Petit tailleur / Louis Garrel

Publié le par Limess

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Sortie: 06 octobre 2010

> L'histoire: Apprenti tailleur, Arthur (Arthur Igual) tombe fou amoureux de Marie-Julie (Léa Seydoux), comédienne. Au point de remettre en cause son futur, dans l'atelier d'Albert (Albert Grand).

Ce n'est une nouvelle pour personne, je livre depuis quelques années - et oui ! - un amour sans pareil pour Louis Garrel, double de Christophe Honoré, traversant le cinéma français avec fulgurance, se révélant à la fois rare et omniprésent. Quel ne fut pas mon émoi alors de le voir s'essayer à la réalisation. Ma consternation, ensuite, à la vision de Mes Copains, premier court métrage sous forme d'exercice de style, sans fond ni forme, distribué le temps d'un été au cinéma parisien Les Trois luxembourg. D'où une certaine anxiété quant à la découverte de Petit tailleur, présenté à la dernière Quinzaine des réalisateurs. Combien d'apprentis cinéastes pourraient se targuer d'avoir vu leur court / moyen métrage distribué dans tous les MK2 ? Si le côté discriminatoire de la démarche, enfonçant un peu plus le clou d'une industrie cinématographique française reposant - pour beaucoup - sur le copinage et les liens de filiation, avoir la possibilité de découvrir ce moyen métrage dans les salles obscures donne à l'objet filmique, il faut bien le dire, un charme indéfini. S'imposant depuis toujours, par son jeu d'acteur et les rôles qu'on lui propose, comme un héritier de Jean-Pierre Léaud, Petit tailleur prend le pas de cette descendance, marquant le goût prononcé de Louis Garrel pour la Nouvelle Vague. Si elle est digérée, disséquée et réinterprétée dans le cinéma d'Honoré, Garrel livre lui un hommage tel quel, épousant aussi bien la forme que le fond. Petit tailleur, ce n'est ni plus ni moins que l'histoire d'une rencontre. Lui, apprenti tailleur. Elle, comédienne. Un coup de foudre avec fracas, comme le théâtre nous a souvent habitué. Ce théâtre qu'on se doit, par respect, de ne pas filmer, laissant Garrel - sa propre voix-off à l'appui -, s'essayer à des digressions godardiennes. Dans un noir et blanc somptueux, l'apprenti réalisateur filme ainsi la naissance d'un amour dans un paris quasi fantasmé, magnifié par la photographie de Raoul Coutard... pardon, de Léon Hinstin. On finirait presque par s'y perdre.

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Prenant parfois des allures de publicité stylisée, Petit tailleur se présente telle une histoire d'amour moderne au goût étrangement nostalgique. Arthur et son don pour la couture, offrant des robes aux filles comme d'autres offriraient des fleurs. Tombant inévitablement amoureux d'une actrice presque inaccessible, jouant de ses talents de comédienne pour tromper son monde. L'actrice, c'est Léa Seydoux, partenaire de Garrel sur La Belle personne, insassiable et intemporelle. "Récitant" son texte, comme chez Honoré, avec une légère dissonance, rappelant là aussi le cinéma des années 60. Une Léa Seydoux qui n'a d'ailleurs jamais été aussi bien filmée, magnifiée par la caméra de Garrel. Amoureux transi, Arthur observe ainsi toutes les parties du corps de sa belle, des yeux au sourire, du nez aux creux des reins. Comme pour mieux l'habiller par la suite. Mais entre l'amour et son travail chez le tailleur, Arthur devra bientôt choisir, prendre conscience de ses souhaits et de ses désirs. Ou comment une simple rencontre peut bouleverser un quotidien que l'on semblait sûr. Comment l'amour peut remettre en question une vie en apparence toute tracée. Comme une éternelle confrontation entre rêve et réalité. Romantique sans être fleur bleue, Louis Garrel livre ainsi avec Petit tailleur une oeuvre particulièrement douce, parfois écrasée par le poids de ses références et de sa filiation, s'élevant quand il le faut dans les bras de ce héros transi qu'Arthur Igual interprète avec justesse. Mêlant mélancolie et modernité, à l'image d'une bande originale mixant les époques. Elégant, parfois un peu poseur mais diablement prometteur.

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> Louis Garrel: Innocents - The Dreamers / Léa Seydoux: Inglorious Basterds


Crédit photo: MK2 Diffusion

Publié dans En salles

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Chris 01/11/2010 18:28


Absolument d'accord avec toi, très prometteur, et nostalgique et actuel à la fois, c'est tout à fait ça.


Djemaa 31/10/2010 10:39


Bonne journée et merci pour le partage de ces articles, Pascal.


visiteuse 21/10/2010 12:57


Petit Tailleur n'est pas distribué dans tous les MK2 (un seul à Paris). Et "Mes Copains", déconcertant j'en conviens, est remarquable. Je l'ai revu en VOD, et me souviens d'une phrase : "quand on
est le fils d'une tragédienne et d'un clown, on est bien content d'avoir trouvé le masque du grenier, parce que derrière on peut pleurer sans se faire voir. Sauf q'un jour il faut bien demander un
mouchoir à quelqu'un, parce qu'on a donné le dernier qui vous restait à sa maman." J'y ai pensé en voyant "Les mains libres" de Brigitte Sy, la mère de Louis.