Southland Tales / Richard Kelly

Publié le par Limess

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Sortie: Prochainement

> L'histoire: 2008, Californie. Une attaque nucléaire surprise a précipité l'Amérique dans la guerre. Pour répondre à la pénurie de carburant, la compagnie US-ident élabore un générateur d'énergie inépuisable, qui fonctionne sur les flux de l'Océan mais altère imperceptiblement la rotation de la Terre. Bientôt, la réalité s'en trouve bouleversée, en particulier les vies de l'acteur d'action amnésique Boxer Santaros, de l'ex-star du X Krysta Now et des frères jumeaux Roland et Ronald Taverner, dont le destin se confond avec celui de l'humanité toute entière...

Le festival de Cannes est un des événements majeurs du milieu cinématographique. Un rendez-vous annuel où tous les acteurs du monde du spectacle se retrouvent pour faire la fête et célébrer ensemble leur art. Mais il peut être aussi le lieu de grandes désillusions, Richard Kelly le sait mieux qui quiconque. Suite au lynchage critique que son dernier film a subi lors de l'édition 2006, le réalisateur s'est ainsi vu tout simplement dans l'obligation de retourner en salle de montage. Le but: proposer une version moins complexe de son petit protégé. Durant un an, il s'est attelé à la recomposition global du film, sacrifiant allégrement une bonne vingtaine de minutes. Au final, le film sortira anonymement sur les écrans américains puis, dans une version dvd - zone 1, mais avec sous-titres français -. En France, toujours aucun signe. Et plus le temps passe, moins il y a de chance de le voir éditer en dvd et encore moins, projeté dans les salles. Dommage. Le film aurait pu facilement trouver son public tout comme Donnie Darko l'avait fait...

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Regardé Southland Tales aujourd'hui ne fera jamais plus le même effet qu'une projection en 2006. Ce film, Richard Kelly le voyait comme une oeuvre d'anticipation sur les dérives d'une société sécuritaire. Une société pas si loin de nous puisque Southland Tales propose une version apocalyptique des États-Unis en... 2008. Le voir aujourd'hui le transformerait presque en pur produit de science-fiction. Richard Kelly part d'un élément très concret pour construire son virulent pamphlet politique: le vote par le gouvernement Bush du Patriot Act. Cette mesure, mise en place après les attentats du 11 septembre, vise à réduire les libertés individuelles des américains afin de protéger le pays d'une éventuelle attaque terroriste. Un projet qui repose essentiellement sur la peur de l'autre et permet, tout à fait légalement, la plus grande violation de la vie privée. Lignes téléphoniques sur écoutes, système de délation, cartes à puces qui permettent de pister tous les citoyens... autant de petites mesures qu'avait déjà dénoncé Michael Moore dans son Farenheit 9/11. Richard Kelly, lui, ne s'arrête pas là. Il propose de dénoncer de manière extrême les dérives de ce genre de proposition. 2008. Les États-Unis ont été touché par des attaques nucléaires. Suite à ses attentats, le gouvernement décida de prendre des mesures radicales: fermeture des frontières entre les états, création d'un poste de surveillance de tout le pays, mise en place d'une police spéciale pour traquer toutes personnes susceptibles de troubler l'ordre public... Moins de liberté = plus de sécurité. 2008, c'est aussi l'année des élections présidentielles. Le futur remplaçant du président Bush - explicitement cité - devra prendre la relève et continuer la fermeture total du pays sur lui-même. Une fermeture problématique puisque le pétrole utilisé aux USA provient essentiellement des pays arabes, contre qui l'Amérique est en guerre. D'où la proposition, par l'un des candidats, de développer une centrale capable de produire un carburant totalement indépendant des pays extérieurs... A bien des niveaux, Southland Tales est une oeuvre osée, pointant du doigt les problèmes majeurs de la politique américaine - voir mondiale - d'aujourd'hui. Un propos puissant malheureusement parfois noyé par le délire scénaristique d'un réalisateur trop inspiré.

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Southland Tales n'est pas, à proprement parlé, une oeuvre réaliste et seuls les propos semblent véritablement ancrés dans une réalité contemporaine. Richard Kelly mélange sans modération toute sorte de genre cinématographique: film d'anticipation, oeuvre futuriste, science-fiction, film politique, voir social... De quoi créer un grand melting-pot où l'on a bien du mal, parfois, à s'y retrouver. De réputation, Richard Kelly est un scénariste à l'esprit quelque peu torturé voir embrouillé. La preuve en est, son excellent Donnie Darko qui contait les mésaventures d'un ado et de son maléfique lapin imaginaire. A côté, Southland Tales est un vrai casse-tête chinois. Jugez plutôt: un acteur amnésique, Boxer Santoros et une star du porno, Krysta Now, décident de réaliser secrètement un film futuriste. Cette oeuvre raconterait les méfaits d'une compagnie de carburants qui mènerait à la fin du monde. Cette société proposerait en effet une nouvelle énergie inépuisable basée sur les marées océaniques mais qui changerait, de quelques millièmes de secondes, la rotation de la terre bouleversant ainsi tous les éléments naturels. Au même moment, dans la réalité, une société met réellement au point cette énergie et s'associe à un candidat à l'élection présidentielle pour pouvoir la commercialiser. Dès lors, les néo-marxistes, des défenseurs des libertés individuelles et de l'écologie, organisent une rébellion contre ce projet. Il décide de manipuler Boxer Santoros pour y mettre fin. Car, ce que Santoros ne sait pas, puisqu'il est amnésique, c'est qu'il est le mari de la fille de ce candidat... Rajoutez à cela une histoire de quatrième dimension, des fluides qui créent des hallucinations sur des soldats et celle d'une sphère spatio-temporelle et vous voilà avec Southland Tales. De quoi comprendre aisément pourquoi les critiques étaient restés quelque peu sceptiques. Car si le film est relativement compréhensible durant une bonne partie - même s'il faut, il est vrai, s'accrocher -, on se laisse totalement submergé par une fin tirée par les cheveux et une quantité de références religieuses. Et à la question "Quelle est la trame principale de ce film", on ne pourrait répondre que "Je ne sais pas, mais c'est très beau !".

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Car Southland Tales est un pur délire visuel. Richard Kelly mélangeant des paysages réels - désert, Venice Beach - à des éléments qui tiennent véritablement de la ville futuriste. In media res, le film impose son univers tout à fait à part, une sorte de transe apocalyptique. Une musique signée Moby mais qui utilise des chansons comme "Time is running out", de Muse; une voix-off pénétrante - celle de Justin Timberlake, méconnaissable, voix comme acteur - qui répète sans cesse "This is the way the world ends"; des effets-spéciaux remarquables... tout est fait pour nous plonger dans une atmosphère oppressante. A bien des titres, Southland Tales est une vraie expérience tant ce film ne ressemble à aucun autre. Malgré son délire scénaristique, Richard Kelly s'impose comme un très grand réalisateur à suivre. Son Southland Tales est un véritable ovni cinématographique qui mérite le coup d'oeil...

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> Festival international de Cannes 2006: en compétition

Crédit photo: Universal Pictures

Publié dans En salles

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