Les parapluies de Cherbourg / Jacques Demy

Publié le par Limess

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Cycle Jacques Demy 03/14

Sortie: 19 février 1964

> L'histoire:  Madame Emery (Anne Vernon) et sa fille Geneviève (Catherine Deneuve) tiennent un magasin de parapluies à Cherbourg. La jeune femme est amoureuse de Guy (Nino Castelnuovo), garagiste, mais celui part pour la guerre d'Algérie.

Sur les traces de la jeune Cécile, personnage au centre de son premier long métrage Lola, Jacques Demy rejoint Cherbourg, son port de pêche et ses marins américains. Délaissant les casinos de La baie des anges pour un magasin de parapluies. Geneviève, fille de la propriétaire des lieux, aime Guy, jeune mécanicien qui l'aime en retour. Marchant sur les quais de Cherbourg, ils se rêvent ensemble, visualisant leur futur commun. Travail, enfant, avenir. C'est un amour adolescent, le premier, encore innocent et plein d'insouciance auquel l'histoire va pourtant rapidement se mêler. Nous sommes à l'automne 1958, en plein conflit algérien, et Guy est appelé au front. Il faudra patienter trois ans pour se revoir, trois années durant lesquelles tout est susceptible d'arriver. Enceinte de Guy, Geneviève devra choisir entre le coeur ou la raison, suivre aveuglement son amour ou écouter la voix de la sagesse, sa mère, femme terre à terre et désillusionnée. Si Lola attendait Michel avec une patience à toute épreuve, n'ayant foi qu'en son premier amour, Geneviève se perdra elle en chemin dans les bras du diamantaire Roland Cassard, héros déchu de Lola. Il n'avait pu avoir la danseuse, il aura Geneviève, allant jusqu'à assumer un enfant qui n'est pas de lui. Partant d'une situation similaire à son premier long métrage, Jacques Demy s'amuse dès lors à créer des ponts entre ses films, se jouant de la destinée de ses personnages. Dans les rues de Cherbourg, il y rejoue la même histoire pour un final beaucoup plus sombre, loin de la naïveté première de Lola.

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Mais si le film charme, c'est autant pour son couple maudit que par la capacité de Jacques Demy à enrober son drame, telle une sucrerie empoisonnée. Rien dans Les parapluies de Cherbourg ne laisse ainsi deviner l'issue du long métrage, le cinéaste livrant un film enchanté et en chanté. Rose, jaune, bleu, la palette des couleurs est vive, irréaliste, glissant le récit quotidien de cette époque dans une réalité, un monde parallèle où tout se chanterait. Pas un dialogue parlé dans Les parapluies de Cherbourg, Jacques Demy proposant une comédie musicale entière où, à l'insu des tragédies grecques et de leur choeur, les choses les plus profondes comme les plus insignifiantes s'avoueraient en chanson. Et c'est d'ailleurs par cette légèreté apparente, ce délicieux emballage que Les parapluies de Cherbourg enivre, glissant doucement vers un drame qui tairait son nom. Bijou d'émotions, le film est une merveille dont l'on ne peut se détacher. Des coiffures et robes de Catherine Deneuve au Cherbourg de carte postale, du magasin de parapluies à la complainte de Guy, l'oeuvre ne vieillie pas, continuant même d'influencer des cinéastes d'aujourd'hui. De Christophe Honoré à François Ozon, des Chansons d'amour - véritable hommage au cinéma de Demy - au récent Potiche. Un chef d'oeuvre indélébile, magnifié par la musique et les chansons de Michel Legrand, fidèle compère de Jacques Demy.


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Publié dans Ciné-club

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