Visage / Tsai Ming-Liang

Publié le par Limess




Sortie: 04 novembre 2009

> L'histoire: Un réalisateur Taïwanais est invité à tourner l'histoire de Salomé au Musée du Louvres. Malgré sa réputation, il tient absolument à confier le rôle du roi Hérode à Jean-Pierre Léaud. Pour donner à ce film au budget modeste une chance au box office, la production s'est résolue à confier le rôle de Salomé à une star de renommée internationale. Mais dès le début du tournage, les problèmes s'accumulent...

Drôle de film que ce Visage de Tsai Ming-Liang, étrange mise en abîme d'un tournage impossible. Convoquant les fantômes d'une Nouvelle Vague française vieillissante, autour de la figure absente de François Truffaut. Pourtant, la dernière composition du cinéaste chinois ne ressemble en rien aux classiques de cette époque, Tsai Ming-Liang livrant un film volontairement artificiel, loin des rues vivantes que filmaient alors ses confrères. Visage s'apparente ainsi à une série de vignettes mises bout à bout, passant d'une forêt enneigée, voir mousseuse, à un cimetière vide, des sous-sols du Louvre - dont le film est, pour l'anecdote, une de leur oeuvre de commande -, aux coulisses d'un tournage. Sans réel fil conducteur, ni histoire rassembleuse. Le résultat est particulièrement surprenant, cette oeuvre se révélant plutôt austère et peu facile d'accès, le temps se faisant parfois même un peu longuet.


Car le nouveau Tsai Ming-Liang s'apparente, en réalité, presque à une véritable expérience cinématographique, comme une sorte de voyage éveillé dans un monde fantasmé. Il faut accepter de se laisser embarquer, le cinéaste cherchant avant tout à livrer une oeuvre très esthétisante, passant même avant la narration, livrant une série d'images aussi fortes que sublimes. Il fait, pour l'occasion, de Laetitia Casta son égérie, mettant sur un pied d'estale sa beauté et son physique. Et il faut la voir, se rouler dans la neige, nue comme un ver, chanter en play-back ou badigeonner son partenaire de sauce tomate, tandis que ses acolytes convoquent, eux, tout un imaginaire autour de la filmographie de François Truffaut. Tsai Ming-Liang, dans un hommage plutôt appuyé, proposant ainsi à la Catherine de Jules et Jim (Jeanne Moreau) de prendre un verre avec la Joelle de La nuit américaine (Nathalie Baye) ou de créer un coup de foudre entre celle que Truffaut éleva au rang de star, Fanny Ardant, et son alter-égo de toujours, Jean-Pierre Léaud, appelé Antoine durant tout le film. Ainsi, s'il est un long métrage particulièrement déconcertant, Visage apparaît, avant tout, comme un film beau à défaut d'être un beau film, une sorte d'oeuvre d'art qui trouverait toute sa place dans ses mêmes galeries du Louvre.




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2. Mathieu Amalric: Les derniers jours du monde / Les herbes folles


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