Qu'un seul tienne et les autres suivront / Léa Fehner

Publié le par Limess

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Sortie: 09 décembre 2009

> L'histoire: Stéphane se voit proposer un marché qui pourrait changer sa vie, Zohra cherche à comprendre la mort de son fils et Laure vit son premier amour pour un jeune révolté incarcéré. Réunis par hasard entre les murs d'un parloir de prison, ils auront chacun à prendre en main leurs destins. Qu'un seul tienne debout, et les autres suivront...

Prix Michel d'Ornano au dernier festival de Deauville, Qu'un seul tienne et les autres suivront est un film qui impressionne. D'abord parce qu'il est un brillant premier essai, ensuite parce que derrière son sujet noir se cache avant tout une jeune femme âgée seulement de 28 ans, Léa Fehner. Avec ambition, son long métrage se construit comme une oeuvre chorale, sorte de forme assez traditionnelle au cinéma français. Sauf qu'ici, il n'est pas question de ballet des sentiments et de réflexions amoureuses, Qu'un seul tienne et les autres suivront suivant la débâcle de plusieurs protagonistes, confrontés à différents revers de la société actuelle. Des problèmes économiques aux questions d'immigrations. On y suit, Stéphane, enchaînant petit boulot sur petit boulot au point d'accepter le premier marché malhonnête qui vient et Zohra, mère de famille algérienne, revenue en France afin de comprendre les circonstances de l'assassinat de son fils. A leurs côtés, Laure et Alexandre, un couple d'adolescents pour qui tout allait bien jusqu'à ce que ce dernier se retrouve en prison. Car Qu'un seul tienne et les autres suivront, c'est un peu l'antithèse du Prophète de Jacques Audiard. Léa Fehner n'y filme nullement l'intérieur des cellules, se limitant au seul parloir, faisant le choix de suivre uniquement ceux qui restent à l'extérieur de ses murs. Comment garde t-on la tête haute malgré les emmerdes afin de soutenir moralement ceux privés de liberté ? Comment tente t-on tant bien que mal de continuer sa vie tout en se raccrochant à ses petites minutes de parloir ? Ici, ce ne sont pas seulement ceux en prison qui souffrent de l'enfermement, c'est avec eux des familles entières, vivant au crochet des heures de visite qu'on leurs accordent une à deux fois par semaine.

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Si le scénario de Léa Fehner peut parfois sembler un peu cousu de fil blanc, ces différentes trajectoires laissant présager une "rencontre" future, c'est que la cinéaste fait le choix, à travers trois portraits, de s'attarder sur le besoin de solidarité autour de la figure du parloir. A l'instar de son titre, "Qu'un seul tienne et les autres suivront". Qui sont ses autres ? Les prisonniers ou les personnes en dehors ? Et qui aide qui dans l'histoire ? Car alors que Laure apporte son soutient à Alexandre en lui rendant visite, celle-ci trouvera du réconfort affectif avec un médecin du coin, l'accompagnant à chacun de ses déplacements. De même pour Zohra et cette inconnue qu'elle aide par nécessité ou Stéphane et sa petite amie dans le besoin. Mais, surtout, ce qui impressionne le plus dans Qu'un seul tienne et les autres suivront, c'est cette direction d'acteurs, implacable. Donnant la part belle à de jeunes comédiens, de Vincent Rottiers (A l'Origine), Pauline Etienne (Le Bel âge) ou Reda Kated (Un Prophète), tous incroyablement excellents. Au point d'attendre la phrase qui sera dite un ton en dessous, elle qui ne viendra finalement pas. A ce titre, le film de Léa Fehner est une première oeuvre forte, impressionnant par la maturité de son sujet et de sa mise en scène, elle qui joue de ces plans serrés afin d'imposer une sensation de huis clos même hors les murs de la prison. Poignant et percutant, Qu'un seul tienne et les autres suivront est ainsi une belle surprise, un premier essai avec lequel Léa Fehner ne peut même pas faire office de valeur à suivre, tant en s'impose comme une grande dès le premier coup.

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1. Vincent Rottier: A l'Origine
2. Reda Kated: Un prophète

> Festival du film américain de Deauville 2009: Prix Michel d'Ornano
> Prix Louis Delluc 2009: Meilleur premier film

Crédit photo: Rezo Films

Publié dans En salles

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