Max et les maximonstres / Where the Wild Things Are / Spike Jonze

Publié le par Limess

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Sortie: 16 décembre 2009

> L'histoire: Max, un garçon sensible et exubérant qui se sent incompris chez lui, s'évade là où se trouvent les maximonstres. Il atterrit sur une île où il rencontre de mystérieuses et étranges créatures, aux émotions sauvages et aux actions imprévisibles. Les maximonstres attendent désespérément un leader pour les guider, et Max rêve d'un royaume sur lequel régner. Lorsque Max est couronné roi, il promet de créer un monde où chacun trouvera le bonheur. Max découvre vite toutefois que régner sur un royaume n'est pas chose aisée et que ses relations avec les autres sont plus compliquées qu'il ne l'imaginait au départ...

Peut-on vraiment s'en sortir après une collaboration - forcément déjantée - avec Charlie Kauffman, scénariste de génie et désormais cinéaste fou, ayant depuis quelques années secoué le monde magique de l'industrie hollywoodienne (sic) ? Mission accomplie pour Michel Gondry qui réalisa sous la plume de celui-ci Human Nature et l'incroyable Eternal Sunshine of the Spotless Mind où il imposait déjà sa propre patte en tant que réalisateur. Créant lui-même un univers singulier sur les bases mises en place par le dit Kauffman qu'il poussera plus loin encore, seul, lors de La Science des rêves et Soyez-sympas, rembobinez. Là réside donc tout le problème d'un cinéaste comme Spike Jonze qui, lors de ses deux longs métrages précédents, semblait tout simplement s'être fait vampiriser par Charlie Kauffman. Dans la peau de John Malkovitch et, plus encore, Adaptation - mettant en scène Nicolas Cage dans le rôle de Kauffman lui-même - semblant être avant tout des oeuvres de son scénariste. D'où l'excitation face à ce Max et les maximonstres, première oeuvre en solo du réalisateur, adaptant pour l'occasion le livre pour enfants de Maurice Sendak, best-seller international. Soit une oeuvre d'une dizaine de pages, aux illustrations développées mais à l'intrigue concise, qui mine de rien pouvait ne pas donner grand chose sur grand écran. Sauf que Spike Jonze a, avec lui, un studio généreux et une idée derrière la tête bien précise, développer l'intrigue familiale autour du personnage de Max avant de l'emmener dans le doux (?) pays des maximonstres. Embauchant pour l'occasion deux comédiens de la famille Kauffman/Jonze/Gondry (tiens donc !), sa muse Catherine Keener et le comédien Mark Ruffalo, l'un des rôles seconds rôles indispensables au charme d'Eternal Sunshine...

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Tout commence par une course poursuite entre Max, petit garçon méché, habillé d'un costume de chat, et son pauvre petit chien, victime de la cruauté de l'enfant. Le ton est donné, le film respectera la trame du livre, donnant à voir ce fameux Max, enfant capricieux et excessif, doué d'une imagination débordante. Max est un solitaire malgré lui, réclamant un peu d'attention de la part de sa soeur et de ses amis, se prenant pour un grand avant d'en voir les revers - scène de l'igloo. Trouvant du réconfort dans les bras de sa mère qui l'écoute raconter ses histoires avec une joie non dissimulée. Quelques plans, quelques scènes et l'ambiance est donnée, Spike Jonze reconstituant brillamment les prémices d'une histoire familiale que l'on imagine pas forcément facile, dans laquelle le petit Max a évolué. Alors, quant un étranger débarque, rompant ce fragile équilibre, Max piquera une crise de nerfs, le poussant à quitter la maison et à se réfugier dans son imaginaire, s'inventant un monde dans lequel il pourrait être le roi, jonché de maximonstres. Dès lors, Spike Jonze construit son film comme un drôle de voyage initiatique, proposant non pas une oeuvre pour les enfants mais sur les enfants. Dans la tête de Max, tout ne tourne pas forcément rond, donnant au monde des maximonstres un côté à la fois rassurant et inquiétant, gentil et cruel. Par une suite de saynètes, on passe d'une fête dans la forêt à une bataille de boue qui, alors qu'elles commençaient bien, se terminent toujours dans la colère et les larmes. A ce titre, l'analyse de Spike Jonze qui découle petit à petit du film est intéressante, mettant en image la cruauté si connue - pour avoir travailler en centre aéré - des enfants. N'ayant pas encore conscience du bien et du mal. Le monde des maximonstres est à cette image, mettant en scène d'horribles monstres aux grands coeurs tout en étant extrêmement susceptibles et rancuniers. D'où le caractère dérangeant du long métrage dont l'on est bientôt incapable de dire à quel public il est adressé tant il arrive à mettre mal à l'aise même les plus grands d'entre nous.

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Car Max et les maximonstres est un film qui, malgré son ambiance mélancolique et son côté très indé, déçoit rapidement avant de mettre carrément à côté. On est d'abord agacé par ce petit garçon, prototype même de l'enfant roi (mis en parallèle, ensuite, par le fait qu'il se déclare roi des maximonstres), peu aidé par les braillements incessants du jeune acteur Max Records, à la voix tout bonnement insupportable. Alors, quant à cela s'ajoute des maximonstres, au départ, très attachants puis vite très antipathiques, il est dur de se prendre de sympathie pour ce drôle de film qui à aucun moment arrive à nous replonger en enfance. Mais, plus encore, Max et les maximonstres souffre de ce qu'on pourrait appeler le "syndrome Darjeeling limited", découvert avec l'oeuvre de Wes Anderson. A savoir, se retrouver face à un film assez beau, que l'on aimerait aimer à tout pris mais, qui par sa froideur et son côté "huître - renfermer sur soi-même - empêche à tout moment de rentrer dedans. D'autant plus dommageable alors que la scène finale se révèle un bijou d'émotion dont on aurait aimer jouir depuis le début de l'oeuvre. A ce titre, Max et les maximonstres est un assemblage de bonnes attentions - un univers solide, une B.O magique signée Karen O and The Kids... - mais qui se révèle une lourde déception, de part son impossibilité à transmettre des émotions et son aspect boboïsant rapidement lassant. Ne vous fiez donc pas à son aspect "conte de noël", Max et les maximonstres n'est vraiment pas une oeuvre pour les enfants... Faudrait-il savoir encore à qui il s'adresse vraiment ?

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1. Catherine Keener: Into the wild / Synecdoche, New York / Un été italien

Crédit photo: Warner Bros. Pictures

Publié dans En salles

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Vincent 26/12/2009 23:36


Je te rejoins dans ton sentiment même si je trouve, au final, que la confusion que l'on éprouve pendant le film (film pour enfants ou sur l'enfance?) sied finalement assez bien au sentiment que Max
porte sur la vie.