Les Amours imaginaires / Xavier Dolan

Publié le par Limess

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COUP DE COEUR

Sortie: 29 septembre 2010

> L'histoire: Deux amis, Francis (Xavier Dolan) et Marie (Monia Chokri), tombent amoureux de la même personne. Les poussant à entrer dans une relation compétitive malsaine...

Reality. Expectations. Dans (500) jours ensemble, le réalisateur Marc Webb mettait, le temps d'une malicieuse scène de fête, les différences criantes entre attentes amoureuses et concrétisations réelles. Ou comment notre imagination débordante vient à nous pousser à s'inventer nos propres films, aux scénarios toujours plus élaborés, aux dialogues savamment écrits. Là est la base même des Amours imaginaires, deuxième film de Xavier Dolan, révélation du festival de Cannes 2009 où l'on avait pu découvrir le stupéfiant J'ai tué ma mère. Du haut de ses 21 ans, le jeune réalisateur a du talent à revendre - tel un Vincent Gallo en puissance, il occupe ainsi ici les postes de réalisateur, acteur, scénariste, producteur, monteur, décorateur, costumier -, ce dont on ne doutait guère. Moins d'un an après son entrée dans la cours des grands, c'est loin de la violence de son premier long métrage que revient donc Xavier Dolan, livrant ici une tragicomédie salvatrice et ô combien juste sur les rapports amoureux d'aujourd'hui. Francis et Marie sont amis depuis longtemps et rencontrent, le temps d'une soirée, Nicolas, sorte de Louis Garrel blond. Développant immédiatement une fascination sans faille pour ce bel éphèbe fantasmé. Car c'est bien du fantasme dont il est question dans Les Amours imaginaires ou comment l'on vient à projeter en l'autre un idéal pas forcément réel. Ne voyant en lui que ce que l'on souhaite voir. Consciemment ou non. Lançant dès lors Francis et Marie dans une sorte de "joyeuse" compétition quant à savoir lequel des deux le mettra en premier dans son lit. A moins qu'ils n'y aillent tous les trois... Comme si le trio de La Maman et la putain s'était métamorphosé, au fil du temps et des époques, laissant place à des romances hétérosexuelles comme homosexuelles. Dans la lignée de J'ai tué ma mère, Xavier Dolan met à nouveau à profit la forme pour supporter le fond. Isolant ses personnages dans des cadres très étudiés, toujours un peu décentrés. Comme pour signifier la perte de ses héros, coincés dans un monde irréel dont ils ne peuvent - ou ne veulent - sortir. Les Amours imaginaires est ainsi un film pop, usant des ralentis, effets musicaux et autres cocasseries de mise en scène, sublimant l'ensemble. Donnant des sortes de tableaux vivants pour des scènes extrêmement sensuelles - tout comme il l'avait fait pour le dripping de J'ai tué ma mère -, soutenu de temps à autre par des filtres de couleurs outranciers. Disons le clairement, Les Amours imaginaires est autant un beau film qu'un film beau, donnant toute sa part à des excès de mise en scène. Tel une sorte de fantasme cinéphilique où les garçons prennent des bains de chamallows tandis que les filles marchent au ralenti, au doux son du Bang Bang de Dalida. De quoi, à coup sûr, en agacer plus d'un.

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Très inspiré quand il s'agit de parler d'échecs amoureux, Xavier Dolan livre ce qui s'apparente à une oeuvre générationnelle. Décortiquant les maladresses d'une jeunesse bercée par le grand écran, aux modèles très cinématographiques. Francis et Marie cultivant un goût certain pour le rétro, se modelant selon les goûts et les couleurs de leur partenaire imaginaire. Se réinventant en James Dean et Audrey Hepburn d'aujourd'hui. Et si tout ceci n'était que du cinéma ? Car les deux amis semblent avoir perdus le sens des réalités, se mettant eux-mêmes en scène au sein de ce trio amoureux, se réinventant quotidiennement dans le drame sentimental. Au temps des téléphones portables, on écrit des lettres cachetées tandis que Francis, lui, attend patiemment Nicolas devant un café avant de feindre la rencontre imprévue. Mais qui n'a jamais fait ça ? D'oeuvre plutôt adressée aux jeunes d'une vingtaine d'années, Xavier Dolan joue la carte de l'exercice de style, proposant un film volontairement plus universel sur les rapports amoureux. Incluant au sein de son récit des séquences dites "documentaires" où de parfaits inconnus racontent, face caméra, leurs chagrins sentimentaux. Mettant au centre le fantasme comme lot quotidien de tout à chacun. Nous projettant nous même face à nos propres "aliénations" de manière, souvent, pathétiquement hilarante. A commencer par cette "fille à lunettes" et ses mésaventures mailesques, attendant désespérement l'arrivée d'un "bold message". "Fucking amazon.ca". Mais qui n'a jamais fait ça ? (bis). Comme si nous étions tous, chacun à notre niveau, petits êtres innocents que nous sommes, des Glenn Close façon Liaison Fatale. Identification immédiate... du moins, pour votre charmante hôte ! Alors, quand vient l'heure de tourner la page et d'apprendre de nos déceptions, sera t-on capables de mûrir un peu ou fonceront nous tête baissée vers de nouvelles aventures problématiques ? Répétant inlassablement un schéma dans lequel on finit finalement par se complaire ? Une réponse à laquelle Xavier Dolan répond par un superbe caméo, ponctuant intelligemment un film énivrant de bout en bout. S'il est certes question d'amours imaginaires au centre du film, ce n'est pourtant pas du fantasme que relève l'amour qu'on lui porte, Les Amours imaginaires étant tout simplement l'un des plus beaux coups de foudre cinématographiques de l'année. On aurait tort de s'en priver...

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> Xavier Dolan / Niels Schneider / Anne Dorval: J'ai tué ma mère


Crédit photo: Remstar Media Partners

Publié dans En salles

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