Un poison violent / Katell Quillévéré

Publié le par Limess

2-copie-48.jpg

 

Sortie: 04 août 2010

> L'histoire: C'est les vacances. De retour de l'internat, Anna (Clara Augarde) retrouve une maison vide, délaissée par un père ayant quitté le foyer. Pourtant, elle aurait bien eu besoin de conseil, elle qui se retrouvera bientôt au prise de terribles doubles, à l'heure de la naissance du désir alors qu'elle est sur le point de faire sa confirmation.

A l'instar d'une flopée de jeunes cinéastes, Katell Quillévéré, pour ses premiers pas aux commandes d'un long métrage, s'essaie avec Un poison violent à la chronique adolescente. Présenté lors de la dernière Quinzaine des réalisateurs, le film suit les déboires d'Anna, jeune fille de 14 ans, à son retour de l'internat. Nous sommes au fin fond de la Bretagne, au sein d'un petit village où tout le monde semble bien se connaître. Et que de changements pour la jeune fille ! Anna retrouvant vite une maison récemment délaissée par son père, parti batifoler dans les bras d'une autre femme. Alors que sa mère (Lio) se morfond au lit ou sur les bancs de l'église, Anna trouvera un peu de chaleur auprès de son grand-père (Michel Galabru), alité dans la chambre du dessus. Pourtant, c'est bien d'une présence féminine dont elle aurait eu besoin, celle-ci découvrant, le temps d'un été, ce qu'est la montée du désir, le premier baiser, le premier amour... Rien de bien original à cet âge là si ce n'est qu'Anna, suivant les traces de sa mère, s'apprête à faire sa confirmation. Tiraillée entre l'esprit et l'appel du corps, elle en vient alors à douter d'elle-même comme de sa foi. Cherchant des réponses auprès des hommes qui l'entourent, de son grand-père au curé du village. Elle que l'on dit plus prête que les autres à faire son serment auprès de Dieu à l'heure où elle se verrait uniquement bien dans les bras de Pierre. De manière plutôt délicate, Un poison violent interroge ainsi l'impact de la religion sur ses fidèles. Opposant à la recherche de liberté et d'indépendance qu'est la période de l'adolescence, les interdits et les obligations liés à la foi... Sans pour autant écraser son récit par le thème de la religion, Katell Quillévéré décrit surtout, sur un mode contemplatif, les changements liés à l'adolescence. Que ce soit la perception face à son propre corps comme l'évolution du regard des autres. Pierre, probablement ami de toujours, ne s'accommodant plus de simples après-midi en forêt. Sa mère venant inconsciemment à la jalouser. Son grand-père, à la désirer.

2-copie-50.jpg

Se construisant autour de trois personnages, Un poison violent dépeint les bouleversements créés par la transformation du corps d'Anna, aussi bien sur son héroïne que sur les membres de sa famille. Jeanne, sa mère, ne voyant plus qu'en sa fille sa propre jeunesse perdue. Plaquée par son mari, celle-ci a surtout pris un sérieux coup à son ego, ne se voyant dès lors plus comme une femme désirable. Cherchant du réconfort dans la religion et plus particulièrement auprès du curé du village, bel italien à ses côtés depuis toujours. Au point de créer le trouble chez celui-ci. Et tandis que maman se confesse, Jean, le grand-père, ne peut rester insensible aux nouveaux charmes de sa petite fille, lui qui aimerait tant revoir "l'origine du monde" avant de casser sa pipe... Parfois sensible, parfois très ambigu, oscillant entre mélancolie et malsain, Un poison violent se distingue d'autres portraits d'adolescents par la subtilité de son scénario. La réalisatrice ne cherchant jamais à souligner ses propos, laissant la plupart du temps une scène - souvent silencieuse - parler pour elle-même. Une qualité comme un défaut, le film se faisant dès lors parfois assez opaque, laissant circonspect quant à ses intentions... On en ressort un peu décontenancé, preuve s'il en est d'une oeuvre singulière n'arrivant malheureusement pas totalement à créer l'adhésion.

etoile1.jpgetoile1.jpgetoile4.jpgetoile2.jpgetoile2.jpg


Crédit photo: Sophie Dulac Distribution

Publié dans En salles

Commenter cet article