Inception / Christopher Nolan

Publié le par Limess

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Etape n°2: La 2e vision / La redécouverte / Critique subjective et analytique.

MEGA SPOILERS. "Inception, fingers in the nose". Alors que certains critiques américains jugeaient Inception un peu trop complexe pour un public habitué à des histoires pré-machées, c'est complètement galvanisée que je suis sortie de la première vision du film. Scénario complexe, certes mais compréhension du récit totale. C'est donc complètement débarrassée de cette crainte que je suis retournée voir le film, dans l'espoir, tout comme Christopher Nolan le fait avec les rêves, d'y découvrir une nouvelle strate du récit. Comme toute deuxième vision, il y a ainsi des choses qui frappent, des petites phrases qui tiquent et ce, dès les premières minutes. C'est Dom (Leonardo Dicaprio), à la sortie de la première mission, lançant à ses coéquipiers "je n'aime pas les trains", soit un élément scénaristique décisif quant à la suite du récit. Là où l'on prend aussi pleinement conscience à quel point chez Nolan, rien n'est laissé au hasard, à commencer par le moindre petit détail. La construction psychologique de chaque personnage secondaire reposant aussi sur sa gestuelle, opposant sans cesse un Arthur (Joseph Gordon Levitt) très rationnel à un Eames (Tom Hardy) imaginatif. Faisant de ces deux personnages les symboles mêmes de ce qui se joue au sein du récit. Doit-on rester rationnel face à ce que l'on voit à l'écran et prendre le film comme tel - on nous donne à voir la réalité, point - ou peut-on se permettre de divaguer ? De trouver dans le film des grilles de lecture auxquelles on n'aurait pas penser la première fois ? Comment les différents personnages sortent-ils de la dernière mission ? Pourquoi Dom avoue t-il devant sa victime Fisher (Cillian Murphy) que l'on est dans le rêve de Eames ? Sachant que l'on n'est pas dans la tête de Fisher - la première strate de rêve est celle de Yusef (Dileep Rao), la deuxième celle d'Arthur, la troisième celle de Eames -, pourquoi des gardes viennent-ils à le protéger ? D'où la conversation qui vient à se créer à la sortie du film et les multiples interrogations, puis conclusions, que l'on vient à en tirer. Retour sur un débrief à trois cerveaux - V., P. et moi-même - dont je serais incapable de vous dire comment il a vraiment commencé. Serait-ce un rêve ?

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D'abord, il y a la lecture "simple" du récit, celle autour du personnage de Dom et de sa femme Mall (Marion Cotillard). Souhaitant vivre ensemble pour l'éternité tout en repoussant toujours plus loin les barrières de la réalité, ces deux là ont pris la décision de se réfugier dans les rêves, à la recherche d'un monde où il n'y aurait qu'eux. Se construisant leur propre monde, fait de maisons d'enfance et de grands immeubles. Restant lovés dans ce cocon prêt de cinquante ans - sachant que le temps en rêve est différent que dans la réalité. Jusqu'au jour où Dom, conscient de leurs responsabilités envers leurs enfants, décida qu'il était temps de rentrer. Fallait-il encore que Mall accepte de revenir à la réalité... Dans un ultime élan d'égoïsme, Dom décida alors d'effectuer sur sa propre femme l'inception, insérant dans son cerveau l'idée que cette réalité n'était justement pas réelle. La poussant à se suicider - mourir dans un rêve permet de se réveiller - et de revenir dans le monde réel. Jusqu'à ce que Mall vienne à se demander si cette réalité là ne serait pas elle aussi un rêve. Se suicidant à nouveau afin de se réveiller... Incapable de se séparer de l'idée qu'il a tué sa femme, Dom apparaît ainsi au creux de l'histoire comme un homme rongé par les regrets et la culpabilité. Gardant l'image de sa femme enfermée dans ses rêves, là où il peut la rejoindre chaque soir. Comme la continuation éternelle d'un amour pourtant achevé. Mais dans la vie réelle, Dom ne doit pas pour autant oublier ses enfants, lui qui n'a pu les voir depuis la mort de leur mère. Lui qui aimerait tellement revoir leurs visages oubliés. L'ultime mission pouvant lui permettre d'assouvir ce désir le plus fort. Et c'est justement là que se joue tout le questionnement d'Inception. Dès suites d'erreurs au sein de la mission - le sédatif étant tellement fort que mourir en rêve ne permet plus de se réveiller -, Ariane (Ellen Page) et Dom en viennent à devoir récupérer Fisher, assassiné, dans les limbes. Si Ariane et Fisher remontent peu à peu les strates, Dom fait lui le choix de partir à la recherche de Saito (Ken Watanabe), lui aussi décédé. Et alors que Saito vient à tripoter son pistolet, Christopher Nolan fait alors une énorme ellipse, nous ramenant directement dans l'avion, lors du réveil de Dom. Sans jamais nous montrer comment les autres personnages s'en sont sortis, ni comment Dom a t-il pu passer à travers les différentes strates. Mission accomplie, retour maison et retrouvailles avec les enfants. Idyllique. Sauf que Christopher Nolan finit son film sur le plan de la toupie de Dom. Celle qui lui permet de savoir si l'on est dans un rêve ou dans la réalité. Si la toupie continue de tourner, c'est que l'on rêve. Si elle tombe, c'est la réalité. Et ici, la toupie de continuer à tourner, puis de légèrement vaciller... générique. Sommes nous dans un rêve ou dans la réalité ? Dom est-il toujours au fond des limbes ou a-t-il réussit sa mission ? Par cette fin volontairement ouverte, Christopher Nolan donne ainsi les clés aux spectateurs afin de se faire sa propre lecture du film... A moins que tout ne soit un peu plus compliqué...

