L'Arbre / The Tree / Julie Bertuccelli

Publié le par Limess

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Sortie: 11 août 2010

> L'histoire: Lorsque Peter (Aden Young) meurt brutalement, Dawn (Charlotte Gainsbourg) et ses enfants n'ont d'autres choix que d'apprendre à vivre sans la figure paternelle. Si Simone (Morgana Davies) voit dans l'arbre du jardin la réincarnation de son père, Dawn va, elle, peu à peu reprendre goût à la vie. Mais comment réellement avancer alors que l'ombre de Peter continue de planer sur la maison ?

Présenté en clôture du dernier festival de Cannes, L'Arbre marque la deuxième réalisation de Julie Bertuccelli d'une oeuvre fictionnelle, sept ans après Depuis qu'Otar est parti. Tout commence par la mort brutale de Peter. Dans la campagne australienne, celui-ci vit avec ses trois enfants et sa femme Dawn, à l'orée d'un arbre gigantesque, protégeant le foyer familial. Jusqu'à ce qu'il soit victime d'une crise cardiaque, laissant une famille désoeuvrée, sans figure paternelle. Adapté du best-seller de Judy Pascoe, l'Arbre du père, L'Arbre se penche ainsi sur le travail de deuil des différents membres de la famille. A commencer par Simone, la cadette, petit garçon manqué supportant mal cette perte. Incapable d'accepter que son père puisse avoir disparu, Simone se persuadera bientôt de la réincarnation de celui-ci dans l'arbre du jardin, lui qui ne peut les avoir définitivement abandonné. Passant son temps lovée au creux des branches, racontant à ce père de substitution ses aventures d'un jour, ses craintes du lendemain. Mais comment faire son deuil quant on refuse de se confronter à la réalité ? D'accepter l'idée d'un objet perdu à jamais ? Encore trop jeune pour se plonger complètement dans le réel, Simone verra alors en l'arbre l'occasion de faire perdurer une relation unique, celle singulière qu'elle entretenait avec son père en tant "qu'enfant préféré". Une réaction à l'opposé de l'aîné et de Dawn, prêts à intégrer la perte et à recommencer à vivre. Désormais seul maître à bord du vaisseau familial, Dawn va ainsi se retrouver à nouveau sur le marché du travail. Trouvant bientôt en George (le viril Marton Csokas), son nouveau patron, une épaule sur laquelle s'appuyer. Mais alors que sa fille en vient à croire à la réincarnation de Peter, Dawn ne pourra pas totalement se défaire de cette idée, y trouvant un moyen de combler le vide. Se nichant elle aussi au creux de l'arbre, à la recherche d'un peu de réconfort. Et il faut la voir, Charlotte Gainsbourg, habitant véritablement son personnage, se cacher derrière une branche telle une petite fille, à l'approche de sa vilaine voisine. Sans jamais faire dans la démonstration de sentiments, Julie Bertuccelli livre un film poignant sans jamais être plombant, proposant une oeuvre tragi-comique étonnamment solaire, portée par la beauté des paysages australiens.

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Il faut dire que la nature fait partie intégrante de l'oeuvre, la cinéaste distillant peu à peu à travers L'Arbre un certain mysticisme. Car alors que l'on vient à faire de l'arbre la figure du père, celui-ci semble parfois réagir comme tel. Attaquant la maison alors que Dawn fait un pas en avant. Se servant de la richesse culturelle de la terre australienne, Julie Bertuccelli livre ainsi une oeuvre où le deuil n'est plus une figure abstraite mais un élément tout à fait concret. L'arbre, d'abord chaleureux et protecteur, venant peu à peu étouffer la famille... tel le poids de la perte. Allant jusqu'à complètement envahir la maison, de par la présence de racines, de branches, d'animaux, aussi, agressant quotidiennement la famille. Faut-il couper l'arbre pour mieux guérir ou bien continuer à faire perdurer la figure paternelle, comme une branche à laquelle on se rattacherait ? Sans faire dans le symbolisme facile, L'Arbre interroge surtout sur les différentes étapes d'un deuil et ce retour à la terre nécessaire pour la famille, au sein de cette Australie aussi accueillante que primitive. Laissant ses acteurs faire des merveilles, à commencer par la très jeune et extrêmement talentueuse Morgana Davies, sidérante en Simone. Particulièrement bouleversant, L'Arbre se révèle ainsi une oeuvre d'une tendresse et d'une candeur sans pareille, parfois léger, parfois dramatique, rythmé, entre autres, au doux son des Cinematic Orchestra.

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Crédit photo: Les films du poisson

Publié dans En salles

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Chris 14/09/2010 22:39


Tout à fait d'accord avec ta critique.