Inception / Christopher Nolan

Publié le par Limess

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Sortie: 21 juillet 2010

> L'histoire: Spécialisé dans l'extraction de secrets à travers les rêves d'un individu, Dom Cobb (Leonardo Dicaprio) est ce qu'on appelle un voleur expérimenté. Le meilleur de sa profession. Mais alors qu'il est sur le point de raccrocher, un riche industriel lui propose une ultime mission qu'il ne peut refuser: accomplir une '"inception". Il ne s'agit ici plus d'extirper une idée mais d'en implanter une dans les rêves d'un individu...

Etape n°1: Première vision / Découverte / Critique rationnelle

Légers spoilers. A la première vision d'Inception, un sentiment général s'impose immédiatement: Christopher Nolan est décidément de ses grands scénaristes de notre temps, capable de conter de la plus complexe des manières des histoires d'une simplicité plutôt renversante. Non pas que cela soit une découverte - il suffit de revenir à Memento - mais en tant que tel, Inception se pose là. Car à travers son nouveau film, le cinéaste britannique le plus inventif de sa génération nous plonge ni plus ni moins dans une sombre affaire d'espionnage industriel. Sauf qu'ici, les magouilles ne se font pas en externe mais bien à l'intérieur même des individus. Au creux de leurs rêves les plus profonds. Engagé par l'industriel Saïto (Ken Watanabe) afin d'accomplir une ultime mission, Dom Cobb réunit une équipe afin de réaliser ce que l'on dit impossible: l'inception. Soit insérer une idée dans la tête d'un individu. Le but, donner à Fisher (Cillian Murphy) l'envie de démanteler l'entreprise de son père, ce à quoi il n'aurait jamais pensé en temps normal. Pour cela, rien de plus simple, il suffit de planter l'idée et de laisser germer. Sauf que, comme pour une greffe, gare au rejet, faut-il encore faire en sorte que celle-ci soit acceptée par l'esprit... En faisant croire au sujet que l'idée vient de lui-même, celle-ci devenant alors comme un virus, incroyablement parasite.

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Construit de manière extrêmement linéaire malgré un jeu savant du montage, Inception se présente sous la forme plutôt conventionnelle du film de braquage. Reposant sur quatre actes, et ce, de manière parfaitement orchestré. Acte 1: découverte du personnage de Dom, extracteur de secrets hors pair, alors qu'il accomplit l'une de ses missions. Acte 2: Constitution d'une nouvelle équipe pour une ultime affaire. Poussant Dom à parcourir le monde à la recherche des meilleurs éléments (un faussaire, un chimiste...). Acte 3: préparation de la mission. Comment pratiquer l'inception ? Acte 4: la mission. Pas de récit à l'envers à la Memento. Aux temporalités imbriquées à la Following. Du moins, en apparence. Car là où Inception se complexifie en terme de récit, c'est qu'il ne s'agit pas seulement d'entrer dans un rêve mais de fabriquer un rêve dans un rêve dans un rêve. D'amener un sujet endormi dans un univers créé de toute pièce afin qu'il y déverse ses secrets. En faisant de l'individu un bloc de subconscient, Christopher Nolan nous enfonce alors dans les méandres de sa propre imagination, proposant un univers où le rêve reposerait sur une logique. Celle pure et simple que chaque individu serait son propre architecte de rêve. D'où l'idée et la nécessité de recruter un réel architecte au sein de l'équipe, capable de créer des univers et labyrinthes suffisamment solides et cohérents. Et l'architecte, c'est Ariane (Ellen Page), brillante étudiante et double du spectateur. Totalement vierge de cet univers, elle est le point d'ancrage du récit, celle à qui l'on explique toute l'affaire afin de mieux la mettre en oeuvre après. Car la force des oeuvres de Christopher Nolan, c'est qu'elles ne se déroulent jamais aux dépends du spectateurs, le cinéaste trouvant toujours le moyen de rendre le tout parfaitement limpide. Et alors que la mission démarre, celui-ci n'a plus aucune interrogation, comprenant les enjeux et les aboutissements, prêt à vivre le spectacle comme tel. D'où Ariane qui, tel dans la mythologie grecque,  aidera le spectateur et Dom à sortir du labyrinthe. Découvrant peu à peu le trouble de cet extracteur usé par la vie. Comme la majorité des "héros" nolannien, Dom est ainsi un homme hanté de ses fantômes, incapable de laisser partir sa femme (Marion Cotillard), récemment décédée. Elle qui s'est suicidée, ne sachant plus faire la différence entre rêve et réalité. Au point de rendre chaque mission toujours plus périlleuses, Dom n'arrivant plus à la retenir de son subconscient. Et c'est alors que toutes les cartes narratives semblent avoir été abattues que le match peut afin commencer, à travers une mission de haute volée.

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Dès lors, Christopher Nolan se joue de tout ce que lui propose le cinéma en terme de narration... Faisant reposer le tout aussi bien sur le montage, le scénario, la musique - incroyable Hans Zimmer -, ses acteurs - rarement un casting aura été autant au diapason -, les effets spéciaux... Le tout au service d'un "blockbuster intelligent", alliant à merveille méninges et grand spectacle... Et quel spectacle ! Parfois à couper le souffle, souvent virtuose, Nolan pousse encore un peu plus les limites de son univers cinématographique, à l'instar de cette séquence mettant un Joseph Gordon Levitt en proie à l'apesanteur. Nous embarquant dans plusieurs strates de rêves grâce à une idée des plus démentielles: le temps n'est pas le même en rêve et en réalité, ni d'une strate de rêve à une autre. 5 minutes dans le réel équivalent à 1h en rêve, à plusieurs mois dans la strate inférieure. Permettant de conter trois à quatre histoires à la fois. Pourtant, dans cet amas d'éloge, on oublierait presque le défaut principal du cinéma de Nolan. L'émotion. Lui qui broie ses personnages dans la machinerie de sa mise en scène, livrant une oeuvre étonnamment froide. Le film donnant à voir de multiples personnages et de possibles relations entre eux - Tom Hardy / Joseph Gordon Levitt - tout en restant dans une certaine superficialité. Le tout à l'exception de Dom, sur lequel je reviendrais par la suite. D'où la légère déception en sortant de la séance pour un film qui était, pour beaucoup, l'oeuvre la plus attendue de l'année. Inception souffrant malgré lui d'une comparaison presque évidente à Shutter Island - plus grosse claque de l'année -, tant les personnages incarnés par Leonardo Dicaprio viennent à se ressembler. A croire surtout que l'on viendrait presque à faire nos difficiles tant Inception reste de ses oeuvres capables d'expliquer en quelques tours de force pourquoi on aime autant le cinéma...

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Crédit photo: Warner Bros. Pictures

Publié dans En salles

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