La baie des anges / Jacques Demy

Publié le par Limess

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Cycle Jacques Demy 02/14

Sortie: 01 mars 1963

> L'histoire: Jean Fournier (Claude Mann), modeste employé de banque, découvre par son collègue Caron (Paul Guers) les dessous du casino. Il part alors à Nice, contre l'avis de son père, et rencontre Jackie (Jeanne Moreau), dont il tombe immédiatement amoureux.

1963. En pleine recherche de financements pour Les parapluies de Cherbourg, Jacques Demy réalise La baie des anges, passant des rues de Nantes aux tables de casino. Il y suit l'apprentissage de Jean, jeune banquier un peu rigide, pas tout à fait sorti de l'adolescence, vivant toujours aux crochets d'un père autoritaire. Jusqu'à ce qu'il se fasse embarquer par Caron, un collègue de travail, et découvre l'univers "secret" des casinos. Si Jean joue d'abord prudemment, de manière très raisonnable, impossible de résister à la facilité de gagner six mois de salaire en une fois. Surtout quand le hasard met sur votre chemin une mystérieuse femme en blanc, Jackie, Jeanne Moreau et son blond décoloré. Suivre la voix de la raison - celle du père - ou se laisser le temps de vivre, d'expérimenter par l'école de la vie, l'enjeu et les tiraillements du personnage ne sont pas neufs, faisant presque de Jean un héros façon Jane Austen. Raison ou sentiments... à l'exception prêt qu'ils sont moins "purs" chez Jacques Demy, Jean partant dans le Sud par l'appât du gain, pour l'excitation procurée par les parties au casino. Découvrant Cannes, sa croisette et son luxe. Dès lors, tout est question de hasard, de sa rencontre avec Jackie à ses coups de chance à la roulette ou la perte importante de gains. Dans les bras de sa douce, Jean apprendra à lâcher prise, à vivre au jour le jour... mais jusqu'à quel prix ? Doit-on penser au futur ou vivre uniquement au présent ? Pour Jackie, la réponse est toute trouvée, dépensant sans compter ses nouveaux gains, passant d'un jour à un autre d'un hôtel en centre-ville à une suite de luxe. Vêtements de marque, champagne et danse le long de la croisette, le temps est pour Jean de découvrir les joies de la Dolce Vita et ces revers fulgurants. Car à peine le temps d'y prendre goût que la malchance frappe à nouveau, renvoyant le petit couple à la case départ. Comme à la roulette russe, personne ne sait à l'avance de quoi sera fait le lendemain.

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Par l'utilisation d'un noir et blanc stylisé, Jacques Demy impose à ces casinos une mystérieuse aura, presque dangereuse, comme si seuls les initiés devraient vraiment s'y aventurer. Faisant de Jean la victime de Jackie - elle-même victime des casinos -, femme fatale dans la grande tradition hollywoodienne, ne cachant pas ses intentions. Si elle reste avec lui, c'est qu'il lui porte chance ! Sur une musique de Michel Legrand, La baie des anges révèle presque une part de fantastique, d'enchantement lorsque vient à tourner la roulette, jeu enfantin aux conséquences pourtant majeures. Confrontant le naïf Jean à la prédatrice Jackie, joueuse compulsive ne pouvant s'empêcher de dépenser sa dernière pièce dans une machine à sous, transportant dans ses bagages une mini roulette. Une femme indépendante sur laquelle Jacques Demy ouvre son film, la quittant marchant sur la côte par un travelling arrière - dans la filiation de la fermeture de Lola - pour arriver le plan suivant à Jean, laissant transparaître par et à travers sa mise en scène la frivolité même de ce personnage, passant d'homme en homme pour quelques pièces de monnaie. Amour pour l'un, amour du jeu pour l'autre, deux addictions presque contradictoires mais finalement complémentaires, reposant toutes deux sur l'excitation de la nouveauté, sur l'attirance, pour deux personnages que tout oppose. Toutes les combinaisons sont ainsi possibles chez Jacques Demy, affirmant par un tour de force final - comme dans Lola - la magie et la puissance narrative du cinéma. A moins que tout cela ne soit qu'une illusion. Il en découle alors un film assez fascinant avec lequel le cinéaste enrobe la difficulté des sentiments et les affres de l'addiction sous une légèreté apparente, suivant ce couple "maudit" de cinéma, annonçant certaines de ses futures oeuvres bariolées.

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Publié dans Ciné-club

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Tietie007 06/02/2011 04:31


Une baie dans laquelle je ne me suis jamais baigné !