue dépression dans laquelle va peu à peu plonger son beau-frère. Nous donnant, comme en pâture, à voir un Joaquin Phoenix complètement à la dérive, bien le seul à croire en sa possible reconversion musicale. Lui qui souhaite à tout pris rencontrer P. Diddy afin d'enregistrer un album. Donnant des situations affreusement pathétiques, à commencer par l'écoute des mix-tapes de l'acteur, sous l'oeil circonspect du producteur. Sans aucune retenue, Casey Affleck déballe ainsi le quotidien d'un homme de cinéma, entre proposition de scénario - pauvre Ben Stiller - et star system. Filmant les moindres faits et gestes de l'acteur, le remettant à hauteur d'homme, évacuant tout ce que l'on peut connaître professionnellement de lui. Le résultat est déstabilisant, plus d'une fois embarrassant et douloureux, montrant cruellement la détresse d'un homme, broyé par la machine médiatique. Bousculant de part le malaise qu'y en découle. Voulions-nous vraiment savoir tout cela ?

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Car là est la prouesse première d'I'm Still Here et la dimension qui apparaît à l'annonce du canular. En orchestrant l'annonce de cette retraite, les deux compères ont avant tout créer un espace propice à la création de leur pamphlet, interrogeant sur la relation ambiguë et malsaine qu'entretiennent vedettes, spectateurs / fans et médias. Le film mettant ainsi en exergue la manière assez violente dont s'est mis en place le lynchage public de l'acteur, devenant au fil des mois la risée première des internautes comme des tabloïds. Montrant le désertement progressif de son entourage professionnel comme personnel. Si Casey Affleck use parfois de ficelles narratives pas toujours délicates - Joaquin Phoenix, regardant les différentes vidéos postées sur le net à son encontre, avant de tomber sur le sketch de Ben Stiller aux oscars -, il tend surtout à montrer le doux processus médiatique et son effet sur les vedettes. Des interviews où l'on chasse le scoop aux humiliantes séances photo. Comme un témoignage de l'intérieur sur l'impact néfaste de notre consommation régulière de gossip et autres journaux people. Quitte à oublier l'affect. Quand le star system s'interroge sur ses propres dérives, voici donc I'm Still Here, faux documentaire choc, s'inscrivant dans cette longue tradition qu'à le cinéma à réfléchir sur lui-même. Comme une réponse glaçante au public. En poussant volontairement toujours plus la porte de l'intimité, nous mettant souvent dans une position inconfortable, I'm Still Here s'apparente à une diatribe cinglante sur notre propre voyeurisme. Vous vouliez tout savoir sur la vie des stars, vous allez être servis ! Pour le reste, Joaquin Phoenix aura ici trouvé le rôle de sa vie. Ironiquement, le sien...

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> Joaquin Phoenix: La Nuit nous appartient / Casey Affleck: Gone Baby Gone, The Killer Inside Me


Crédit photo: Magnolia Pictures

Publié dans En salles

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guillaume 22/11/2010 23:34


Intéressant article sur un film que j'ai hâte de voir. Tout ceci était tellement grotesque que ça voulait forcément dire quelque chose.
As-tu vu le DVD du "live" Justice "Across the Universe". Il semble fait de la même matière mais filmé par le très inégal Romain Gavras. Un mockumentary choc !


Limess 01/12/2010 11:57



Non, je n'ai pas eu l'occasion de voir ce dvd. C'est même la première fois que j'en entant parlé... mais c'est tentant effectivement !