Winnipeg, mon amour / My Winnipeg / Guy Maddin

Publié le par Limess




Sortie: 21 octobre 2009

> L'histoire:
Winnipeg mon amour est un hommage doux-amer à la ville natale de Guy Maddin au Canada. Ville des superlatifs, selon le réalisateur : la plus froide au monde, le plus petit parc du monde, la ville des somnambules, des magnétiseurs et des séances de spiritisme, une ville somnolente, habitée par les esprits. C'est ainsi que la décrit à la première personne le narrateur, en la regardant défiler derrière la fenêtre d'un train. Plongeant son regard dans le paysage délavé, il repense à son enfance, à l'histoire et à la topographie de sa ville.

"Winnipeg, my Winnipeg" chantonne t-on au début de Winnipeg, mon amour, neuvième film du réalisateur Guy Maddin. Mais qui est cette étrange Winnipeg ? Une commune, canadienne, coincée entre la neige et les multiples fleuves qui s'y rencontrent. Ville natale du cinéaste où les habitants déambulent dans les rues tels des somnambules quant ils ne sont pas bloqués chez eux par une mère un peu trop autoritaire. Comme une sorte de docu-fiction, Winnipeg, mon amour s'apparente quelque peu à un objet non-identifié, une lettre d'amour polymorphe d'un réalisateur au lieu de son enfance, conviant souvenirs personnels et événements historiques. Rythmé par un montage ultra énergique et porté par un noir et blanc envoutant, Guy Maddin mêle ainsi images d'archives et fiction, réalité et imaginaire, acteurs et membres de sa propre famille. Plongeant dans un voyage à la frontière du rêve, à bord de ce train tout droit sorti du Europa de Lars Von Trier, à destination d'une réelle expérience cinématographique. Comme les winnipegois, on se retrouve dès lors hypnotisés par ses flocons de neige, bercés par cette voix-off, écoutant le récit décousu et fascinant du réalisateur Guy Maddin lui-même. Nous faisant découvrir les endroits de son enfance, comme une sorte de chronique d'une destruction annoncée.



De la piscine à trois étages à la patinoire de hockey, ancien fief de ce qui était la fierté de la ville, Winnipeg, avec le temps, a bientôt vu quelques uns de ses lieux les plus emblématiques se (faire) détruire. Plongeant le cinéaste dans une profonde nostalgie, l'obligant à reconstruire ses souvenirs, à recréer certaines situations familiales en engageant sa mère tyrannique et quelques autres acteurs. D'ailleurs, c'est bien la mélancolie qui parcourt ce Winnipeg, mon amour, jolie déclaration à une ville et, plus largement, à tout un pan du cinéma. Car en usant d'une forme plutôt expérimentale, Guy Maddin retrouve ainsi la beauté des premiers films muets, jouant de l'art du montage comme le faisait avant lui Sergueï Eisenstein ou Friedrich W. Murnau. Réutilisant des cartons. Recréant des scènes entièrement muettes. Et dans ce bric-à-brac visuel, impossible de repérer la frontière entre imaginaire et réalité tant le cinéaste part dans des directions aussi nombreuses qu'opposées. Passant de grands magasins aux rues enneigées, d'un cadavre sous un tapis à un vieux feuilleton télévisé. Mêlant à la drôlerie quotidienne une atmosphère dépressive, Winnipeg, mon amour est dans tous les cas une oeuvre aussi déconcertante qu'enivrante, une très belle proposition de cinéma portée par l'agréable voix de Guy Maddin, l'un des cinéastes canadiens les exaltants du moment.




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Crédit photo: E.D Distribution

Publié dans En salles

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