The Brown Bunny / Vincent Gallo

Publié le par Limess

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Sortie: 07 avril 2004 / En dvd, le 06 avril 2010

 > L'histoire: Après une course de motos dans le New Hampshire, Bud Clay (Vincent Gallo) rentre chez lui, en Californie. A bord de son van, il traversa alors les Etats-Unis, tentant désespérement d'oublier l'unique amour de sa vie, Daisy (Chloë Sevigny).

Peut-on vraiment conspuer une oeuvre pour sa seule scène de fellation ? C'est du moins le traitement qui fut réservé à The Brown Bunny, deuxième film du mégalo mais ultra talentueux Vincent Gallo, ses yeux bleus perçant et son charisme inquiétant. Présenté en sélection officielle du festival de Cannes 2003, The Brown Bunny fait parti de ses oeuvres décriées, ayant fait les choux gras de la presse et la réputation de l'événement. Chaque sélection se réservant un scandale, à l'image de l'Antichrist de Lars Von Trier l'année dernière. Pourtant, The Brown Bunny n'est en aucun cas une oeuvre scandaleuse, apparaissant tout au plus comme celle d'un acteur qui s'aime, partant sur les routes américaines aux côtés d'une équipe relativement réduite. Réalisateur, acteur, scénariste, producteur, Vincent Gallo occupe tous les postes, monopolise l'image, s'affirme en tant que cinéaste à part, proposant un film brut et minimaliste. Bud aime participer à des courses de motos, parcourant les Etats-Unis d'un circuit à un autre. Repartant du New Hampshire vers la Californie. Il rencontrera à une station service une charmante caissière qu'il suppliera de le suivre, avant de tout simplement l'abandonner devant chez elle. Emprisonné par son immense carapace, Bud est tristement solitaire, passant d'une femme à une autre, comme paralysé par le sexe féminin. Paniqué par l'idée même de s'attacher à l'une d'entre elles. Sans appuyer son récit par une série de flash-back explicatifs, Vincent Gallo fait, au contraire, le choix de construire The Brown Bunny comme le portrait d'un homme au présent, visiblement étouffé par un passé inconnu. Allant à la rencontre des parents de Daisy, le grand amour de sa vie, qui semble apparemment avoir disparu de sa vie. Se remémorant leurs embrassades, à bord de ce même van...

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Si The Brown Bunny pourrait paraître, en apparence, comme un road movie dans la grande tradition américaine, c'était sans compter sur la personnalité de Vincent Gallo. Le cinéaste refusant le principe même du genre imposant une série de rencontres sur le chemin du héros, censées l'aider à aller de l'avant. Ici, Bud est seul, croisant, de temps à autre, une fille sur la route avant de reprendre le chemin. Gallo construisant son personnage non pas sur ses rencontres mais sur les paysages qui l'entourent, toujours plus arides, toujours plus désertiques. De la vallée de la mort aux alentours de Yosemite. Rythmé par une musique folk et mélancolique, Vincent Gallo s'applique à dépeindre le portrait d'un homme anéanti, à la recherche de la femme perdue, celle qui partagea ses joies et ses peines. Celle qui le fit souffrir au point de le dégoûter de l'espèce féminine. Elle, c'est Chloë Sevigny, ses boucles blondes et ses tenues folk, femme fantômatique et inattrapable, hantant désespérement le beau Bud auquel Vincent Gallo amène un côté sauvage des plus magnétiques. Magnétique, c'est d'ailleurs le terme que l'on pourrait utiliser pour désigner de The Brown Bunny, road movie mélancolique et contemplatif, filmant sans la mettre en image la perte de l'être cher et la peur qui en découle. C'est à la fois beau et dépressif, poignant et hypnotique, romantique et érotique, minimal mais terriblement puissant.

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Bonus:

Aucun bonus n'est malheureusement proposé dans cette édition dvd, Vincent Gallo ayant tout simplement refusé de transmettre aux éditeurs des interviews, un making-of ou même la version originale de l'oeuvre, présentée au festival de Cannes, dont il ne veut plus entendre parler. La valeur même de ce dvd reposant dans le seul fait que le film n'était jusqu'alors pas disponible dans une version sous-titrée en français.


The Brown Bunny, de Vincent Gallo. Editions dvd Potemkine et Agnès B. Disponible le 06 avril 2010. Prix public conseillé: 16,95 euros.

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