Le jour où dieu est parti en voyage / Philippe Van Leeuw

Publié le par Limess




Sortie: 28 octobre 2009

> L'histoire: Avril 1994, Rwanda. Aux premiers jours du génocide, les occidentaux fuient le pays. Avant d'être évacuée, une famille belge cache la jeune nourrice de leurs enfants, Jacqueline, dans le faux plafond de leur maison. Malgré la terreur, Jacqueline sort de sa cachette pour rejoindre ses enfants restés seuls. La jeune mère découvre leurs corps sans vie parmi les cadavres. Chassée de son village, traquée comme une bête, elle se réfugie dans la forêt...

Sujet pas forcément rare dans l'histoire du cinéma de ses dix dernières années, le génocide rwandais interroge encore et toujours les réalisateurs comme les spectateurs. Comment a t-on pu en arriver là ? Et comment le monde a t-il pu alors fermer les yeux sur cette tuerie ? Loin d'une démarche de reconstruction de l'événement, le cinéaste belge Philippe Van Leeuw, ancien chef opérateur chez Bruno Dumont, tente une approche nouvelle du drame. Suivant Jacqueline, une jeune femme tutsi, obligée de se réfugier dans la forêt suite au massacre de sa communauté et de ses enfants. Du génocide, justement, nous n'entendrons que des cris en off, ne verrons que quelques corps, comme par soucis de ne pas tomber dans quelque chose de racoleur. Et ce de manière tout à fait justifié. Car l'histoire du Jour où dieu est parti en voyage se déroule à un autre niveau, donnant à voir l'évolution de Jacqueline au sein de cette forêt, pas si éloignée de la civilisation. Comment peut-on continuer à vivre quant on a subit un tel drame ? Comment peut-on reconstruire un semblant de société quant on a été la victime de crimes barbares, totalement inhumains ? De retour à l'état primitif, elle doit alors à nouveau réapprendre à vivre, voir survivre, à faire table rase du passé pour à nouveau avancer. Faut-il encore qu'elle le veuille vraiment...


Seule dans les bois, Jacqueline rencontrera bientôt un homme blessé dont elle s'occupera instinctivement. Comme dans un sursaut d'humanité. Fondant avec lui un "pseudo" nouveau foyer, s'accrochant sans le vouloir à cet être qu'elle ne connaît absolument pas. Car, ce qui intéresse Philippe Van Leeuw, c'est ce drôle instinct de survie qui nous pousse toujours plus à aller vers l'autre, peut importe son identité, par peur de la solitude. Car, cet homme n'a rien de profondément enviable, lui qui "profitera" bientôt d'elle. Voilà la force et la faiblesse de ce Jour où dieu est parti en voyage, oeuvre plutôt austère et au pessimisme ambiant. Et là où la réflexion se fait profonde, le film perd peu à peu sa puissance par son traitement, le cinéaste faisant le choix d'une mise en scène contemplative et d'un récit minimaliste. D'où le décontenancement qui se dégage de ce long métrage dont on aimerait en dire le plus grand bien mais qui se regarde non sans difficultés. Dommage.




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Crédit photo: MK2 Diffusion

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