Même la pluie / También la lluvia / Icíar Bollaín

Publié le par Limess

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Sortie: 05 janvier 2011

> L'histoire: Jeune réalisateur, Sebastien (Gael Garcia Bernal) se rend en Bolivie tourner un film Christophe Colomb. Accompagné de son producteur Costa (Luis Tosar), ils décident d'employer des figurants à moindres coûts. Mais le tournage est menacé par la gronde pour l'accès à l'eau courante, de plus en plus forte au sein du pays.

Tout commence comme La Dolce Vita de Federico Fellini. Alors qu'ils organisent un casting afin de recruter des figurants, Sebastien, réalisateur, et l'équipe de son film sont survolés par un hélicoptère, tractant une immense croix à travers le ciel. Apportant sur le lieu de tournage l'un des principaux accessoires à une scène capitale d'un futur long métrage. Une comparaison pas du tout fortuite tant Iciar Bollain s'inscrit dans la lignée de la critique menée alors par Fellini d'une décadence outrancière de la part de certains artistes, à travers ici une équipe de tournage, au coeur de la Bolivie. Construit autour de trois intrigues, Même la pluie met ainsi en parralèle l'histoire d'un tournage, l'histoire d'une révolte et l'histoire d'un film. Fasciné par l'exploitation des indiens par Christophe Colomb et la révolte du prêtre Bartolomé de las Casas, Sebastien met pourtant en oeuvre sur son lieu de tournage ce qu'il tend à dénoncer à travers son oeuvre. Filmant en Bolivie afin de bénéficier d'une main d'oeuvre moins chère. Ainsi, Même la pluie s'apparente à une sorte de pendant du It's a Free World de Ken Loach, partant du même constat effarant: à l'heure de la mondialisation, tout le monde  peut devenir un exploiteur. Rien de bien surprenant à cela, le scénario étant signé Paul Laverty, compère de Loach et compagnon de la réalisatrice Iciar Bollain. Complètement obsédé par la mise en place de son long métrage, Sebastian passera alors complètement à côté de son sujet, ne se rendant pas compte que ce qu'il souhaite dénoncer se passe actuellement dans la réalité. Mené par l'un des figurants se joue ainsi en Bolivie une révolte de la population afin de faciliter l'accès à l'eau pour tous. Menaçant l'arrêt du tournage et la tranquillité du pays. Inspiré des émeutes de Cochabamba en 1999, Même la pluie joue ainsi sur la multiplicité de ses histoires, se répondant les unes aux autres, mettant en exergue la répétition des événéments. Comme si l'homme ne retenait jamais les erreurs de son passé.

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Si l'accusation n'est pas neuve, Même la pluie capte l'attention par l'efficacité de son récit et la reconstruction réaliste de la révolte bolivienne. Nous embarquant au coeur d'une véritable guerre civile. Et tandis que l'équipe de tournage savoure champagne et petits fours dans les bâtiments de la mairie, les figurants, eux, deviennent les héros de leur propre histoire, refusant de se faire exploiter à nouveau par les hautes instances. Les victimes et les bons versus les autorités - qu'elles soient politiques ou à l'échelle  microscopique d'un tournage de film -, Même la pluie souffre néanmoins de relents manichéens, faisant parfois dans la démonstration forcée par l'opposition d'une équipe de film en dehors des réalités et la révolte des boliviens. Jusqu'à ce que l'un d'entre finissent - forcément - par prendre conscience de la situation. Histoire d'une amitié sur fond de révolution, Iciar Bollain livre ainsi un film particulièrement rythmé, desservi par une utilisation trop systématique de la musique alors que l'émotion naissait des images elles-mêmes. A trop chercher le grand spectacle, la réalisatrice y perd ainsi en crédibilité et en efficacité, compensé à côté par la qualité de son joli casting. Montrant sans vergogne les coulisses d'un tournage où règne une hypocrisie générale - la dénonciation par la parole et non pas par l'acte -, Même la pluie s'est ainsi se faire original et captivant, malgré la lourdeur certaine de son argumentation.

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Crédit photo: Haut et court

Publié dans En salles

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Phil Siné 14/01/2011 09:35


j'ai même pas trouvé ça lourd moi... mais c'est vrai que j'ai lu ça à droite et à gauche...
intéressant ton rapprochement avec la dolce vita !