Tabou(s) / Towelhead / Alan Ball

Publié le par Limess

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Sortie direct-to-dvd: 17 novembre 2010

> L'histoire: Alors qu'elle part s'installer chez son père, Jasira, (Summer Bishil), 13 ans, aurait pourtant bien eu besoin des conseils d'une femme pour comprendre ce qui se passe à travers son corps. A l'heure de l'éveil sexuel, l'adolescente prend découvre ainsi le désir et son pouvoir de séduction, sur les hommes de tous âges...

Présenté il y a trois ans au festival du film américain de Deauville, Towelhead n'a depuis pas cessé d'embêter les distributeurs, bien embarassés par une oeuvre vraisemblablement invendable. De son sujet à son titre original, "Towelhead", insulte raciste signifiant littéralement "enturbanné". Adaptant le livre d'Alicia Erian, Alan Ball, célèbre créateur des séries Six Feet Under et True Blood, poursuit, pour ses premiers pas en tant que réalisateur, sa critique de la banlieue américaine, déjà amorcée dans American Beauty - film pour lequel il fut d'ailleurs oscarisé. Suivant l'arrivée de Jasira, jeune adolescente de 13 ans, chassée du foyer maternel, emménageant en banlieue texane chez un père autoritaire. Nous sommes dans les années 90, à l'heure de la première guerre en Irak. Basé exclusivement au coeur de cette banlieue, Alan Ball y décrypte alors les relents d'une Amérique raciste qui tairait son nom, au sein d'une communauté où l'apparence se fait primordiale. On se croirait presque à Wisteria Lane. Tandis que Rifat, père de Jasira, tente d'inculquer par la force à sa fille des valeurs conservatrices, voir racistes - ne pas sortir avec une personne de couleur, s'habiller correctement -, celui-ci ne peut s'empêcher de faire le contraire avec sa propre vie. Ne résistant pas aux courbes d'une collègue de travail, ne supportant pas les remarques racistes de son voisin. A l'aube de la guerre en Irak, Travis Vuoso, réserviste, voit ainsi d'un mauvais oeil les origines libanaises de Rifat, de part une ouverture d'esprit très limitée. Liban renvoyant à Moyen-Orient, Moyent-Orient à Saddam Hussein. Alors qu'il prend soin du drapeau américain installé devant sa maison, Travis aimerait avoir tout du citoyen modèle, au service de son pays comme de sa famille. Faut-il encore qu'il arrive à contrôler ses pulsions envers la jeune Jasira. Entre les deux familles réside enfin un couple fraîchement marié et jeune d'esprit, extrêmement sympathique mais dont les valeurs libertaires semblent au contraire cacher une étrange détresse. Difficile alors pour Jasira de trouver un modèle pour se construire parmi cette pléiade d'adultes, elle qui subit actuellement les travers de l'adolescence.

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Premières règles, premiers baisers, premiers désirs, Jasira ne sait plus à quel saint se vouer. Elle qui se rêverait en playmate de magazines pornos, prenant exemple sur ceux trouvés chez Monsieur Vuoso. Et tandis que tout le monde lui répète à quel point elle est magnifique, Jasira prend peu à peu conscience de son pouvoir de séduction, agissant avec les hommes de tous âges telle une héroïne adolescente de Nabokov. Séduction préméditée - où comment parler innocemment de capotes au milieu d'une banale interview - ou naïveté de jeunesse, Alan Ball fait dès lors dans l'anti-manichéen, n'imposant aucune lecture de l'oeuvre. "La marque de l'intelligence, c'est la capacité d'avoir deux idées contradictoires en même temps" expliquera ainsi Rifat à Jasira. Une réplique à l'image de l'oeuvre, Towelhead se révélant à ce titre particulièrement déstabilisant. La relation naissante entre Mr Vuoso et Jasira est-elle de l'ordre de la romance sulfureuse ou du viol ? Jasira est-elle réellement une victime ? Mr Vuoso, un criminel ? En arrivant à rendre attachant le personnage de Travis Vuoso - notamment grâce à la performance du sexy Aaron Eckart, incroyable dans un rôle à contre-emploi -, Towelhead dérange ainsi par sa capacité à créer des sentiments antinomiques, ne prenant le parti de personne. Sexualité adolescente, viol, racisme, éducation laxiste, Alan Ball n'évite aucun sujet, filmant chacun d'entre eux frontalement, souvent de manière incommodante. Et c'est parce qu'il sait se faire perturbant que Towelhead touche à sa cible, proposant la vision d'une Amérique hypocrite et hyper sexualisée tout en prônant, hors les murs, des valeurs conservatrices. Brillant.

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Bonus:

Doit-on vraiment commenter cette édition dvd et cette jaquette des plus subtiles ? "Scandaleux. Dérangeant. Subversif". L'affiche donnerait presque l'impression de vanter les mérites d'un film érotique... à croire surtout que les distributeurs n'ont absoluement pas sû - ou compris - l'oeuvre d'Alan Ball. En bonus, l'interview de l'équipe du film.


Crédit photo: TFM Distribution

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Chris 16/01/2011 22:25


Je viens de l'acheter, entre autre après avoir lu ta critique. A suivre... Je suis un grand fan de Six Feet Under, meilleure série de tous les temps, avec The Wire.


Limess 17/01/2011 00:47



Contente que la critique t'ai donné envie de l'acheter, j'attends ton retour avec impatience. Je commence juste Six Feet Under - un peu honte - mais je suis une très grande fan de True Blood.
Alan Ball est vraiment un scénariste assez extraordinaire.