Tout va bien ! / The Kids Are All Right / Lisa Cholodenko

Publié le par Limess

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Sortie: 29 octobre 2010 (Irlande) / 06 octobre 2010 (France)

> L'histoire: Elevés par deux mères, Joni (Mia Wasikowska) et son frère (Josh Hutcherson) décident de retrouver le donneur de sperme dont ils sont tous les deux issus. Mais l'arrivée d'un mâle au sein de cette petite famille tranquille va rapidement bouleverser chacun d'entre eux...

Présenté au dernier festival de Berlin, Tout va bien ! marque la quatrième réalisation de Lisa Cholodenko - High Art, Laurel Canyon, La Vie d'une femme -, cinéaste indépendante américaine ayant également fait ses preuves sur l'excellente série The L Word. Un couple lesbien. Deux enfants nés de cette union. Un donneur de sperme. Pour sûr, Tout va bien ! avait de quoi allécher, jouant la carte du sujet de société à travers la description d'un couple homoparental. Nic (Annette Bening) et Jules (Julianne Moore, toujours aussi lumineuse), en couple depuis des années, vivent avec leurs deux enfants sur la côté californienne. Se présentant, en apparence, comme une famille des plus unies - les séquences de repas. En apparence seulement ! Car tandis que les deux femmes prennent peu à peu conscience de leurs problèmes de couple, Joni (Mia Wasikowska, la Alice de Tim Burton, bien plus convaincante ici) et son frère Laser (Josh Hutcherson) décident de partir à la rencontre de leur père biologique, Paul (Mark Ruffalo en mode papa sexy). Ou comment l'arrivée d'un étranger / mâle va peu à peu faire exploser le cocon familial. Car tandis que Nic verra l'arrivée de Paul comme une véritable agression - elle est le pilier de la famille, de part son métier stable et son autorité -, Jules, elle, vivra ce bouleversement comme catalyseur de sa crise de la quarantaine. Venant soudain à se demander si elle n'aurait pas envie d'un homme. En somme, le lot de tous les couples, Lisa Cholodenko cherchant, avant tout, à tisser le décor d'une "anormale normalité". Que le couple soit lesbien, peut importe, là étant la grande idée de la réalisatrice / co-scénariste, implantant le plus naturellement du monde ces différents personnages. Alors quand le couple cherche de façon amusante à pimenter sa vie sexuelle devant un porno gay, on ne peut que saluer la neutralité absolue de la caméra, filmant Nic et Jules comme n'importe quel binôme. Le problème, c'est qu'à trop vouloir jouer la carte de la normalité, Lisa Cholodenko vient a contrario à tomber peu à peu dans le cliché.

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Que ces deux femmes portent - inconsciemment ? - des prénoms masculins passe encore, que la tribu se présente volontairement comme le cliché de la famille traditionnelle à de quoi plutôt agacer. Maman / maman reprenant le schéma du papa / maman, l'une rapportant les sous à la maison, l'autre profitant de cette stabilité pour s'essayer à divers emplois. D'où une drôle d'impression à la vision de ce long métrage, la cinéaste semblant se perdre entre production mainstream et indépendante. Cherchant poussivement - mais, par la même, de manière tout à fait compréhensible - à faire de ce film une oeuvre aussi "normale" qu'une autre. Une volonté tout à fait respectable - l'utilisation même du mot "normal(e)" n'étant pas normale - mais qui fait par la même basculer le film dans une banalité des plus totales. Car au fond, Tout va bien ! n'est autre qu'une petite crise familiale comme tant d'autres, entre triangle amoureux et crises d'adolescences. Pas de quoi crier au génie. Alors, quand l'oeuvre semble se terminer en queue de poisson, recentrant son intrigue sur la famille en éjectant le personnage masculin, le film laisse des plus dubitatifs. De part une construction bancale et une interrogation ouverte quant au propos même du film... Ni particulièrement amusant, ni foncièrement émouvant - à l'exception du personnage de Joni -, Tout va bien ! semble ainsi un peu brasser du vent, faisant surtout beaucoup de bruit pour rien. Que son casting soit impeccable ou non n'y changera d'ailleurs pas grand chose. A se demander même si, si le couple avait été hétérosexuel, une telle attention lui aurait été accordé.

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> Annette Bening: The Women / Julianne Moore: Blindness, Les Vies privées de Pippa Lee, A Single Man, Chloe / Mark Ruffalo: Blindness, Une arnaque presque parfaite, Max et les maximonstres, Shutter Island / Mia Wasikowska: Les Insurgés


Crédit photo: Overture Film

Publié dans En salles

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Commenter cet article

Platinoch 25/10/2010 20:06


Assez d'accord avec toi. Le film n'est pas désagréable mais n'a rien ni de transgressif ni de politiquement incorrect qui justifie véritablement son existence. Heureusement que les acteurs, plutôt
bons (et trop rares ces derniers temps, notamment Annette Bening et Mark Ruffalo) assurent ce qu'il faut. Un peu décevant quand même...