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D'abord, il y a peut-être la volonté inconsciente de ma part - et de V. et P., donc - de chercher dans Inception des choses qui n'y sont pas. A commencer par cette scène où, lors de son voyage en Afrique, Dom n'a pas le temps de faire tourner sa toupie afin de savoir s'il est dans le rêve ou dans la réalité. Et si, à partir de ce moment là, tout n'était qu'un rêve ? Plausible, mais un peu tirez pas les cheveux. Puis, il y a des choses qui perturbent... Miles (Michael Caine) demandant à Dom de revenir à réalité. Un homme lui demandant de se réveiller. Et surtout, cette incroyable étrangeté: alors que Arthur explique à Ariane que chaque individu doit avoir son totem personnel afin de savoir s'il est dans la réalité, Dom utilise tout simplement celui de sa femme. Il n'a pas de totem personnel. Son jugement quant à savoir s'il est dans la réalité ou non étant dès lors faussé. Jusqu'à ce que la phrase soit lancée: Et si Inception n'était tout simplement le rêve de Dom ? N'y aurait-il pas une strate supérieure ? A croire que Christopher Nolan aurait lui-même accomplit une inception dans nos petits cerveaux tous embrouillés. Vu comme ça, on pourrait croire à une énième thèse extrêmement facile, la même que l'on ressort à chaques nouveaux David Lynch. Pourtant, à y réfléchir, rien de plus plausible. A commencer par l'élément le plus révélateur: première mission, Dom et Arthur ont été embauché par la société Cobb Inc. afin d'extraire des éléments en Saito. Or, le nom de famille de Dom est Cobb... Drôle de coïncidence. Et si toute cette histoire n'était justement pas la projection de Dom ? Un monde qu'il se serait créer dans un cerveau malade rongé par la culpabilité ? Un univers où il pourrait se servir de pions afin de soulager sa conscience. Le pion étant justement le totem d'Ariane tout comme les autres personnages secondaires se révéleront des pions au sein de cette ultime mission. Dom les ayant piégé en omettant volontairement des éléments afin de revoir par la suite ses enfants. Enfants, d'ailleurs, dont il a, vers la fin, l'occasion de voir leurs visages. Alors que Mall lui explique que ses enfants sont là et les appelle, qu'ils commencent le mouvement afin de se retourner, Dom tourne le visage et se cache les yeux. Alors qu'il avait ici l'occasion d'avoir une réponse. Et si, comme Leonard dans Memento, Dom n'était-il pas justement coincé dans une boucle, dans un labyrinthe ? Le film s'ouvrant par la fin. Ne donnant à l'oeuvre aucun réel début, nous plongeant en plein milieu d'une action, tout comme l'on tombe toujours au milieu d'un rêve. Là ne sont peut être que des projections de mon imaginaire, comme si l'on m'avait, par cette longue discussion à la sortie de la séance, inséminée une idée parasite selon laquelle il existerait autre chose. Donnant à Inception un pouvoir fascinant et obsédant non présent lors de sa première vision...

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Car, dans tous les cas, Christopher Nolan propose à travers son nouveau film avant tout une magnifique mise en abîme du cinéma lui-même. La strate supérieure pouvant tout simplement être celle du spectateur en train de rêver Inception. Faisant de Leonardo Dicaprio son double - c'est d'ailleurs fou à quel point ils se ressemblent -, tel un gigantesque chef d'orchestre au sein de son récit. Le film n'étant autre que l'écriture d'un scénario - comment va t-on faire en sorte que Fisher démantèle son entreprise ? Creusons le personnage, quelles sont ses relations avec son père ? [...], que l'on mettra en exécution. Les personnages se retrouvant alors confrontés à une machinerie plus grosse qu'eux, les obligeant à changer leurs plans. Tout comme des scénaristes pourront se retrouver aux prises avec des gros studios. Autant d'interprétations possibles qui tendent à montrer comment Inception, sous son côté relativement sécurisant lors de la première vision, cache de multiples lectures possibles. Comme plusieurs strates d'interprétations. Rendant le film d'autant plus passionnant. Comme si l'on découvrait la réelle identité d'un être que l'on pensait pourtant connaître. A quand la troisième vision ?

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Crédit photo: Warner Bros. Pictures

Publié dans En salles

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L.M. 21/08/2010 04:23


Ouaip bien bonne review, la cerise sur le gâteau étant que Nolan chie ouvertement sur la 3D alors qu'il aurait pu s'en mettre (encore plus) plein les fouilles en distribuant le film en relief.

(Et merci pour le petit lien vers ASBAF)


Ladioul 20/08/2010 20:51


Un film avec bcp de questions,c 'est sur !!

Mais en ce qui concerne les totems, si j'ai bien compris, c'est juste une pièce dont on est le seul à pouvoir prévoir le comportement physique (une sorte de pièce truquée, de piège) dans la réalité
et donc si on est dans un rêve, le rêveur ne peut pas prévoir le bon comportement et donc il est possible de distinguer rêve et réalité comme cela. Je pense donc que l'efficacité du totem de Cobb
(ou celui de sa femme) n'est pas à remettre en cause (la toupie doit être déséquilibrée pour qu'elle tombe plus vite, ou un truc du genre), et le fait que c'était celui de sa femme n'est pas un
problème : il doit connaitre ses caractéristiques (le couple ne formant qu'un et ayant confiance l'un en l'autre pour ne pas enfermer l'autre dans un rêve).
En ce qui concerne le totem de l'architecte, on la voit creuser le pion, cela change son centre de gravité et son mouvement durant une chute...

Par ailleurs, Cobb détourne les yeux pour ne pas voir les têtes des enfants car il sait à ce moment là qu'il est dans un rêve, et n'a pas envie de voir des visages d'enfants "rêvés" qui ne
correspondraient à leur vrais visages... Ce qu'il ne fait pas à la fin croyant être dans la réalité. Mais l'est-il vraiment ? Ca, à chacun de faire son opinion et je ne pense pas qu'il y ait une
fin vraie et une fausse (la toupie tombe, tombe pas ?), le réalisateur a fait exprès de laisser une fin ouverte, en laissant au passage des indices pouvant aller dans les deux sens tout au long du
film...

Voila mes remarques à propos des remarques précédentes...
Après ceci n'est que l'analyse directe, bcp d'autres possibilités restent ouvertes. Par exemple, Cobb pouvant être resté coincé dans un rêve alors que sa femme revenait au niveau supérieur en se
suicidant... le totem dans ce cas ne pouvant pas vrmt être utilisé car le rêveur le connait...)

Bref, à chacun son avis !!

En tout cas, très bon film !


Maître Po, devin 08/08/2010 20:22


C'est sûr, une deuxième vision s'impose et certainement d'autres ensuite.

par exemple, le totem de Cobb (qui n'est d'ailleurs pas le sien) réagit différemment selon qu'il s'agit d'un rêve ou non. Soit. Et la pièce d'échecs d'Ariane, elle fait quoi, dans un rêve ? La
danse du ventre ? ;-)

En tout cas, merci pour cette analyse détaillée.

(au passage, j'ai quand même un peu de mal à comprendre l'engouement massif pour un film qui reste malgré tout particulièrement ardu)


Florian 22/07/2010 16:41


La Société que fuit Dom se nomme Cobol et non pas Cobb (qui est aussi le nom du héros de son premier film). Sinon votre interprétation est intéressante. J'aime bien aussi la théorie qui place
Michael Caine comme le mentor organisant le tout pour guérir son élève : il voyage facilement (Paris-NY), propose Ariane son architecte, le petit sourire complice à la fin, etc.) ou bien celle qui
nous projète simplement dans les limbes de Mall qui ne récupère d'ailleurs jamais sa toupie.


aldanjah 19/07/2010 15:00


analyse intéressante. A la fin, Cobb est-il en plein rêve ou parvient-il à revenir des limbes ?
1- il voit ses enfants qui sont dans la même position que dans ses souvenirs et n'ont pas l'air d'avoir vieillit
2- c'est son père qui vient le chercher à l'aéroport, alors que celui-ci habite à Paris

Une deuxième scéance sera necessaire je crois :)

ma critique :
http://critique-ouverte.blogspot.com/2010/07/inception-je-ne-regrette-rien.html